Après Kidal, l’avenir du Maliba !

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Après Kidal, l’avenir du Maliba !Le 17 mai dernier, le souffle tournoyant des rotors d’un hélicoptère a attisé les braises qui couvaient depuis longtemps sous le sable kidalois et le tarmac de l’aéroport de Kidal. Le 21 mai, le cauchemar malien était de retour.

 

 

Le 2 avril, IBK avait pourtant dit devant la Commission européenne : «Mon pays, le Mali, vient de traverser une des plus graves crises de son existence». Avait-il soudain oublié que la crise n’était pas terminée ? N’avait-il pas entendu en février à Gao et fin décembre à Bamako la colère des populations qui marchaient pour dénoncer la situation incompréhensible et inacceptable de Kidal ? Les marcheurs, eux, n’oubliaient pas que le 14 décembre, une voiture piégée avait explosé à Kidal, et d’ailleurs juste avant, le 5, en marge du Sommet de l’Elysée pour la Paix et la Sécurité en Afrique, IBK s’était lui-même étonné qu’alors que «les forces internationales (qui) ont vocation à aider le Mali à recouvrer son intégrité territoriale et sa souveraineté, nous assistons, hélas, à une situation où la présence de ces troupes a empêché le Mali de rétablir l’autorité de l’Etat à Kidal, alors qu’il l’a fait à Gao et à Tombouctou. La libération s’est faite de manière conjointe jusqu’aux abords de Kidal, où là, on a bloqué les Maliens. Je ne comprends pas, disait IBK, que Kidal ait été une exception».

 

 

Il est vrai que le 28 novembre, le Premier ministre Tatam Ly n’avait pas pu se rendre à Kidal, et que quelques jours plus tôt, au début du mois, deux journalistes de RFI y avaient été assassinés. Le 10 octobre, à Gao, les manifestants demandaient «l’arrêt immédiat des exactions contre les populations noires qui étaient chassées de Kidal»,  et «la reprise et le contrôle total de la région de Kidal par les forces de défense et de sécurité du Mali». Alors que le 4 septembre, dans son adresse à Dioncounda Traoré, IBK, fraîchement élu, avait affirmé que «le pays (est) territorialement libéré, et qu’à cet effet, en tant que président de la République, je m’attellerai sans relâche à restaurer l’Autorité de l’Etat».

 

 

Le Mali comptait sur lui, puisque malgré les Accords signés le 18 juin, tout le monde savait que la présence de l’armée et de l’Etat n’était toujours pas revenue à la normale dans la ville de Kidal. J’arrête cette machine à remonter le temps, car ce n’est qu’avec le recul, que les historiens trouveront peut-être un jour les preuves tangibles pour nommer les multiples responsables qui ont œuvré pour que Kidal reste un fief incontrôlable à l’affût de l’occasion qui projetterait le Mali à nouveau sur le devant de la scène, seize mois après le lancement de l’intervention Serval.

 

 

Depuis les derniers affrontements, les sanctions sont prises, un cessez-le-feu existe,  la relance des pourparlers tels que prévus dans les Accords de Ouaga est prévue. Mercredi le 28 mai, le Conseil de sécurité des Nations unies a réitéré son soutien total à Bert Koenders et à la Minusma. Ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que tout le monde savait que rien n’était réglé à Kidal. Les séparatistes n’étaient pas désarmés et leurs porte-paroles se pavanaient au Burkina Faso, en Mauritanie, en Europe et en France. Tout le monde savait que la crise sécuritaire n’était pas terminée, puisque régulièrement, des engins explosifs tombaient sur Gao, et que, par deux fois en 2013, la ville de Tombouctou avait été attaquée. Tous ceux qui téléphonaient à la famille vivant dans ces régions, entendaient les parents dire que les bandits rôdaient toujours en brousse, et que certains étaient même vus en ville. Tout le monde savait, mais presque tout le monde avait la colère braquée sur le capitaine que le président de transition avait étoilé le 14 août. Tout le monde savait que Kidal n’était pas libérée, mais, soulagés par la réussite des élections présidentielle et législatives, préoccupés par la hausse du prix des condiments, les esprits se laissaient aveugler par l’arbre Sanogo qui cachait la forêt Kidal. L’opinion publique, au Mali comme ailleurs, semblait anesthésiée par une volonté généralisée de détourner l’attention de la situation exceptionnelle de Kidal que l’Etat malien ne contrôlait toujours pas.

 

 

De l’ami corse embarrassant à l’avion présidentiel, du Mali d’abord à ma famille avant, tout occultait Kidal dans le quotidien malien. C’est l’Histoire qui déterminera peut-être un jour quel faisceau de décideurs a eu cette volonté. Nous ne sommes que les simples témoins de l’actualité, mais n’oublions pas que, d’abord et surtout, les responsables premiers de la tragédie de Kidal, du septentrion, sont les bandits armés, quel que soit le nom de leur groupe, profondément enracinés dans le vieux rêve de l’OCRS (Organisation Commune des Régions Sahariennes) que faisait De Gaulle juste avant les indépendances. Ce rêve, on le distingue en filigrane dans les non-dits du gouvernement Hollande, qui ne fait que répéter les desseins cachés de la politique africaine de ses prédécesseurs.

 

 

Une autre cause de cette déstabilisation au long cours, est évidemment le  silence assourdissant des autorités maliennes et internationales face aux trafics en tous genres qui prévalaient, bien avant le massacre d’Aguelhok, dans la bande saharo-sahélienne malienne démilitarisée. On commence à agir contre les fléaux de la corruption et l’enrichissement illicite, mais n’oublions pas que cette gangrène a perverti le fonctionnement de tout le pays, de Kayes à Kidal ; qu’elle a jeté sur les mers la jeunesse désespérée et privé les populations de tout bien-être, les abandonnant aux mains du banditisme ; qu’il se cache derrière la rigueur de sa pseudo-pratique religieuse ou derrière son mirage d’indépendance. Que nous soyons Maliennes, Maliens, au Mali, à l’extérieur, simples citoyens du monde aimant le Mali, à Kayes ou à Kidal, nous ne devons rien lâcher, comme on dit ici en France, quand la colère gronde dans la rue. Car, c’est maintenant que se joue l’avenir du Maliba. Et c’est le Mali, tel qu’il sortira de cette crise, que nous léguerons à nos petits enfants, où qu’ils vivent.

Françoise WASSERVOGEL

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2 COMMENTAIRES

  1. le mali peut tanguer, la mali peut chanceler mais le bateau MALI ne coulera jamais grâce à la baraka et à l’humanisme du Malien.
    Incha’ALLAH; le nom Mali continuera à sonner comme un gong sur la conscience des ceux qui ont œuvré à à l’avènement de cette crise ou s’en sont réjouis.
    Nos ennemis seront servi de quoi oublier le MALI warabi ALLAH!!!

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