Formes modernes de l’esclavage : Des migrants ouest-africains vendus comme esclaves en Libye

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Des migrants ouest africains sont souvent emprisonnés en Libye où ils sont vendus comme esclaves des tribus
Des migrants ouest africains sont souvent emprisonnés en Libye où ils sont vendus comme esclaves des tribus

Le samedi 20 mai 2017, la Commune de l’Île Saint-Denis (Paris/France) a cĂ©lĂ©brĂ© la 3e Ă©dition de la commĂ©moration de l’abolition de l’esclavage. Et l’invitĂ©e d’honneur Ă©tait le ministre de l’Artisanat et du Tourisme, Mme Nina Wallet Intallou. En plus des manifestations artistiques et culturelles, l’évĂ©nement a Ă©tĂ© marquĂ© par de brillantes allocutions le situant dans son contexte historique.

“Cette journĂ©e festive et culturelle vise Ă  commĂ©morer l’abolition de l’esclavage, 16 ans après l’adoption de la loi Taubira et 11 ans après la première JournĂ©e nationale d’hommage, le 10 mai 2006”, a prĂ©cisĂ© Mme Madioula AĂŻdara Diaby, conseillère municipale et prĂ©sidente de la commission d’organisation. Elle est maire adjointe chargĂ©e de la jeunesse, des sports et de la culture Ă  l’Île Saint Denis.

Pour la circonstance, l’élue avait réussi à mobiliser du beau monde dans la Commune de l’Île Saint-Denis (Paris/France) à l’occasion du 168e anniversaire de l’abolition de l’esclavage dans les territoires français.

“Tout ce passĂ© douloureux doit ĂŞtre connu et traitĂ© historiquement. Le code noir de 1648 fit des humains des objets que l’on pouvait possĂ©der, exploiter, châtier ; des humains privĂ©s de toutes les libertĂ©s”, a dĂ©noncĂ© Madioula.

Elle a profité de l’occasion pour évoquer la mémoire de Victor Schoelcher, sous-secrétaire d’Etat à la Marine aux Colonies de la République. Mais, on retient surtout de lui qu’il fut un humaniste à qui l’on doit l’initiative du décret du 27 avril 1848 abolissant l’esclavage en France. Il est aussi l’initiateur des premiers combats contre la peine de mort et en faveur de l’éducation laïque et gratuite, de l’égalité homme/femme…

“Mais, avant tout, n’oublions pas les innombrables victimes de l’esclavage et de la traite nĂ©grière pratiquĂ©e par certains armateurs français et leurs actionnaires… Durant plus d’un siècle, de la fin du XVIIe au dĂ©but du 19e, les navires nĂ©griers partis du port de Nantes furent responsables de la dĂ©portation Ă  partir de la cĂ´te ouest de l’Afrique”, a rappelĂ© la jeune maire adjointe.

Après avoir quitté les côtes françaises, les bateaux échangeaient en Afrique, et notamment sur la tristement célèbre île de Gorée au Sénégal, des marchandises de faible valeur contre des esclaves. Ils repartaient ensuite vers les Amériques pour vendre ces esclaves dans les îles caribéennes comme Sainte Anne. Et ce en échange des rares et chères denrées du nouveau monde.

“Beaucoup de ces hommes et femmes mouraient durant le voyage. L’Europe est responsable, dans son ensemble, de la dĂ©portation de plusieurs millions d’Africains devenus esclaves au cours de ce macabre commerce”, a dĂ©plorĂ© Madioula AĂŻdara Diaby.

Pour elle, la commĂ©moration de l’abolition de l’esclavage va “au-delĂ  d’un simple devoir de mĂ©moire” pour ĂŞtre “un droit de mĂ©moire qui ne doit pas pour autant pousser Ă  la haine”. Et cela, insiste la jeune Dame (manager du jeune boxeur Mohamed Diaby), d’autant plus que “se souvenir est nĂ©cessaire, car au sein d’une ville mĂ©tissĂ©e telle que l’est l’Île Saint-Denis”.

