6ème édition du FILEP : Tronquée, mais pleine d’enseignements

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Cheriff Moumina Sy
Cheriff Moumina Sy

Le Festival International de la Liberté d’Expression et de Presse (FILEP) de Ouagadougou, édition 2015, devait se tenir du 16 au 19 septembre. Hélas, la piteuse tentative de coup de force du Général Diendiéré et de ses hommes du RSP en a fait une édition tronquée, mais porteuse de plein d’enseignements.

«Né dans la douleur de la répression politique et porté par des combattants de la liberté, déterminés à obtenir la vérité et la justice sur l’odieux assassinat du journaliste Norbert Zongo et de ses compagnons, le 13 décembre 1998», selon les mots de bienvenue de Justin Coulibaly, Coordinateur de l’évènement, le Festival international de la liberté d’expression et de presse (FILEP) a aujourd’hui 15 ans.

Depuis sa première édition, tenue presque dans la clandestinité en 2000, le FILEP est l’un des rares espaces publics africains qui réunit régulièrement défenseurs des droits humains, hommes de médias, universitaires et autres personnalités avides de démocratie et de liberté.

Selon le Coordinateur Coulibaly, il s’agit, par les échanges, «d’ouvrir le dialogue et la réflexion, à partir d’expériences concrètes dans plusieurs pays africains, sur le rôle des médias dans la formation citoyenne, la fermentation et l’accompagnement des luttes des peuples pour leur dignité et leur droit à vivre dans des États modernes et démocratiques».

La 6ème édition intervenait dans un contexte de bouillonnement sociopolitique au Burkina Faso, avec un éveil manifeste des consciences, qui avait conduit, juste une année auparavant, à la chute du régime Compaoré. D’où le choix du thème «Médias et changements politiques en Afrique, quelle contribution?».

Les activités traditionnelles étaient programmées: colloque, expositions, concours d’articles de presse, remise du Prix Norbert Zongo, projections de films, et cette édition ambitionnait de capitaliser l’expérience, à travers un ouvrage collectif sur le rôle qu’ont joué et devraient jouer les médias dans le renouveau politique et institutionnel en Afrique. Ce n’est certainement que partie remise.

Les 150 participants, venus de quelques 35 pays, invités à un grand «moment de réflexion collective, mais aussi et surtout de renouvellement de notre engagement sans faille à promouvoir la liberté d’expression et de presse», ont donc vécu pleinement seulement la première journée du FILEP.

Lors de la cérémonie d’ouverture solennelle, Ole Dahl Rasmussen, 1er Secrétaire de l’ambassade du Danemark, dira: «la liberté de presse et d’expression constitue l’un des piliers, pour ne pas dire le fondement, de l’Etat de droit et de la démocratie».

Le Parrain 2015, notre confrère non moins fondateur du FILEP, aujourd’hui Président du Conseil national de Transition (CNT), Chériff Moumina Sy, ajoutera «le FILEP n’est pas une simple tradition qui se perpétue, mais bien un miroir dans lequel se mire tout un continent».

Il se félicitera également du fait que, «à quelques semaines de la tenue d’élections présidentielles et législatives devant marquer la fin de la transition politique, nous avons souhaité montrer que les médias peuvent jouer, et jouent, un rôle incontestable dans les changements politiques en Afrique».

Ajoutons que le Président du CNT était entouré pour l’occasion de Me Halidou Ouédraogo, Président d’honneur du FILEP, Kassoum Kambou, Président du Conseil Constitutionnel burkinabè et Mme Nathalie Somé Hien, Présidente du Conseil Supérieur de la Communication, entre autres personnalités.

Après la conférence inaugurale sur le thème 2015 du Pr Mahamadé Ouédraogo, philosophe, deux confrères de Tunisie et d’Algérie ont présenté des communications sur le printemps arabe de 2011 et l’utilisation des réseaux sociaux pour la mobilisation collective. Ensuite, au regard des évènements en ville, les participants ont rédigé une déclaration dont nous vous livrons la teneur ci-dessous.

«Sur initiative du Centre National de Presse Nobert Zongo se tient tous les deux ans à Ouagadougou, depuis 2007, le FILEP. Ce rendez-vous important, inscrit dans l’agenda des médias du monde entier, a rassemblé cette année plus d’une centaine d’éminents journalistes.

Malheureusement, et contrairement aux précédentes éditions, les travaux du FILEP 2015 ont été interrompus par le renversement par un groupe de militaires des autorités politiques de la Transition. Ce coup de force s’est accompagné de violentes attaques contre des journalistes lors de l’exercice de leur mission et du saccage de radios et télévisions privées.

Pleinement engagées dans la défense de la liberté d’expression et de la presse à travers l’ensemble du Continent Africain, les participants à la 6ème édition du FILEP condamnent avec véhémence ces actes odieux, contraires aux idées et aux objectifs du FILEP.

Les participants au FILEP 2015 expriment par ailleurs leur soutien et leur solidarité en direction de leurs confrères et consœurs du Burkina Faso et de toutes les autres victimes. De plus, les participants au FILEP 2015 tiennent à exprimer leur soutien fraternel et amical à leur confrère Cheriff Moumina Sy, Président du CNT, et à sa famille.

Cheriff Sy s’est illustré pour un combat noble pour la défense et la promotion de la liberté de presse et d’expression partout en Afrique et dans le monde. Il demeure une figure majeure du FILEP. C’est d’ailleurs à ce titre qu’il a été désigné comme parrain de la 6ème édition du FILEP.

Les participants au FILEP 2015 expriment, en outre, leurs inquiétudes par rapport à la sécurité des professionnels des medias dans le contexte politique et sécuritaire qui caractérise depuis mercredi 16 septembre 2015 le Burkina Faso.

Les participants au FILEP 2015 attendent de la Communauté Internationale qu’elle mette tout en œuvre pour aider le peuple Burkinabè à dépasser cette épreuve et renforcer l’ancrage du pays dans la démocratie.

Fait à Ouagadougou le 18 Septembre 2015».

Ramata Diaouré, Envoyée Spéciale

 

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