Eviter le syndrome du BOKO HARAM nigérian

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Il n’est pas donné à tous les acteurs de la vie sociopolitique du pays de remplir à bord le Stade du 26 Mars. Mais voilà  que,  pour la deuxième fois, le Haut Conseil Islamique  réussit le pari. Une prouesse qui fera certainement autant de jaloux  en cette période de précampagne électorale dans la sphère politique qu’elle servira d’avertissement aux organisations de défense des droits de l’Homme et des femmes en particulier.

On le sait : le Stade du 26 mars n’accueille pas autant de monde même lors des  derbies sportifs. Mais pour le Haut  Conseil Islamique, il ne s’agit que d’un jeu. Un clac suffit. L’Etat, encore moins les organisations de la société civile ne sauraient réussir cet exploit. Les leaders de ces organisations religieuses possèdent sans nul doute une légitimité et une popularité certaine. N’ont-ils pas fait reculer les institutions de la république ? Ces gars là sont forts et leur message ne souffre d’aucune ambigüité. 

Il s’adresse à la fois à l’Etat, aux candidats lors des prochaines élections et aussi aux organisations de défenses des droits de l’homme pour lesquels, l’adoption du code revu et corrigé sous la pression des religieux, constitue un recul sans précédent. 
Fallait-il cependant faire fi des préoccupations de cette Umah ? Si oui, C’était le moyen le plus sûr d’exposer le pays au phénomène de Boko Haram au Nigeria. Explications : Les musulmans maliens, à l’instar de nombreux autres à travers le monde, croient dur comme fer que toutes les décisions de reformes de la société malienne émanent de l’Occident lequel s’est fixé pour missions de combattre l’islam. Une guerre selon eux, menée sur plusieurs fronts visant entre autres à bafouer les valeurs sociétales et religieuses des autres, à intervenir militairement au besoin.
 

Une lecture loin d’être le fait du hasard. Suite aux événements malheureux du 11 septembre 2004 aux Etats-Unis, des dirigeants occidentaux et non des moindres ont bien évoqué la supériorité de la civilisation occidentale et par extension, judéo-chrétienne sur les autres assimilée à des barbares. On connait la suite: guerre en Irak suivie de la capture et de la pendaison de Saddam Hussein un jour de fête musulmane; détention sans jugement de tous présumés islamistes à Guantanamo ; des lois interdisant le port du voile ; printemps Arabe suivi de l’assassinat du Guide Libyen… La liste n’est pas exhaustive. Tous ces événements ont eu un écho au Mali. Comme pour dire que ceux d’ici restent attentifs sur toutes ces questions.
En clair, nombreux sont ceux, au sein de la Umah, qui parlent désormais de  croisade, faisant référence à la croix. C’est bien ce concept, peut-être discutable, qui est à l’origine de la naissance de BOKO HARAM au Nigeria et qui, littéralement voudrait dire «le refus de l’Occident».

La communauté musulmane malienne n’était pas loin de cet extrême. Lors des débats relatifs au nouveau code de la famille, ses leaders ont clairement laissé entendre qu’ils ne respecteraient de lois adoptées sans leurs préoccupations. Et des prêches dans les mosquées, il ressort qu’une éventuelle interdiction de la pratique de l’excision n’engagerait que l’Etat malien et son partenaire, l’Occident. En clair, cette attitude était tout naturellement le préalable à l’incivisme généralisée voire, à la naissance d’un front du refus de l’autorité légitime, voire de l’occident comme au Nigeria.

En somme, l’Etat malien a été tout simplement bien inspiré en revenant sur ses pas. Loin d’un aveu de faiblesse, la décision du président ATT a été salutaire. Il s’agissait tout simplement d’une question de survie… Républicaine.
B.S. Diarra

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