 

L’abolition de l’esclavage n’est pas une fin en soi

Et de poursuivre, “connaĂ®tre le passĂ© permet de mieux vivre le prĂ©sent et d’envisager l’avenir d’une autre façon rĂ©solument multiculturelle et mĂ©tissĂ©e. Le prĂ©sent nous rappelle toutefois que le combat pour l’égalitĂ© entre les ĂŞtres humains ne saurait s’être terminĂ© avec l’abolition de l’esclavage”.

En effet, de part le monde, des personnes sont trop souvent encore victimes du racisme, de la discrimination, sur le seul fondement de leurs origines ou de la couleur de leur peau ou de leurs convictions politiques, religieuses…

“La mĂ©moire de l’histoire et la connaissance de l’autre sont autant de moyens de mettre fin Ă  ces discriminations. Se souvenir permet de faire de ces tristes Ă©vĂ©nements une source de lien et de respect mutuel, mais il est aussi nĂ©cessaire de mener des actions concrètes pour activer cette solidaritĂ© et pousser les citoyens Ă  partager car aucun de nous n’est coupable ou responsable du passĂ©”, la conseillère chargĂ©e de la jeunesse, des sports et de la culture Ă  la mairie de l’Île Saint Denis

DĂ©jĂ  en 2006, le maire de l’Ile-Saint-Denis, Michel Bourgain, mettait avait mis en place “un Ă©change Ă©quitable” avec le maire de l’île de GorĂ©e et le maire de l’Ile de Sainte Anne, deux lieux centraux de la traite nĂ©grière. Ce partenariat, fondĂ© sur un partage des connaissances et des savoir-faire entre les trois Ă®les, fut “un bel exemple de la manière de faire de ce triste passĂ© une force pour demain”.

Le maire de l’île-Saint-Denis, Mohamed Gnabaly, a rappelĂ© que la France est l’un des Etats au monde Ă  ce jour Ă  avoir dĂ©crĂ©té une JournĂ©e nationale de commĂ©moration de l’abolition de l’esclavage et qui a adoptĂ©, le 10 mai 2001, une loi reconnaissant comme crime contre l’humanitĂ© “la traite des Noirs et l’esclavage des populations africaines, amĂ©rindiennes, malgaches et indiennes, perpĂ©trĂ©s en AmĂ©rique et aux CaraĂŻbes, dans l’ocĂ©an Indien et en Europe, Ă  partir du XVe siècle”.

Mais, a-t-il soulignĂ©, “la France est Ă©galement l’un des Etats modernes qui s’est le plus enrichi sur le commerce d’esclaves et le travail forcĂ© de millions d’hommes et de femmes, sur diffĂ©rents continents. Pendant des siècles, l’Etat français a produit une double lĂ©gislation fondĂ©e sur un racisme plus ou moins assumĂ© en fonction des Ă©poques et des dirigeants”. Et cela du “Code noir” au “Code de l’indigĂ©nat” en passant par le “devoir de civiliser les races infĂ©rieures” si cher Ă  Jules Ferry.

“Ce double hĂ©ritage, rĂ©publicain et esclavagiste, humaniste et raciste, a façonnĂ© notre sociĂ©tĂ© pendant des siècles et a fait que ces sujets restent toujours brĂ»lants d’actualitĂ© encore aujourd’hui oĂą le mot bamboula reste convenable dans la bouche d’un reprĂ©sentant de la fonction publique française sur une chaĂ®ne du service public”, a soulignĂ© Mohamed Gnabaly.

 

Des migrants subsahariens vendus en Libye comme esclaves

L’édile de l’île Saint-Denis a aussi dĂ©plorĂ© le fait que “l’esclavage domestique existe toujours aujourd’hui en Mauritanie, au Soudan ou plus rĂ©cemment en Libye oĂą des marchĂ©s aux esclaves vendent au grand jour des migrants subsahariens faits prisonniers…”.

