Meurtre à l’Hippodrome : Un colis encombrant devant la famille Wagué

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Personne, en tout cas pour l’instant, ne saura avec exactitude les circonstances dans lesquelles le jeune Djibril Sissoko, âgé de 25 ans, a trouvé la mort. Dans la matinée du 1er septembre dernier, son corps a été découvert par le commissaire de police du 3e arrondissement devant la villa des Wagué sise à l’Hippodrome sur la route menant à Sikoroni en Commune II. Comment en est-on arrivé là ?

Le sujet a pris une bonne partie du briefing que le Contrôleur général de police Moussa Sissoko tient quotidiennement avec les chefs de section de son commissariat pour faire l’état des lieux de la situation sécuritaire journalière sur son territoire. Il faut préciser que ce genre de briefing est propre à tous les commissariats de police et gendarmerie du pays. On peut déjà imaginer le reste. L’affaire est alors confiée à l’inspecteur de police Cheick Keita de la section de la voie publique. Ce jeune magistrat reconverti policier n’est pas sur un terrain inconnu. Il s’est fait accompagner au lieu du drame par deux agents de santé du centre de santé de référence de la Commune II pour le constat de routine. C’est devant la villa N°8 sise à la rue 377 qu’ils découvrent le corps du pauvre dénudé, les pieds et les mains solidement ligotés au dos, certaines de ses dents arrachées. Il portait des traces de violence. A côté, on pouvait remarquer des bâtons et des morceaux de fer épars.

Après le constat, le policier procède à sa fouille corporelle et découvre sur lui une carte d’identité nationale, un passeport et un permis de conduire sur lesquels on pouvait lire Dijibril Sissoko, fils de Adama et de Kama Traoré, né le 25 mars 1981 à Bafoulabé, profession mécanicien, domicilié à Bamako, N’Tomikorobougou, rue 653, porte 38, chez son père. Ce fut ensuite le tour aux deux agents de santé de passer à leur diagnostic. Ceux-ci ont vite conclu que l’intéressé a été victime de coups et blessures graves ayant occasionné sa mort. Ces formalités traditionnelles terminées, l’équipe de la pompe funèbre de la mairie de la Commune II s’est chargée de l’évacuation du corps à l’insatiable morgue de l’hôpital Gabriel Touré en attendant de retrouver ses parents.

Le défunt est un fidèle des gardes à vue

L’inspecteur de police Cheick Keita n’est pas rentré à sa base les mains vides. Sur les lieux, il réussit à arracher des informations sur les circonstances dans lesquelles le défunt a trouvé la mort. D’après des témoignages recueillis sur le terrain, il ressort que le jeune Sissoko s’est introduit dans le domicile d’un certain Baba Tékété Wagué entre 3 heures et 4 heures du matin dans l’intention de voler. Surpris par le gardien des lieux, Baba Bagayogo, ce dernier l’a appréhendé sans grande peine avec le concours de ses collègues vigiles. Pendant qu’ils le ligotaient, des curieux sont sortis de partout pour venir encercler les lieux. Rien n’a pu arrêter les excités armés de bâtons et de morceaux de fer. Ce qui devait arriver arriva. Ils se sont rués sur le pauvre pour le battre jusqu’à ce que mort s’en suive sous les yeux impuissants du gardien des Wagué et des premiers secouristes, à en croire les déclarations de Baba Bagayogo.  Selon les mêmes informations, le défunt avait quitté, il y a seulement une semaine le quartier populaire de N’Tomikorobougou pour élire domicile à l’Hippodrome chez Mody Macalou. Il avait convaincu ce dernier qu’il est mécanicien auto travaillant dans un garage de la place. Macalou n’a pas cru ses oreilles lorsqu’il a appris que son nouveau venu a trouvé la mort au cours d’une opération de vol.

Mais, tel n’a pas été le cas pour la police du 3e arrondissement où Djibril Sissoko était bien connu des archives pour ses activités délictuelles. Pour preuve, dans l’après-midi du 11 juin dernier, le même individu avait été conduit par le Chinois Kang Ping, propriétaire du bar-restaurant « Yaofa » sis à l’Hippodrome pour s’être introduit dans les locaux de son service par le trou d’un climatiseur. Pendant qu’il s’apprêtait à commettre son forfait, il s’est fait surprendre par le gérant qui l’a aussitôt mis hors d’état de nuire. Conduit au commissariat de police du 3e arrondissement, il  est écroué pour enquête. Quelques jours après, sa victime désiste et retire sa plainte contre lui pour n’avoir pas subi de dommages. Il était certainement écrit très haut que Djibril Sissoko allait perdre la vie non pas chez le Chinois Kang Ping, mais plutôt devant la famille des Wagué cette nuit du 31 août au 1er septembre 2006. Une enquête a été ouverte pour démasquer les tueurs du voleur. Cela relève vraiment du miracle dans un Hippodrome où tout le monde a visiblement la bouche cousue.

O. BOUARE

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