Forte fécondité, faible espérance de vie et urbanisation galopante: Le Mali victime de sa démographie

0
24

Pauvreté, mortalités maternelle, néonatale et infantile élevées, analphabétisme, problèmes d’emploi et de formation, dette écrasante, corruption, insécurité au Nord… Lorsque l’on énumère les maux qui minent notre pays, ce sont ces termes qui reviennent le plus souvent. Mais il est un fait patent que l’on oublie généralement de citer parmi les défis à relever par le Mali pour emprunter résolument la voie du développement, et auquel les maux cités ci-dessus sont fortement corrélés: un très fort taux de fécondité qui entraîne une démographie galopante.

La population mondiale, c’est à dire le nombre d’êtres humains vivant sur Terre à un instant donné, a été estimée à 7 milliards au 31 octobre 2011 par les Nations Unies, alors qu’elle était de 6,1 milliards en 2000, de 1,55 à 1,76 milliard en 1900 et de 600 à 679 millions d’habitants vers 1700. En 2006, le taux d’accroissement démographique de la population mondiale était d’environ 1,14 % annuellement contre 1, 2% en 2007. Signalons qu’il était cette année-là bien plus important dans les pays les moins développés (1,8) que dans les pays développés (0,1). Les projections démographiques estiment que la population mondiale atteindra le cap des 8 milliards en 2025 et des 9 milliards un peu avant 2050.

Le Mali possède l’un des taux de fécondité les plus élevés au monde, avec plus de six enfants en moyenne par femme (6,7 en 2010). Il est aussi l’un des pays les plus pauvres de la planète, avec un indice de développement humain qui le classe 160e sur 169 pays (en 2010). Simple coïncidence? Les experts pensent le contraire et nos autorités ont même placé le péril démographique au centre de l’élaboration de notre document stratégique de planification du développement, le CSCRP (Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté) 2012- 2017.

Parlons donc un peu chiffres. Le 4ème Recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) qui s’est déroulé du 1er au 14 avril 2009, après ceux de 1976, 1987 et 1998, a abouti à des résultats provisoires qui chiffrent la population malienne résidente à 14 517 176 habitants, contre 9 810 911 en 1998, soit un taux de croissance annuelle moyen de 3,6 %. Les scientifiques estiment que le taux de fécondité nécessaire au remplacement des générations est de 2,1 enfants par femme, soit trois fois moins que le nôtre. Ce n’est pas tout! L’Indice synthétique de fécondité était en 2009 de 7,42 enfants par femme et a donc légèrement baissé, la part de la population urbaine représentait 30,5% du total et l’âge médian (âge pour lequel la population est moitié au dessus et moitié en dessous) était de 15,8ans.

Le Mali est donc un pays jeune (48, 2% de la population a moins de 14 ans), pas si féminin que certains veulent le faire croire (1,03 homme par femme en dessous de 65 ans et 0,98 au dessus), et avec une espérance de vie à la naissance encore très faible (49 ans en général, soit 47,05 ans pour les hommes et 51,01ans pour les femmes). C’est ici que les chiffres relatifs à la santé sont très parlants. En effet, le taux brut de natalité était de 49,82 pour 1 000, tandis que celui de la mortalité était de 16,89 pour 1 000(toujours selon les résultats provisoires du RGPH 2009). En clair, les enfants nés vivants meurent trop souvent précocement et les mères qui leur donnent la vie sont elles aussi trop souvent victimes de décès liés à la maternité (grossesse, accouchement, suite de couches).

Bamako, notre capitale, ploie sous les immondices, respire un air pollué et hypothèque jour après jour ses ressources en eau et même celles d’une très grande partie du pays, par le mésusage qu’elle fait des eaux du fleuve Niger et des tonnes de matières dangereuses qu’elle y déverse. Là aussi, la démographie explique bien des choses. Lors de l’élaboration du Schéma directeur d’assainissement de Bamako, les études ont estimé sa population à 1 809 106 habitants en 2009 (chiffres RGPH), contre 100 000 en 1960, soit 18 fois plus! Le taux d’accroissement moyen annuel de la population du District a été de 5,4% entre 1998 et 2009, variant de 2,2% en Commune II (Rive gauche) à 7,5% en Commune V (Rive droite). Rappelons que le taux national est de 3,6%. La population de la Rive droite a plus que doublé en 10 ans seulement et les statisticiens estiment que, si nous continuons sur cette lancée, le District de Bamako comptera plus de 6 millions d’habitants en 2030, dont 64% en rive droite. En termes d’assainissement et de contrôle des pollutions et des nuisances, nous avons donc beaucoup de soucis à nous faire, car les besoins en eau, les rejets d’eaux usées, les ordures ménagères et les déchets industriels, artisanaux et biomédicaux vont croitre dans la même proportion!

La démographie et l’urbanisation, galopantes et incontrôlées, hypothèquent donc le devenir du pays pauvre et très endetté qui est notre patrie. En effet, est-il raisonnable de penser que nous aurons les ressources humaines et financières nécessaire pour mettre en adéquation l’accroissement de notre population et la satisfaction de ses besoins de base (alimentation, santé, éducation, emploi), sans parler de la qualité de son habitat (qui devrait être décent plutôt que spontané et insalubre), et des infrastructures lourdes qui seront nécessaires (routes, énergie, télécommunications, par exemple)?

Ne nous leurrons pas. Le développement durable du Mali passe avant tout par une politique d’espacement des naissances qui inclue une multiplication exponentielle des campagnes d’information et de sensibilisation des Maliennes et des Maliens sur la Santé de la reproduction (SR) en général et la Planification familiale (PF), en particulier. Tout le monde est acteur dans ce domaine et il est impératif que nous en soyons tous conscients. Plus de santé, y compris dans la qualité de notre nutrition, une école et une formation professionnelle dignes de ce nom, des revenus décents pour nos agriculteurs, la disparition de la hantise du chômage et d’un exode rural et à l’international intensif, la préservation de notre environnement… Tout est lié à l’état de notre population et donc à l’implication volontariste des ménages maliens dans le contrôle des naissances. Car le Mali est aujourd’hui très largement victime de sa démographie, disons-le sans faux semblants!

 

Ramata Diaouré

 

 


NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.