Tout comme, “l’esclavage prend Ă©galement d’autres formes partout dans le monde, y compris sur notre territoire, comme le travail forcĂ© d’enfants, l’esclavage sexuel ou encore dans la gĂ©opolitique mondiale qui prouve chaque jour que la mort d’un Palestinien, d’un Congolais, d’un Birman ou d’un Syrien compte moins aux yeux de la communautĂ© internationale que celle d’un Français, d’un IsraĂ©lien ou d’un AmĂ©ricain…”, a ajoutĂ© le maire Gnabaly.

Difficile alors pour lui de commĂ©morer pleinement et dignement l’abolition de l’esclavage et ne considĂ©rer l’esclavage que comme un lointain souvenir tant que ne seront pas appliquĂ©s et respectĂ©s partout dans le monde, Ă  commencer par chez nous, les principes proclamĂ©s par l’article 1 de la DĂ©claration des droits de l’Homme et du citoyen proclamĂ©e en France en 1789 : “Tous les hommes naissent libres et Ă©gaux en droits”.

Tout comme  l’article 1 de la Charte du MandĂ© ou “Charte de Kurukanfuga” proclamĂ©e dans l’Empire du Mali en 1222 et qui stipule que “toute vie est une vie, aucune vie n’est plus respectable qu’une autre vie de mĂŞme qu’aucune vie n’est supĂ©rieure Ă  une autre vie”.

Et au maire de rappeler Ă©galement, “ĂŞtre Noir et Français n’est toujours pas une Ă©vidence aujourd’hui pour beaucoup de monde. Les dernières Ă©lections l’ont encore prouvĂ© Ă  celles et ceux qui avaient encore besoin de preuves…”.

 

Christiane Taubira et Danielle Mitterrand, deux générations de femmes engagées

“Au moment oĂą je prononce tous ces mots, comment les recevez-vous ? Prenez-vous ce discours comme venant d’un Noir ou d’un Français ? D’un Ă©lu de la RĂ©publique ou d’un ĂŽlodyonisien ?… Si je vous dis que ce discours a Ă©tĂ© coĂ©crit avec un Blanc, le recevez-vous diffĂ©remment ?”, a-t-il interrogĂ© l’assistance.

“Un des enjeux de notre sociĂ©tĂ© est qu’un jour, ces question n’aient plus aucun sens… Nous en sommes encore loin, hĂ©las…”, a poursuivi, M. Gnabaly, maire de l’Île Saint-Denis.

Et pour y parvenir, il faut que chacun rĂ©ussisse Ă  se libĂ©rer de ses “chaĂ®nes, individuellement et collectivement”. Ce qui exige de tout faire pour ne pas considĂ©rer ce constat comme une fatalitĂ© et pour fabriquer chaque jour plus d’ouverture d’esprit, d’opportunitĂ©s, d’apaisement et de justice…

Il est aussi indispensable de toujours avoir Ă  l’esprit que “nous vivons dans une sociĂ©tĂ© et un monde dont le fonctionnement nous dĂ©passe et que malgrĂ© nos efforts, nos pratiques et nos habitudes collectives, comme les inĂ©galitĂ©s, ont la dent dure…”, a rappelĂ© M. Gnabaly.

Il a conclu son intervention par deux citations du lĂ©gendaire et regrettĂ© poète de la NĂ©gritude, AimĂ© CĂ©saire, selon qui “une civilisation qui ruse avec ses principes est une civilisation moribonde”. Mais, avait-il aussi l’habitude de dire, “j’ai toujours un espoir parce que je crois en l’Homme. C’est peut-ĂŞtre stupide. La voie de l’homme est d’accomplir l’humanitĂ©, de prendre conscience de soi-mĂŞme”.

InvitĂ©e d’honneur de l’évĂ©nement, le ministre de l’Artisanat et du Tourisme a remerciĂ© les organisateurs du choix portĂ© sur sa modeste personne et aussi pour cette noble initiative. Pour Mme Nina Wallet Intallou cela est “un immense honneur” d’avoir Ă©tĂ© choisie comme marraine de cette cĂ©lĂ©bration de l’abolition de l’esclavage.

