PRESIDENTIELLE DE 2007 AU SENEGAL : Abdoulaye Wade s’accroche à ses illusions

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A 82 ans, on avait pensé qu’il allait avoir la sagesse de suivre l’exemple de Nelson Mandela en se limitant à un seul mandat. Mais, Abdoulaye Wade a fait savoir, lors d’un séjour en Allemagne, qu’il faudrait encore compter avec lui pour les élections présidentielles sénégalaises de 2007
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« Les Sénégalais m’ont demandé d’être à nouveau candidat et je suis un démocrate », a déclaré Me Abdoulaye Wade, interrogé le 7 septembre dernier par nos confrères la Deutsche Welle (la Voix de l’Allemagne). L’ambition de l’homme est très claire : mourir au pouvoir ! Parce qu’à 82 ans, il est largement au-dessus de l’espérance de vie de son pays.

Là où le vieux pape du Sopi (changement) sombre dans l’ironie, c’est lorsqu’il fait croire que sa candidature est une exigence de son peuple. Certes les cadres du Parti démocratique sénégalais (PDS) n’ont d’autres choix que de parier sur le vieil étalon pour conserver un pouvoir dont les rênes sont sur le point de leur échapper. Mais, faire croire à l’opinion internationale que ce sont les Sénégalais qui le réclament encore, n’est que pure illusion de sa part.

Mais, cela ne surprend guère parce que Me Wade est un spécialiste des grandes illusions politiques. Elu en 2000 (après quatre échecs) à 75 ans face à Abdou Diouf président sortant, cet opposant légendaire aux théories enchanteresses a rapidement démontré les limites de sa vision politique. Ceux qui croyaient au Sopi ont vite déchanté. L’attente du changement qu’il incarnait a vite tourné à la désillusion. Il est clair qu’en sept ans de pouvoir, l’homme a brillé par son dynamisme et sa volonté de faire connaître le Sénégal sur le plan international.

Et même là, ses efforts ont beaucoup brillé par leur caractère pompeux que par leur efficacité. Ils ne l’ont pas en tout cas empêché d’être honni à l’intérieur de son pays pour ses dérives monarchiques ou ses fréquents démêlés avec les journalistes. Pour bon nombre de Sénégalais, l’élection de Wade était la fin du calvaire, c’était la fin de toutes les difficultés. Erreur !

Le président Sénégalais a signé cette année un décret fixant la date conjointe des élections présidentielle et législatives, prévues finalement toutes les deux le 25 février 2007. « Mais, son âge de 82 ans, et les multiples problèmes voire scandales qui ont émaillé son mandat rendent les analystes sceptiques quant à sa capacité de continuer à tenir les rênes du pays », craint un confrère sénégalais. Une crainte largement partagée au sein de l’opinion nationale et internationale qui se demandent ce que cet illusionniste, à peine lucide et cohérent dans son discours politique, peut encore apporter au Sénégal.

Il est vrai que Dakar est en train de littéralement changer de visage depuis que l’opposant a réalisé son ambition politique grâce à l’alternance souhaitée par les Sénégalais sans distinction de chapelles politiques. Mais, le septennat de Me Wade est un échec sur presque toute la ligne. A commencer par ses projets comme l’aéroport international de Keur Massar ou l’université du futur annoncés à grande pompe pendant ses années d’opposition.  Le nombre de Premiers ministres usés en sept ans en dit long sur la navigation à vue du régime sénégalais.

Les jeunes qui ont massivement porté le Sopi à la victoire en 2000 sont les plus déçus aujourd’hui. On comprend alors qu’ils soient nombreux à tenter l’aventure de l’émigration au prix de leur dignité, voire de leur vie. Présentement, quelque 8000 émigrés clandestins sénégalais se trouvent dans les centres de rétention des îles Canaries. C’est en tout cas ce qu’a déclaré, le 8 septembre dernier à Madrid, le ministre espagnol de l’Intérieur, cité par l’Agence de presse sénégalaise.

Ferme conviction de sa réussite

N’empêche qu’Abdoulaye Wade compte s’appuyer sur le bilan de son précédent mandat au cours de la campagne présidentielle à venir. « Mon programme est visible, ce sont les réalisations concrètes qui font ma campagne », a-t-il déclaré. Le paradoxe, c’est que le président sénégalais reconnaît implicitement l’échec de ses politiques économiques. « Quand on parle de retour, cela signifie que nous allions dans une mauvaise direction, il faut le reconnaître », a-t-il reconnu face à nos confrères de la Deutsche Welle.

Il parlait ainsi de Reva (Retour vers l’agriculture), sa dernière trouvaille pour faire rêver les Sénégalais. Cette nouvelle politique, conçue comme l’antidote au départ massif des jeunes vers l’Europe, prône le retour à la terre.

Pour lui, le développement d’un pays comme le Sénégal doit se faire à partir de l’agriculture. Il estime que le Sénégal a des terres, de l’eau et une main d’œuvre qu’il peut utiliser pour exporter ses produits agricoles. « Ma vision, c’est que le développement d’un pays comme le Sénégal doit se faire à partir de l’agriculture. Nous avons des terres, de l’eau, nous pouvons utiliser un maximum de personnes et nous pouvons exporter. Nous avons des possibilités immenses ».

Une nouvelle vision dont la concrétisation repose encore sur l’aide extérieure comme le Nepad dont il est l’un des concepteurs. En effet, pour justifier ce choix, Wade a souligné que le Sénégal bénéficiait du label AGOA (African Growth and Opportunity Act) délivré par les Etats-Unis, qui permettait d’exporter des produits agricoles sans droit de douanes ni limitation aux Etats-Unis.

L’opposition défiée

Faisant fi de toute autocritique, le PDS juge également que le bilan du parti à la tête du pays est globalement positif. C’est en tout cas l’avis de l’un des intellectuels du Parti démocratique sénégalais et grand spécialiste de la transhumance politique (c’est un transfuge du Rassemblement national démocratique de Cheikh Anta Diop et du Parti pour la libération du peuple), Me El Hadji Amadou Sall.  Pour lui, le candidat Wade passera sans coup férir à la présidentielle de février 2007.

C’était dans une interview récemment accordée à Sud-Quotidien de Dakar. S’inscrivant dans le paradoxe cultivé par son idole, il constate cependant que son parti est, à six mois des élections couplées de 2007, encore poussif et miné par les contradictions internes préjudiciables à son développement. Mais, à son avis, même malade et divisé, le PDS n’aura pas de concurrents à sa taille l’année prochaine.

Le défi est clair et l’opposition politique, conduite par le Parti socialiste, doit savoir maintenant à quoi s’en tenir même si elle aura du mal à ouvrir la page d’une nouvelle alternance car, comme le disait Omar Bongo Ondimba, en Afrique il faut être fou pour perdre les élections alors qu’on est au pouvoir.

Moussa Bolly

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