Vote du Code des personnes et de la famille. L’histoire donne raison à Maître Mountaga Tall 17 ans après.

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Victoire politique ? Réalisation d’une conviction sociale, politique et  religieuse de longue date ? Aboutissement d’une lutte ancienne ? Quoi qu’il en soit l’honorable maître Mountaga  Tall doit aujourd’hui se  sentir un homme  comblé.  Puisque  les élus du peuple viennent  de  voter à  l’unanimité le code des personnes  et de la famille. En réalité ce code dans sa  première monture  avait suscité beaucoup de questions débouchant sur des mouvements de contestation.

Mouvement populaire qui s’est étendu même à la rue  sous la houlette du Haut Conseil Islamique. Et pourtant, la question du code  des  personnes  et de  la  famille à  une histoire. Cette  histoire  remonte à l’année  1994 , soit  deux ans  seulement  après  l’organisation des premières élections  démocratiques qui ont porté    Alpha  Oumar  Konaré au pouvoir.  A l’issue  de ce scrutin de  1992 , maître  Tall  qui  a terminé  troisième  derrière  Alpha  et  Tiéoulé   a  courageusement  opté  pour l’opposition  parlementaire. En effet  sa formation  politique le   CNID- FYT   n’a pas donné  de  consignes   de vote  au second  tour   qui  opposa les  deux premiers.  Cependant  la démocratie naissante   du  Mali  avait  besoin d’une phase  d’apprentissage  bien que des hommes  comme  Mountaga   étaient   en avance    sur   leur  temps. A  l’époque   dans  la  conception  du  jeune   avocat, l’opposition  devrait  être   constituée   d’Hommes  responsables   qui , non seulement   contrôle,  critique l’action gouvernementale. Mais au-delà  des    critiques   l’opposition  devait  aussi  avoir  une  forte  capacité   de  proposition  pour orienter l’action  gouvernementale. C’est  pourquoi  en  1994 , maître   Mountaga  Tall  , alors  député  de  Ségou, leader  charismatique  de l’opposition  démocratique  a  fait  au niveau  de l’hémicycle  le  dépôt  d’une  proposition   de  loi sur  la légalisation du  mariage religieux. D’ailleurs  nombre de personnes à l’époque disaient  que si cette loi était adoptée, on pourrait  l’appeler  la « Loi Tall ». A l’époque  un vrai  dialogue  de sourd  s’était  instauré  entre  l’opposition et la majorité. Cependant     tout ce  qui  provenait  de l’opposition  était  d’emblée  considérée comme étant nul  quel que  soit  la pertinence   de  la proposition  ou  de  l’initiative. C’est  pourquoi  cette  proposition  du  député  Tall sur la légalisation du mariage religieux   a purement et simplement  été rejetée par la majorité de l’époque. C’était la première  fois dans l’histoire du  Mali  indépendant qu’un  homme politique  ait pris  l’initiative  de proposer,  même de penser  à  une loi légalisant le mariage « spirituel »  quel que soit la religion. La  dissolution   de  l’assemblée  nationale  par  le président   Alpha  est intervenue  dans ces conditions. Mais à la fin  de  son  mandat  Alpha  a entrepris sur le sujet  du code des concertations  locales, régionales  et   nationales.  Sous  le  regard vigilant des musulmans  Alpha s’est vite débarrassé du dossier. Le laissant en héritage à son successeur.  Quand  ATT   est arrivé   au  pouvoir des consultations ont été  relancées.  Ces  consultations  ont  impliqué l’ensemble  des acteurs. Et des points  d’accord   avaient  même  été   trouvés. La  commission  loi  de l’assemblée nationale avait   également  travaillé  sur  le  projet.  Mais  à  la  surprise  générale   les points  qui  avaient  fait  l’ objet  d’accord   ont  été  modifiés  de  façon   unilatérale au  sein  du  gouvernement.  Ce   « code  gouvernemental »  allait  devenir  le code  controversé, le code du  hiatus sinon du divorce   entre  l’Etat et  le citoyen. Mal expliqué, falsifié  le  code  a fini  par  cristalliser  le mécontentement  avec parfois  des réactions verbales  regrettables. Lors du  vote du controversé  code , maître  Tall  s’est fait  illustré   par son intervention axée   autour  de dix  questions  qui  difficilement  pourraient  avoir   des réponses  convaincantes.  C’est pourquoi   Mountaga  a déclaré à l’assemblée  nationale  du  Mali   que  le  code   qui  vient  d’être  voté  allait   signé  son retour sur   la  table des députés  dans  un  délai   aussi  bref  que  l’on  puisse l’imaginer. Effectivement   le code  est  revenu  à  l’hémicycle. Même  si  Mountaga  est  loin  d’être  un messie, on peut   néanmoins  dire  qu’il  a  été  un visionnaire sur ce dossier du code retourné  en seconde lecture. Un visionnaire   parfaitement  conscient des  réalités et  des réactions  de  notre  peuple  face  à des situations  précises .  C’est à  la  suite  de cette  situation  que  l’assemblée  nationale et le Haut  Conseil  Islamique  devaient  raccorder  les  violons pour  un code  vraiment  malien. C’est  ainsi  que  des  experts  du  HCI tel que  Mamadou   Diamouténé, actuel  président  de la CENI  et  ceux de l ’assemblée  Nationale  Maître  Mountaga  Tall et Maître  Hamidou   Diabaté   ont  travaillé   des  mois  durant  sur  le code   qui  vient  d’être   voté et   accepté   par   tous. Evidemment  l’innovation  majeure  est  surtout  la légalisation  du  mariage  religieux comme sollicité, plaidé,  défendu  bec et ongle en   1994. En effet  si cette  proposition de loi  de Maître  Tall avait  bénéficié d’un  peu  d’écoute , de  compréhension peut  être  de  bon  sens  on  aurait  enregistré   une  longueur  d’avance  17 ans  après. Le  charme  et  la beauté  du  code des personnes et de la famille voté tient  surtout en  le fait  que même des  adversaires les plus virulents du texte,  des opposés radicaux et déterminés  d’hier au  code  l’applaudissent aujourd’hui. De  toute   façon  l l’adoption  du  code  des  personnes  et  de la famille est  une victoire   de la  démocratie  malienne   et  une leçon pour la classe  politique qui  doit  éviter  la paresse  intellectuelle et  avoir  le  sens  de  l’écoute,  de  la  tolérance   pour  le  progrès  économique  et social  de notre  pays, le Mali.

 

Bandiougou    DANTE


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