MAMADOU DIARRA:Quand le journaliste devient griot ou avocat, bonjour les dégâts ! ""

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"Si les agressions répétées sur les hommes de presse restent impunies en démocratie, alors l’Etat-même est en faute ". Ces propos viennent d’un incontournable animateur de la presse malienne, Mamadou Diarra, que tout le monde appelle Mad’ Diarra, assistant pour la formation et chargé de la revue de la presse à la Maison de la Presse du Mali.
Après l’école fondamentale de Quinzambougou, le lycée de Markala section Lettres et l’Ecole Normale Supérieure (ENSUP) de Bamako, l’homme occupa à partir de 1983 plusieurs postes aux Editions imprimeries du Mali (EDIM) jusqu’à leur privatisation. Marié et aujourd’hui père de quatre enfants, il fit donc ses premiers pas professionnels aux EDIM. Le PDG de l’époque, Ibrahima Berthé, qui était en même temps Président de la Fédération malienne de basket-ball lui conseilla d’aller effectuer un stage de formation à la Coopérative Jamana, section PAO (Publication assistée par ordinateur). C’était en 1990. C’est dans cette entité que le virus de la presse le piqua.
 En 1998, il décide d’opter pour le privé en ouvrant un bureau de composition, équipé d’un ordinateur Macintosh Performa et d’une imprimante. C’est ainsi que plusieurs titres qui ne disposaient pas d’ordinateurs (L’Inspecteur, le Sphinx, le Balazan, l’Analyste, Le Patriote etc.) faisaient recours régulièrement à ses compétences, sans compter les prestations effectuées dans certaines rédactions.
Ayant acquis une expérience certaine dans le métier (formation en secrétariat de rédaction, gestion de publication d’articles en ligne) Madou Diarra travaillait comme secrétaire de rédaction dans de nombreux journaux. Comme il était devenu trop difficile de concilier deux boulots (aux Edim et en ville), il décida de se consacrer uniquement aux prestations dans les différentes rédactions.
A la création de la Maison de la Presse du Mali, sous la tutelle de l’Institut Panos, l’idée avait germé dans son esprit de prendre des dispositions pour informer, par le biais de l’Internet, la diaspora malienne et les populations de l’intérieur, qui n’avaient pas accès aux journaux. On lui fit appel. Assistant de Mamadou Talata Maïga, chargé de la formation sur les nouvelles technologies et aussi de l’information et de la communication dans cette structure, il fut chargé de la mise en ligne quotidienne des articles des différents journaux de la place.
Cette idée d’informer la diaspora malienne à partir de nos journaux a été vivement saluée par de nombreux Maliens, de l’extérieur comme de l’intérieur du pays. Cependant, la mission n’était pas aisée, car il fallait, tous les jours, sillonner les différentes rédactions pour la collecte des articles. C’est ainsi que L’Essor (organe d’Etat) et les journaux privés de la place purent être régulièrement mis en ligne. Hebdomadairement d’abord, puis de façon quotidienne par la Maison de la presse.
Aujourd’hui, Madou Diarra se réjouit de continuer à réaliser ce travail au nom de la Maison de la Presse, en effectuant le déplacement chaque matin dans les différentes rédactions concernées. " Ce travail de collecte que j’effectue est une passion et une fierté. Je me donne le devoir d’accomplir cette mission. Mon constat, c’est que la presse malienne a beaucoup progressé, comme en témoigne la floraison des journaux et des radios au Mali. S’agissant de la liberté de la presse, théoriquement elle existe. Mais, en pratique, cela est moins vérifié en raison de deux facteurs essentiels : l’inexistence ou la précarité des salaires, la peur des agressions de journalistes. Le premier facteur rend les journalistes pratiquement dépendants, à cause du caractère alimentaire de leur travail qui peut oblitérer l’information juste et vraie, en la rendant subjective et dangereuse ou, plus simplement, en la taisant, en la bloquant. "
Malgré l’existence de textes pouvant sanctionner de tels comportements, Mad’ Diarra pense qu’il sera difficile de les appliquer, compte tenu des rapports interpersonnels et culturels dans notre pays. La justice étant ce qu’elle est, d’une part, le réflexe, sinon l’instinct, de corporatisme entre journalistes, de l’autre, pèsent eux aussi énormément. " L’ère démocratique a aussi vu, malheureusement, la liberté de la presse fortement limitée par la peur des agressions, qui restent jusqu’à ce jour impunies. Cette peur s’est instaurée dans le milieu journalistique car elle s’est trouvée justifiée, sinon légitimée par de hautes autorités. Le Président de la République lui-même, lors du 4ème anniversaire de son accession au pouvoir, a justifié certaines agressions en disant que les journalistes devaient cesser eux aussi d’agresser " poursuit Madou Diarra.
Certes, la qualité moindre, sinon totalement en deçà des attentes, de certaines publications peut s’expliquer par une " politique alimentaire ", continue notre interlocuteur. " Le patron ou le journaliste court après sa pitance ou court les salons des hommes de pouvoir politique ou économique, se transformant en caisse de résonance de ces pouvoirs, espérant une ascension sociale, professionnelle ou un poste officiel qu’il espère sécurisant pour sa vie future ".
Ce qui, toujours selon cet observateur averti, a pour conséquence une information de moindre qualité. " Le journaliste devient griot ou avocat. Et alors, bonjour les dégâts ! ". Dans la presse malienne, Mamadou Diarra apprécie beaucoup la plume de Gaoussou Drabo de l’AMAP et celle de Mamadou Lamine Doumbia de L’Indépendant. " Les déceptions, j’en ai connues, comme tout homme. Mais il faut savoir les surmonter et voir l’avenir en rose " dit le philosophe. Ses temps libres, Koro Diarra les consacre à sa famille, au sport (il est un ancien athlète du Stade malien et de l’équipe nationale du Mali), à la lecture et au cinéma. Pour conclure " je demande à mes cadets dans la profession une analyse objective des faits, en respectant l’éthique et la déontologie, pour aller à l’information. Alors, ils auront raison sur le temps ".

F. Mah THIAM DOUMBIA

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