Escroquerie : Le frère d’un Premier ministre guinéen entre les griffes de l’Epervier

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Tantôt professeur de philosophie, tantôt titulaire d’un DES appliqué en relations publiques, un escroc hors pair, âgé de 61ans, de nationalité guinéenne s’attribue tous les grands titres pour se frayer un passage à travers les griffes de l’Epervier du Mandé entre lesquelles il s’est fait embourber. L’une des armes de l’escroc pour frapper ses victimes, était le nom d’un ancien Premier ministre guinéen dont il se faisait passer pour le frère cadet. Malheureusement, l’aventure s’arrête au commissariat de police du 3e arrondissement, le 19 octobre dernier.

Ibrahim Sory Touré, né le 29 septembre 1945 à Conakry de feu El Hadj Abdoulaye et de Hadja Mamet Touré, domicilié à Kabala dans la préfecture de Kati, c’est le nom de ce phénoménal escroc dont les faits et gestes méritent d’être enseignés dans les écoles de police. L’homme parle extraordinairement bien la langue de Voltaire. Il est doué d’une intelligence jusque-là non oxydée par l’âge, qui fait de lui un véritable prophète du mal. Mais, son malheur est que la baraka manque le moins. Il s’est rendu à l’évidence. Deux ans après, Ibrahim Sory Touré est tombé entre les mains d’une de ses victimes, du nom de Anzoumane Koné dit Entraîneur qui le cherchait jour pour jour à travers la ville de Bamako pour avoir abusé de sa confiance. Dans la journée du 19 octobre dernier, aux environs de 13 heures 30 minutes, ce dernier se présente à la brigade de recherche du 3e arrondissement en compagnie de l’oiseau qu’il accuse d’escroquerie.

A peine le sieur Koné a-t-il fini de s’expliquer que le suspect s’est aussitôt mis à tout déballer avant de présenter ses excuses à sa victime. Car, il savait qu’en ébruitant l’affaire, ses multiples victimes n’hésiteront pas à le diviser en plusieurs morceaux. L’Epervier du Mandé, l’inspecteur principal de police Papa Mambi, chef de la brigade de recherche, chargé de l’affaire, rend compte à son chef hiérarchique, le contrôleur général de police Moussa Sissoko, chargé du 3e arrondissement. Celui-ci instruit à l’Epervier et à ses hommes d’organiser sur le champ, une perquisition au domicile du suspect à Kabala. Le résultat est sans appel. Les policiers découvrent dans la tanière de Touré des piles de documents administratifs composés de cartes d’identité civile, de passeports, de copies de diplôme et des demandes d’emploi. Cette découverte va alors chambouler la stratégie de défense de l’escroc guinéen, ayant l’art de faire promener ses poursuivants en bateau.

Ibrahim Sory Touré, PDG de la nouvelle usine « SOG.TRA.B »

L’escroc guinéen n’est pas un néophyte en matière d’escroquerie. Il en est un vrai maîtrisard. Après avoir chuté à Bamako en 2002 suite à la rébellion en Côte d’Ivoire où il résidait, l’homme découvre que l’un des problèmes majeurs des Maliens était le chômage. Pour ce faire, il couche sur papier le projet d’une nouvelle usine dénommée SOG.TRA.B, une entreprise de bâtiments, de travaux publics et de brasserie. C’est avec ce document bien ficelé qu’il s’est lancé à la recherche d’éventuels employés, sans agrément ou d’autres documents administratifs fiables pour l’ouverture de ladite entreprise. Il suffit que le nouveau PDG remue sa langue qu’on se voit aussitôt dans un château en Espagne. C’est ainsi qu’en 2004, il rencontre le sieur Anzoumane Koné, comptable de son état, dans un parking devant le cinéma Vox.

L’escroc réussit son coup

Habillé dans une tenue correcte, la tête joliment coiffée, Ibrahim Sory Touré se dirige vers Anzoumane Koné. Après les salutations d’usage, il décline son identité avant de déclarer qu’il est le frère cadet de l’ancien Premier ministre guinéen, son Excellence Sidi Yaya Touré. En cette qualité, il veut créer une usine au Mali dont la priorité sera donnée aux Guinéens résidant au Mali, ayant le niveau du baccalauréat pour y travailler. Anzoumane Koné pense aussitôt à son ami Souleymane Condé qui est originaire de la Guinée-Conakry. Les deux hommes se transportent au bureau de ce dernier.

