Anneau Sotrama : Ça ne tourne toujours pas rond

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On savait que ce serait difficile. Et c’est le cas avec beaucoup de grogne, pas mal d’incivisme et d’indiscipline, quelques modalités à revoir certainement. Le travail n’est pas fini.

Lorsqu’ils décidaient de construire un anneau Sotrama à Bamako, les pouvoirs publics étaient guidés par un souci majeur : désengorger le centre-ville afin de faciliter la circulation dans le secteur du Grand marché rempli de monde toute la journée. A l’entrée en fonction de l’équipement, les conducteurs de Sotrama avaient refusé de circuler sur les voies qui leur ont été réservées en arguant leur étroitesse. Les commerçants-détaillants qui occupaient les trottoirs refusèrent, eux aussi, de plier bagages sous prétexte qu’ils ne savaient pas où aller. Pour établir l’ordre souhaité au centre commercial, il a fallu le déploiement de gros contingents de policiers et gardes nationaux. Le dispositif reste partiellement en place pour ne pas abandonner aux récalcitrants le terrain gagné. Au Dabanani, près d’une centaine d’éléments de la police et de la garde nationale sont mobilisés pour empêcher le retour des squatters. Postés environ tous les deux mètres, ils doivent rappeler à l’ordre tous ceux qui font mine de réoccuper le domaine public. Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’on imagine. Ici par exemple, les contrevenants refusent catégoriquement de payer car, protestent-ils, aucun panneau de signalisation indiquant la réservation de cette voie aux véhicules de transport collectif n’est proprement visible sur place.

L’unique panneau de signalisation plantĂ© ici est masquĂ© par des affiches…publicitaires. Les habituĂ©s sont encore dĂ©sorientĂ©s. Certaines personnes, après avoir beaucoup marchĂ©, Ă©prouvent du mal Ă  localiser le nouveau point d’arrĂŞt des Sotrama qui desservent leur ligne. Il n’est donc pas rare d’assister Ă  un bras de fer entre les minibus de transport en commun et les policiers. Moussa, un chauffeur de Sotrama, fait partie des adversaires de l’anneau Sotrama. “L’anneau Sotrama ne nous arrange pas. C’est très long, très Ă©troit et très compliquĂ© surtout au niveau de Bagadadji ou du marchĂ© Dibidani. Il s’agit de tronçons dangereux pour les conducteurs de Sotrama et pour les populations riveraines”, critique-t-il. Moussa estime que la voie du marchĂ© Dabanani rĂ©servĂ©e aux minibus Sotrama est plus petite que celle mise Ă  la disposition des voitures des particuliers et des taxis. « Ils peuvent interdire aux Sotrama de circuler au centre commercial, mais nous n’allons pas accepter cette situation de calvaire car notre survie en dĂ©pend », lâche t-il amer. Cheickna TourĂ©, un responsable du syndicat des chauffeurs de Sotrama, se montre lui aussi très critique. « Depuis que l’anneau a Ă©tĂ© ouvert Ă  la circulation, les Sotrama qui vont Ă  Magnambougou n’ont plus d’arrĂŞt fixe. Leurs clients sont obligĂ©s de se promener entre les diffĂ©rentes plaques », explique-t-il. Le syndicaliste dĂ©sapprouve aussi le fait que les minibus sont obligĂ©s d’aller jusqu’au niveau de l’hĂ´pital Gabriel TourĂ© pour dĂ©charger leurs passagers avant de faire demi tour pour emprunter la voie de Dibidani ou celle du Rail-da.

CONDAMNES A COHABITER. Au Dabanani mĂŞme, l’encombrement est loin d’avoir Ă©tĂ© banni. Les revendeurs dĂ©guerpis se sont attribuĂ©s contre vents et marĂ©es des places sur les trottoirs et l’anarchie a repris de plus belle lĂ -bas. Ces “hors-la-loi” encombrent non seulement le passage, mais barrent aussi, comme auparavant, l’accès aux boutiques installĂ©es le long de la voie. « L’anarchie est telle qu’on guette maintenant les clients. Alors qu’avant ceux-ci pouvaient entrer et sortir de nos boutiques sans encombre, aujourd’hui, c’est tout a fait le contraire », se plaint le propriĂ©taire d’une boutique de produits cosmĂ©tiques. Celui-ci est Ă©videmment partisan d’une libĂ©ration drastique des voies par les pouvoirs publics. Les vendeurs Ă  la sauvette accusĂ©s d’avoir envahi les trottoirs tentent de se dĂ©fendre. Une vendeuse de chaussures, dĂ©sespĂ©rĂ©ment adossĂ©e Ă  la grille de protection, laisse Ă©clater sa colère quand nous l’avons approchĂ©e. « Nous avons nous aussi le droit de nous installer dans le marchĂ©. Notre pitance quotidienne en dĂ©pend. OĂą voulez-vous qu’on aille ? En plus, on paie nous aussi des taxes Ă  la mairie », s’agite-t-elle. « Quand on nous trouvera une bonne place, on s’en ira d’ici », ajoute-t-elle. Au marchĂ© Dibidani, sur l’autre flanc du centre-ville, commerçants et transporteurs vivent une cohabitation nerveuse depuis que l’anneau a Ă©tĂ© ouvert Ă  la circulation. Les premiers accusent les seconds de « gâter le coin » par leur prĂ©sence encombrante.

En effet, les minibus en stationnement, collés les uns aux autres, forment une muraille compacte devant les kiosques que la mairie du district a réalisés pour loger les commerçants ambulants déguerpis du marché Dabanani. Ceux-ci constatent que la présence des Sotrama à cet endroit gêne considérablement le passage de leurs clients. « Les clients commencent à nous bouder à cause de l’anarchie créée par les Sotrama », assure un vendeur. Inutile de parler des clients qui venaient en voiture faire leurs achats et qui ne savent même plus quoi faire de leur auto. Un syndicat des transporteurs reconnaît que le stationnement des Sotrama indispose les commerçants et riverains du Dibidani. « Nous nous contentons de ce site en attendant que les autorités aménagent une place pour nous », assure ainsi Seydou Yirango. Le syndicaliste se dit sensible aux préoccupations des familles qui ont du mal à supporter le vacarme et les mouvements occasionnés par les Sotrama. Le commerçant Mamadou Makadji tente d’apaiser les esprits. Il estime que commerçants et transporteurs sont là à la recherche du pain quotidien. Par conséquent, ils sont condamnés à cohabiter. « Depuis que les autorités sont venues nous dire que le lieu sera octroyé aux Sotrama, nous n’avons opposé aucune résistance, car nous sommes tous de pauvres citoyens à la recherche de quoi à manger », dit-il.

Le directeur de la régulation de la circulation et des transports urbains, Djibril Sidibé, pense lui aussi que le commerce et le transport vont ensemble, l’un et l’autre partageant les mêmes clients. Il est trop tôt, estime-t-il, pour dresser le bilan de la mise en circulation de l’anneau Sotrama. Il juge tout de même satisfaisant les résultats obtenus sur le terrain, même si les difficultés sont palpables. « Je pense que chacun doit jouer sa partition dans la gestion du centre-ville car la mairie du district ne peut pas, à elle seule, s’attaquer à tous les fronts en même temps », estime le directeur de la régulation de la circulation et des transports urbains. Il n’a pas tort mais aurait eu encore plus raison en situant avec précision l’origine des défaillances qui plombent les bénéfices de l’anneau Sotrama.

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