Bamako : L’exode rural ne paie plus

0
Bamako en mai 2016 (photo d'illustration). © Thomas Imo/Photothek via Getty
Bamako en mai 2016 (photo d'illustration). © Thomas Imo/Photothek via Getty

Au Mali, l’exode temporaire d’une partie des “bras valides” a Ă©tĂ© longtemps une source de revenus très importante. Mais aujourd’hui, les envois d’argent des exilĂ©s deviennent rares ou « maigres ».

“Je t’écris jour et nuit. Je suis actuellement fatiguĂ©. Nous n’avons rien en famille. Depuis que Moussa est parti Ă  Bamako, il n’a pas envoyĂ© un franc. Il y a le problème du manger et le problème d’impĂ´t. Je compte beaucoup sur vous.” Ton père…

“Le gros problème, c’est que le travail est momentanĂ©ment arrĂŞtĂ©. (…) Je ferai toutes les Ă©conomies lorsque je recommencerai le travail. Peut-ĂŞtre ce sera pour bientĂ´t. Ton fils…”

Cet Ă©change de correspondances entre un paysan malien, et l’un de ses fils, parti “Ă  l’exode” dans la capitale, est significatif de la fin d’une Ă©poque.

La plupart des “bras valides” qui sont allĂ©s chercher fortune en ville ou Ă  l’étranger ne reviennent plus et cessent d’envoyer d’argent Ă  la famille. Le vieux Dolo, âgĂ© de plus de soixante ans a vu ainsi partir ses quatre enfants. Son fils Yamadou, embauchĂ© par les Industries textiles du Mali, Ă  Bamako, a Ă©tĂ© pendant un temps le principal soutien de ses parents. Aujourd’hui, il est en chĂ´mage technique et ne peut plus envoyer un sou au village. Quant Ă  retourner s’installer lĂ -bas, c’est impensable. Ni la terre, ni les pluies ne permettraient de nourrir une seule bouche supplĂ©mentaire. L’annĂ©e prĂ©cĂ©dente, les cultures de mil ont Ă©tĂ© ravagĂ©es par les mange-mil avant de sĂ©cher sur pied. Le vieux Dolo n’a rien rĂ©coltĂ©. Pour s’en sortir, il a dĂ» descendre dans la plaine pour participer Ă  la rĂ©colte du riz. A l’approche de l’hivernage, il a fallu une distribution d’aide alimentaire organisĂ©e par l’administration pour lui  permettre de “faire la soudure”.

En pays Dogon, certains fils de paysans “partis Ă  l’exode” rentrent au village chaque annĂ©e, le temps de participer aux travaux d’hivernage. Ce n’est pas le cas de Yamadou. “Je ne peux pas revenir les mains vides”, explique-t-il. Surtout qu’il est question de mariage avec une fille du village et qu’on ne peut pas se marier sans un sou. “Je t’avais cherchĂ© une femme, Ă©crit le vieux Dolo, mais puisque tu n’est pas venu, elle s’est remariĂ©e.” Pourtant, le père ne se dĂ©courage pas. Il a trouvĂ© une nouvelle fiancĂ©e Ă  son fils et l’implore Ă  nouveau : “Il faut venir voir la fille toi-mĂŞme si elle te plaĂ®t. Il faut tout faire pour venir.”

Des pères qui se sentent abandonnĂ©s de leurs enfants, on en rencontre de plus en plus souvent au pays dogon. Au village, le chef conte ses “enfants vagabonds”, qui le laissent sans nouvelles et sans secours. Alors que la dernière rĂ©colte de mil n’a pas produit plus d’un mois et demi de consommation, cet autre homme a vu partir quatre de ses rejetons vers une destination inconnue. “Ce sont des enfants ratĂ©s qui n’ont pas  pitiĂ© de leurs parrents”, s’emporte-t-il. Mais qui sait, si les “exodants” n’ont pas trouvĂ© en ville des conditions d’existence aussi prĂ©caires que celles de leurs parents ?

Le dĂ©part temporaire des jeunes a longtemps constituĂ© le moyen le plus courant de “joindre les deux bouts” pour les familles paysannes du pays dogon. Dans cette rĂ©gion au relief très accidentĂ© et au climat capricieux, la production locale de cĂ©rĂ©ales est presque toujours insuffisante, mĂŞme les bonnes annĂ©es. Beaucoup de fils de paysans vont alors vendre leurs bras en ville ou Ă  l’étranger. Quant aux jeunes filles, elles sont nombreuses Ă  travailler comme domestiques Ă  Bamako ou ailleurs. “Tous les mois, rapporte un fonctionnaire bamakois, ma bonne me demande ses 10.000 F qu’elle envoie Ă  sa famille. Et quand vient l’hivernage, elle fait tout pour repartir au village.”

Aujourd’hui, avec la crise des emplois urbains, les jeunes paysans partis chercher fortune ne trouvent que le chĂ´mage ou la “dĂ©brouille”.

Malick Camara

PARTAGER

REPONDRE

Please enter your comment!
Please enter your name here