Développement social : Des volontaires mobilisés pour donner un contenu à la solidarité

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Djimé Kanté, président fondateur de la AGSS
Djimé Kanté, président fondateur de la AGSS

Conscientes des limites de la politique sociale et solidaire du pays, qui laisse curieusement en rade des personnes très démunies, de nombreuses organisations se créent aujourd’hui pour prolonger la chaîne de solidarité par une synergie d’actions en faveur de ceux qui sont sur le point de perdre tout espoir. Solidaris223, Open-Mali, Philanthropie, AGSS… se battent ainsi au quotidien pour pallier l’incapacité de l’Etat à faire face à une précarisation qui est le plus souvent la conséquence de la mauvaise gouvernance politique aux effets socioéconomiques désastreux.

Quand la maladie de notre fille a commencé, ma femme et moi étions très désespérés. Nous avons donc vendu quelques objets personnels et des petits ruminants qui nous ont rapportés près 75 000 F CFA. Cette somme était épuisée le lendemain de notre arrivée à Bamako. Nous ne pensions plus qu’elle allait survivre, car son état s’empirait de jour en jour et le regard des gens ne nous rassurait point”, confiait ainsi un père de famille aux responsables de l’Association globale santé et solidarité au Mali (AGSS-MALI). Une organisation caritative qui récolte des fonds afin de voler aux secours de nombreuses personnes en détresse sociale.

Je ne sais pas comment décrire aujourd’hui les sentiments qui m’animent en la voyant vivante et souriante ce matin débarrassée de cet œil détruit par la maladie. On m’a dit que tout ceci est l’œuvre de personnes anonymes qui ne me connaissent même pas. Je ne pensais pas qu’une telle chose était encore possible de nos jours. Alors un seul mot à vous tous : Merci”, avait-il ajouté ému aux larmes. Sa fille a été prise en charge par l’AGSS dans le cadre d’une opération qui porte son nom, “le regard de Djénéba”.

C’est une initiative qui vise à sauver une autre petite fille de 3 ans souffrant d’une forme de cancer très rare ayant totalement détruit déjà son œil gauche. Elle a subi une opération chirurgicale le mardi 14 mars 2017 et suit normalement un protocole de traitement qui pourrait durer plusieurs mois”, nous a confié Djimé Kanté, agent au CHU Gabriel Touré et fondateur de l’AGSS.

Il y a de cela presque dix mois que j’ai connu un enfant d’à peine 2 ans. Il est venu dans mon bureau avec sa mère, les yeux hagards, la peau bleuâtre et la respiration difficile. Il ne marchait toujours pas mais se battait contre la cardiopathie congénitale. Au bout de deux minutes d’entretien, sa mère fond en larmes et me supplie de sauver son enfant. Je suis tétanisé face à l’espoir placé en ma personne. Je prends un bol d’air pour trouver des mots justes à dire à la brave dame. Au bout de quelques secondes, je lui promets de faire évacuer son enfant en France pour le traitement”, témoignait récemment Abdoulaye Namandy Tembely, président de l’Association Philanthropie.

Une promesse désormais tenue, car le petit Dramane Sidibé a pu s’envoler en France pour être opéré et guéri de cette maladie qui l’a tant affaibli… Il sera de retour le 15 mai prochain.

Quant à la petite Aminata Kassogué, elle est sortie de l’hôpital et se trouve présentement dans sa famille d’accueil. “Nous souhaitons évacuer pour cette année 2017 une dizaine d’enfants malades de cardiopathie congénitale”, souligne M. Tembely.

Il précise, pour mobiliser les fonds, “la 3e édition des Nuits de la Philanthropie sera consacrée aux centres d’accueil et de placement familial. Nous allons mobiliser des fonds pour nourrir de milliers d’enfants pendant une année”.

Après la construction des maisons, l’évacuation d’enfants malades de cardiopathie congénitale en France, le prochain défi de Philanthropie sera donc d’offrir à plus de mille enfants des centres d’accueil et de placement familial. Un but, visé est de permettre aux bénéficiaires de manger à leur faim pendant une année.

Et il y a quelques jours seulement, Open-Mali lançait cet appel aux dons en faveur du Centre d’accueil et de placement familial de Bamako, communément appelé “Pouponnière”. Une structure créée en 1956 avec pour mission l’accueil, l’entretien et l’éducation jusqu’à l’âge de trois ans, des enfants abandonnés ou de parents inconnus, des orphelins sans soutien, des enfants de mères “déficientes mentales”. Un centre qui a toutes les peines du monde à remplir sa mission sociale dans l’indifférence totale des autorités publiques.

