Dioubeba : « L’arbre » de l’Almamy Samory defie le temps

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Connaissez-vous cet arbre appelé Sourô ? Certainement pas. Les habitants de la localité de Dioubeba, situé à une trentaine de kilomètres de Bafoulabé, eux connaissent bien cet arbre naguère fruitier.

Cette localité « ne dispose » cependant plus que de trois spécimens du végétal. C’est au pied de cet arbre centenaire trônant au beau milieu de la place publique de Dioubeba que fut gardé le vaillant résistant, l’Almamy Samory Touré, après sa capture par les troupes coloniales françaises. C’est là qu’il devait attendre l’arrivée du train de Dakar pour sa déportation au Gabon. En 1897, les chemins de fer Dakar-Niger s’arrêtaient dans cette localité. L’Almamy Samory Touré fut l’objet de la curiosité de villageois éberlués et attristés qu’un des leurs ait été fait prisonnier et allait devoir être déporté par le colonisateur. Cet arbre qui a servi de dernier abri à l’Almamy, est toujours vivant mais souffre des meurtrissures du temps. Cent ans après cet événement historique, soit en 1998, raconte Abdramane Thiam, notable du village, un essaim d’abeilles avait colonisé l’arbre.

La décision fut prise de débarrasser l’arbre de ces insectes et un chasseur, sollicité, proposa la solution radicale de mettre le feu à l’arbre. Le feu, comme on pouvait s’en douter, provoqua la furie des abeilles qui lancèrent une attaque en règle. Des varans qui avaient trouvé refuge dans le tronc, en jaillirent en trombe pour échapper aux flammes, rapporte le vieillard. Un pêcheur a coupé toute retraite à un varan qui se dirigeait vers le cours d’eau du village. L’animal a chargé le pêcheur qu’il a manqué. Repoussé vers les flammes, le varan s’est reprécipité dans le tronc en feu. A la suite de ce tragique épisode, le pêcheur, le chasseur et les commanditaires de l’expédition contre les abeilles, périrent tous dans le mois qui suivirent. L’arbre porte encore les cicatrices du feu et tente de survivre car il porte des feuilles. Auparavant, ses fruits qui sont succulents, selon les témoignages, étaient recueillis dans un carré que chaque habitant traçait à son pied. Maintenant l’arbre ne donne plus de fruits. Les autorités villageoises aimeraient que les départements de la Culture et du Tourisme s’intéressent à cet arbre historique pour en faire un patrimoine culturel. Leur vœu sera-t-il exaucé ?

Moriba Coulibaly

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