Liberté de la presse : Un tableau toujours sombre

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Liberté de la presse : UN TABLEAU TOUJOURS SOMBREEn 2013, 77 journalistes ont été tués dans le monde, dont 2 au Mali, 826 ont fait l’objet d’arrestation, 2160 agressés, 87 enlevés et 77 contraints à l’exil

Il ressort de la Déclaration universelle des droits de l’homme que toute personne a le droit « de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit ». Ce principe fondamental est malheureusement, en constant recul dans plusieurs pays. C’est pour cette raison que les Nations unies ont décidé en 1993 de consacrer la journée du 03 Mai, « Journée mondiale de la liberté de la presse ». Depuis cette date, notre pays, à l’instar de Communauté internationale, célèbre cette journée à travers diverses manifestations. Cette année, la presse malienne a pris date avec cet événement mondial en organisant une conférence débat à la Maison de la presse. La cérémonie d’ouverture était présidée par le nouveau ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication, Mahamadou Camara, inaugurant ainsi son premier contact avec les acteurs de la communication, depuis sa nomination le 11 avril dernier. C’était en présence du représentant de l’UNESCO au Mali, Lazare Eloundou.

La thématique a été développée par un panel de haut niveau, constitué des grosses pointures de la presse malienne et internationale : Djomassi Bonboté, Cheick Omar Maïga ; Elaine Pépin une ancienne de la RFI, actuellement à la MINUSMA et Serge Daniel l’actuel correspondant de RFI à Bamako. Les doyens Gaoussou Drabo et Hamèye Cissé ont assuré la police des débats. Pendant environ une heure et demie, les journalistes et les conférenciers ont débattu du rôle de la presse dans le retour de la paix et de l’unité nationale. Une occasion pour le panel de jeter un regard critique sur le parcours de la presse de mars 1991 à nos jours et les contributions de cette jeune presse à la résolution des différentes crises qui ont secoué notre pays jusqu’ici, notamment la plus récente : le coup d’Etat de mars 2012 et l’occupation des 2/3 du territoire national. Le débat a débordé sur les manquements à la déontologie et à l’éthique relevés par les panelistes.

Le président de la Maison de la presse, dans son discours de bienvenue, a présenté le bilan peu reluisant de l’état de la presse dans notre pays. Selon Makan Koné, le traitement dégradant affligé à la presse par une certaine catégorie de militaires pendant la transition entre 2012 et 2013 a négativement impacté la position de notre pays dans le classement mondial en matière de liberté de la presse. De la 74ème notre pays passe à la 99èmeplace, soit un recul de 25 places. Makan Koné a fustigé les enlèvements, les séquestrations et les coups et blessures infligés à certains journalistes, dont le directeur de publication du journal « L’Indépendant ». En véritable syndicaliste, le président de la Maison de la presse a profité de l’occasion pour rappeler les conditions très difficiles dans lesquelles travaillent les journalistes.

AU CŒUR DES GRANDS ENJEUX. S’agissant de la situation de la liberté de la presse dans le monde, Makan Koné indiqua qu’en dépit des avancées démocratiques, les journalistes continuent d’être victimes de la méchanceté humaine. Le triste bilan publié en 2013 fait état de 77 journalistes tués, dont 2 au Mali. Il s’agit de Claude Verdon et Gislaine Dupont de RFI qui ont été lâchement abattus à Kidal, le 02 novembre 2013. Makan Koné leur a rendu un vibrant hommage. Le tableau sombre fait également état de 826 journalistes arrêtés, 2160 agressés, 87 enlevés et 77 exilés, dans le monde.

Pour commémorer le 3 mai 2014, la communauté internationale a retenu le thème : « La liberté des médias pour un avenir meilleur : contribuer à l’agenda de développement post-2015 ». Le choix fait sens si on se rappelle que la Journée mondiale de la liberté de la presse est l’occasion de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse; d’évaluer la liberté de la presse; de défendre les médias des attaques contre leur indépendance; et de se souvenir des journalistes tués parce qu’ils faisaient leur devoir a rappelé l’ancien ministre de la Communication et des NTIC. Gaoussou Drabo a estimé que le monde d’aujourd’hui est devenu une grande agora où tout se lit, tout se dit et tout se montre. Dans ce contexte, la presse se trouve au cœur des grands enjeux. Selon lui, rien d’important, de positif, de durable ne se construit sans elle. Ce qui lui impose d’être constamment plus professionnelle dans sa pratique et toujours plus exigeante quant à la qualité de ses prestations. Car, si aujourd’hui l’information est disponible partout, le tri intelligent des faits et l’explication argumentée des événements sont devenus plus que jamais l’apanage des hommes et des femmes de médias, a-t-il commenté.

LA CULTURE DU PROFESSIONNALISME. Le représentant de l’UNESCO a expliqué que son institution organise les commémorations de la Journée mondiale de la liberté de la presse, afin de célébrer les principes fondamentaux de la liberté de la presse, d’évaluer les menaces nouvelles et non, sur la liberté d’expression et de saluer les journalistes et activistes qui se mettent en danger pour que toujours plus de personnes aient accès à l’information. Parlant du contexte et de l’historique de la journée, Lazare Eloundou a rappelé qu’en décrétant le 03 mai «Journée mondiale de la liberté de la presse », les Nations unies visaient à indexer l’importance des médias dans le développement des pays, la sécurité des journalistes et l’état de droit et la durabilité et l’intégrité du journaliste afin de mutualiser les efforts de la communauté internationale dans la protection du rôle avant-gardiste de la presse.

C’est dans ce cadre que les nouvelles autorités ont décidé de sortir des chantiers battus pour revaloriser leur appui au secteur, afin de cultiver davantage la culture du professionnalisme, a annoncé le nouveau ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication. Le chantier projeté, consiste à mettre en œuvre un nouvel organe de régulation du secteur : la Haute autorité de la communication (HAC). Celle-ci aura pour mission de mieux réguler le secteur, de garantir les droits des journalistes, mais aussi de sanctionner tout manquement à la déontologie. Mahamadou Camara dira qu’il a reçu des instructions, afin de booster le chantier de la nouvelle école de journalisme, qui devra ouvrir ses portes en octobre prochain. Il a pour mission également de conduire le chantier de la transition numérique. Mahamadou Camara a annoncé une revalorisation de l’aide à la presse. L’objectif du président de la République, Ibrahim Boubacar Kéïta, est de favoriser l’émergence d’une véritable entreprise de presse a assuré le ministre de l’Economie numérique, de l’Information et de la Communication.

 

 

Lors du déjeuner offert aux directeurs de publication, le Premier ministre Moussa Mara a donné des réponses apaisantes aux doléances qui lui ont été présentées, avant de saluer la presse et solliciter son accompagnement dans la mise en œuvre de la Politique générale de son gouvernement. La Journée s’est terminée en beauté par un dîner offert par le ministre Mahamadou Camara aux directeurs de publication et directeurs de radio.

 

A.O. DIALLO

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