 

Que fait concrètement l’Etat malien ?

Nous sommes actuellement en quête de dons en nature pour répondre à certains besoins urgents (vitaux) de la Pouponnière. Nous sollicitions votre aide pour mener à bien ce projet et assurer ainsi la sécurité alimentaire de centaines d’enfants en situation difficile pour la plupart”, avaient écrit ces bénévoles sur les réseaux sociaux.

On a besoin de la bienveillance, de l’aide matérielle ou financière de tous pour sauver des enfants démunis et sinistrés de la pouponnière de Bamako. Les enfants y souffrent de faim et de malnutrition ! Tel est le cri de détresse lancé mardi dernier (28 mars 2017) par un cadre malien.

Et qui ne se souvient pas de ce vieil homme inconscient abandonné au soleil pendant plus de 24 h devant les urgences du CHU Point G alors que ce service et l’action sociale se rejetaient la responsabilité au mépris de la vie humaine.

Ces cas illustres à merveille les limites, voire l’inefficacité de notre politique nationale de développement solidaire dont l’Agence nationale d’assistance médicale (Anam) et la Caisse nationale d’assurance maladie (Canam), avec son assurance maladie obligatoire (Amo), se veulent les vitrines.

Selon la Déclaration de politique de développement et de solidarité, la “politique sociale” est pourtant “un ensemble coordonné d’actions et de mesures destinées à modifier la situation de la population ou de certains groupes particuliers pour corriger les disparités sociales”.

Sa finalité ? Assurer un développement harmonieux et équitable ! “Centrées essentiellement sur une approche médicosociale aux premières heures de l’indépendance les politiques sociales ont subi au cours des quarante dernières années une évolution significative”, indique ce document.

Ainsi du développement communautaire, on est passé à une politique de solidarité adoptée en 1993. Puis au développement social qui fut l’une des préoccupations de la communauté internationale au Sommet mondial de 1995 à Copenhague (Danemark).

Il se veut “un concept universel concernant toute la sphère d’action et d’activité concourant à l’amélioration de la condition humaine en s’attaquant aux problèmes sociaux”. II est au cœur des besoins et des aspirations des individus et des Etats pour s’assurer une vie meilleure et apparaît comme le garant du développement humain durable.

Réaliser l’objectif du développement social est une responsabilité qui incombe à l’Etat, mais aussi aux communautés, aux collectivités, aux familles et à tous les acteurs de la société civile qui doivent y contribuer par leurs efforts et leurs ressources. Et naturellement que la responsabilité de l’Etat doit être plus accrue (devoir d’assistance) quand les victimes de la paupérisation se multiplient à cause surtout de ses propres défaillances politiques et économiques.

Ainsi, officiellement, la Déclaration de politique de développement et de solidarité découle de la “volonté politique du gouvernement d’assurer à chaque Malien et à chaque Malienne un mieux être dans le cadre d’une société harmonieuse où l’entraide et la solidarité seront de règle”.

Elle découle surtout de la quête des “populations pour plus de justice, d’égalité et de bien-être individuel et collectif, la politique de développement social repose sur des fondements politiques, sociaux, économiques et culturels”.

Mais face à la multiplication des cas de détresse humaine comme ceux décrits plus haut, on est en mesure de se demander si cette politique est aujourd’hui judicieuse. Atteint-elle ses vraies cibles ? A qui profitent les services sociaux dans les structures de santé ? Pourquoi tant de citoyens laissés pour compte dans un pays où la solidarité est une valeur cardinale ?

Loin de nous de remettre en cause la pertinence ou la nécessité des initiatives comme l’Amo ou l’Anam mises en œuvre par le président Amadou Toumani Touré. Mais, nous pensons qu’elles doivent être assez réajustées en faveur des déshérités avec l’implication des collectivités locales et des structures de santé à la base pour une prise en charge efficiente des cas d’indigence.

Sinon peut-on être fier de vivre dans un pays où un pauvre chef de famille est contraint de vendre ses moyens de survie pour espérer sauver son enfant ? Comment espérer d’un Etat qui n’est même pas capable de mettre des enfants des structures comme la Pouponnière ou l’Amaldème dans des conditions décentes d’épanouissement ?

Moussa Bolly

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