A Condé, Ibrahim Sory Touré reprend la même chanson, mais cette fois-ci en précisant que ceux qui auront la chance d’être recrutés suivront une formation de sept ans dans une prestigieuse université des Etats-Unis d’Amérique. Leurs parents s’occuperont des frais de dossier et le reste lui reviendra.  Souleymane Condé n’en croit pas ses oreilles, tant le tam-tam de Touré résonne merveilleusement bien. C’est une aubaine pour sa fille qui venait d’échouer une seconde fois au baccalauréat malien. Avant de prendre congé de Condé, son compatriote lui propose le poste de chef du personnel dans la nouvelle usine. Et Souleymane de rendre grâce à Allah et à son ami Anzoumane de lui avoir ouvert la voie du bonheur. Il remet à Touré tous les documents nécessaires et la somme de 182.500FCFA. Condé se propose de mettre fin à ses services chez son employeur au profit de la nouvelle usine de son compatriote guinéen.

Discrètement, il commence à prendre des cours sur le rôle d’un chef du personnel auprès de ses collègues de travail. En vue de convaincre ses victimes, un jour, sans d’autres précisions, l’escroc fait passer la liste de ses nouvelles recrues dont la fille de Souleymane Condé sur les antennes de la radio « Jèkafo », les invitant à se présenter d’urgence à la direction de SOG.TA.B pour les informations relatives à leur départ pour les Etats-Unis d’Amérique. Ce fut une véritable fête chez les Condé à l’Hippodrome en Commune II du district de Bamako. Mais le hic, c’est qu’aucun d’entre eux ainsi que leurs parents, ne connaît le siège de la fameuse direction. L’escroc ne se limite pas là. Il sollicite auprès de son « parent Condé » de lui chercher un éminent avocat du barreau malien pour défendre les intérêts de la nouvelle entreprise. Souleymane Condé ne va pas loin. Il pense aussitôt à partager ce bonheur avec son beau-frère, avocat à la Cour.

Au cours d’une invitation organisée par Souleymane Condé en l’honneur de son nouveau PDG, l’avocat doute de l’étranger. Il conseille Condé de se méfier de son nouveau bienfaiteur, car, il ne lui inspire pas confiance. Pendant que Souleymane était entre l’espoir et le doute, Ibrahim Sory Touré frappe Gaoussou Cissé, assistant-comptable à Bittar-impression que Anzoumane Koné lui avait confié. D’après celui-ci, l’homme a l’air très convaincant. Pour preuve, au cours de leur rencontre, Ibrahim Sory Touré a tellement bien parlé qu’il l’a cru sans détours. Sur le champ, il lui a remis une copie de son diplôme de l’ENA, une copie de son extrait d’acte de naissance, quatre photos d’identité plus la somme de 75000FCFA. Quatre jours plus tard, il lui a donné 50000FCFA, puis 12500FCFA comme frais de dossier et 60000FCFA comme ceux d’agence et de vaccination. Comme les Condé, Gaoussou Cissé a écouté son nom sur la radio « Jèkafo » parmi les postulants retenus pour la formation aux USA.

Depuis, le Guinéen a disparu dans la nature. Et Ibrahim Sory Touré de dire à Anzoumane Koné qu’ils ne se verront plus jamais lorsque celui-ci lui a téléphoné. Condé rompt avec son ami Koné pour l’avoir entraîné dans une affaire qui a porté atteinte à sa dignité et Cissé de douter de lui durant deux ans. La bonne foi de l’entraîneur retourne contre lui. Fort heureusement, Dieu était bien présent pour trancher entre eux. Actuellement, en attendant de voir d’autres victimes, le frère cadet de l’ancien Premier ministre guinéen Sidi Yaya Touré broie du noir à la maison centrale d’arrêt de Bamako-Coura pour le péché qu’il a commis.

O.BOUARE

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