Procès Karim Keita C/Journal Le Sphinx: le film d’un procès bâclé

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Le tribunal de la Commune III rendra son verdict demain mardi. Sur le procès en «diffamation» opposant, Karim Keita, fils du président de la République au directeur du journal le Sphinx. Le déroulé de l’audience de fond, mercredi dernier, a donné lieu à un procès pressé d’une presse insoumise. Dans ses conditions, échapper à une condamnation serait un miracle.

Des dispositions sécuritaires particulières. Deux véhicules de la Garde nationale surchargés déversent leur contenu dans la cour du tribunal de la Commune III du district de Bamako. Les entrées du palais de justice sont filtrées. Plus que d’habitude. La carte d’identité de chaque passant est minutieusement vérifiée. Dans la salle d’audience, cinq gardes armés, au moins, scrutent les faits et gestes du public.

9h05. «La cour», crie un garde. Tout le monde se tient débout. Un groupe de personnes en robe fait son entrée. On fait signe au public de s’asseoir. Le président du tribunal procède à l’identification du prévenu. L’audience, présidée par Baradji Baba, débute aussitôt. Le juge demande le reçu du paiement de la consignation. Pour les avocats de la défense, c’est un motif d’irrégularité.

«La consignation doit être payée 24h au moins avant l’audience », proteste Me Diop. «Ce n’est pas le jour du jugement que la preuve doit être apportée. C’est contraire à la pratique de ce tribunal. De plus, il faudra vérifier que le paiement n’a pas été fait en monnaie de singe», indique-t-il. «Je comprends la peur dans l’autre camp, rétorque Me Mamadou Gaoussou Diarra, mais je ne crois pas avoir la réputation de faussaire que me colle Me Diop».

«Il n’y a pas un droit de la pratique dans ce tribunal et un droit applicable au reste des tribunaux», proteste le procureur de la République. La procédure, assure Mamadou Bandjougou Diawara, est conforme à l’article 63 du Code de procédure pénale. La défense revient à la charge après le réquisitoire du procureur. Mais rien n’y fit. Le juge entame incessamment la lecture des faits reprochés au prévenu.

«Vérifier Monsieur le juge»

«Vous vous auriez épargné cette peine, Monsieur le président, si vous nous aviez laissé le temps de plaider. Car nous avons des exceptions de nullité», entonne Me Diop. Son collègue, Me Konaré prend le relais. Selon lui, la poursuite contre son client est frappée de nullité au sens de l’article 60 de la loi portant régime de presse et délit de presse. «Car, argumente-t-il, deux citations sont en train de se balader dans la nature. L’une, avec toutes les mentions, est faite pour le tribunal et l’autre est faite pour le prévenu». «Vérifier Monsieur le président», ajoute-t-il en tendant un document au président du tribunal et en remettant copie la partie civile.

«Vous avez terminé?», hâte le juge. «Non, non Monsieur le président», objecte Me Diop. «L’exception que je vais soulever, cette fois, est insurmontable, indiscutable et s’impose erga omnes», indique-t-il. Au dire de l’avocat, l’article 61 de la loi sur la presse a, elle aussi, été violé. Le délai légal de «20 jours francs» entre la citation et la comparution du prévenu n’a pas été respecté. En tout, la défense soulève trois nouvelles causes de nullité de la poursuite contre Adama Dramé.

Entre grammaire et droit

C’est autour de la partie civile, avec ses six avocats, d’argumenter. Si l’ancien ministre, Me Diarra a plaidé sans pour autant convaincre. Il s’est montré courtois envers le camp adverse. Malheureusement, on ne peut en dire autant pour son collègue Me Boubèye. Ce dernier a accusé la défense d’être la honte de la profession. Il les a invités à venir «suivre ses cours sur la déontologie». Pour lui, ses collègues ont beaucoup par apprendre. Car, atteste-t-il, ils ne parlent même pas français. L’escalade verbale entre les deux camps augmentera en intensité au fil des débats. Nous vous épargnons les détails. Même si Me Konaré s’en est excusé plus tard, à son nom propre et au nom de ses deux compères, le mal était fait.

«Vous n’avez rien appris en droit Me Diop», assène le procureur à un avocat de la défense. «Ou vous avez appris comme moi en deuxième année, mais vous avez tout oublié», insiste le procureur. Toute tentative d’objection, de la part des conseils du prévenu, se heurte ostensiblement à ce refrain: «écouter, vous allez apprendre!». Dire sur ton professoral et debout sur le pupitre, il donnait l’impression d’un de ses prêtres de secte devant ses disciples.

Un juge déterminé

Après les débats sur les exceptions soulevées, l’on s’attendait à une suspension de séance pour, au moins, vérifier ces «allégations». Même le procureur qui avait déjà pris fait et cause pour la partie civile, demande une suspension pour purger ces questions de forme. Mais contre toute attente, le juge décide de poursuivre le procès en expliquant «joindre les exceptions au fond». Face à la volonté manifeste du juge d’en découdre avec leur client, les avocats de la défense protestent et quittent la salle. Seul, sans ses avocats, Adama Dramé refuse de parler.

Le procès reprend après quelques minutes de suspension forcée. Mais sans les avocats de la partie civile. Le procureur requiert 3 mois de prison avec sursis contre le directeur du journal et 100 000 FCFA de dommages-intérêts.

Mamadou TOGOLA/Maliweb.net

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1 commentaire

  1. Vous ferez mieux d’aller vous instruire d’abord cher journaliste, avant de vous mettre à écrire du n’importe quoi.

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