Ainsi, elle Ă©tait “Ă©mue” de se retrouver au milieu de ce beau monde sur une place portant le nom de Mme Danielle Mitterrand. “Une femme de cĹ“ur qui s’est distinguĂ©e par son fervent engagement en faveur des droits de l’Homme et pour laquelle j’ai beaucoup d’estime et d’admiration”, a prĂ©cisĂ© Nina Wallet Intallou.

“Grâce Ă  une femme de convictions et de valeurs que nous sommes lĂ  aujourd’hui rĂ©unis pour commĂ©morer une pĂ©riode tragique de notre histoire commune. Je veux parler de Mme Christiane Taubira”, a-t-elle ajoutĂ©.

Dans une brève allocution, Mme Nina Wallet Intallou a mis l’accent sur les efforts du gouvernement malien pour ramener la paix et l’entente afin de mieux protéger les droits humains. Le vivre ensemble est aujourd’hui une priorité des autorités maliennes qui ne cessent de consentir d’énormes efforts pour la paix et la réconciliation nationale.

A noter que cet événement avait pour parrain et marraine M. Berthet One et Mme Awa Imani.

Moussa Bolly

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4 COMMENTAIRES

  1. Entre les arabes qui torturent les nègres et les ricains qui tuent les nègres aux US sans justice, oui la haine du nègre continue…

    Et dire que les nègres sont les premiers Ă  donner des noms arabes ou amĂ©ricains Ă  leurs enfants, Ă  prier jesus ou mamadou le prophète etc…

    Les nègres sont minables, en particuliers les nègres francofous!

  2. Entre les Esclaves qui Ă©taient dĂ©portĂ©s vers la FRANCE, vers les pays ARABES et vers les AMERIQUES au XIVème siècles…, et les migrants pris au piège en LIBYE dĂ©stabilisĂ©e oĂą il n’y a plus de Pouvoir central, il y a une grosse diffĂ©rence. Les Esclaves du XIVème siècles connaissaient le nom des villages d’oĂą ils Ă©taient originaires, mais ne savaient pas les situer sur une carte gĂ©ographique. Or, parmi les Migrants Africains de nos jours, en LIBYE, beaucoup avaient Ă©tĂ© scolarisĂ©s dans leur pays d’origine. Donc ces Migrants sont Ă  mĂŞme de situer sur une carte gĂ©ographique les pays d’oĂą ils viennent. Et ils savent que malgrĂ© la situation chaotique qui règne en LIBYE d’aujourd’hui, il y a au moins des reprĂ©sentations diplomatiques d’Afrique noir. Ils pourraient chercher Ă  faire connaĂ®tre leur situation. Ils pourraient trouver aussi les numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone de ces Chancelleries sur Internet. Donc il y a beaucoup plus d’espoir de pouvoir aider ces Migrants.

    • Tu parles d’internet dans le Sahara, toi tu ne sais pas la ou se trouve ton village sinon tu n’allais pas parler ainsi! Les chancelleries n’ont jamais fait quelque chose pour qui que ce soit? Les pouvoirs civiques, publiques ou politiques ont decu le citoyen surtout les junes avec un taux de chomage de pres de 75% et les jeunes n’ont d’autres choix que de fuir leur pays afin de trouver une solution quelque part d’autre, voci la verite d’Allah. Alors les Arabes les prennent pour les vendre comme au 6eme siècle ils le faisaient.

      • Kinguiranke,
        Oh si, je sais oĂą se trouve mon village… Et je sais qu’il n’y a pas d’Internet dans le Sahara, surtout dans les endroits oĂą nos compatriotes seraient sĂ©questrĂ©s…
        Si tu suis bien l’actualitĂ©…, et je pense que tu le fais puisque je lis souvent tes commentaires sur Maliweb ( je me souviens mĂŞme de tes passes d’armes avec mon autre frère Sambou, parfois amusant… ) . Et tu as dĂ» voir certains de nos Compatriotes dĂ©barquer des avions les ramenant de LIBYE, rentrĂ©s au bercail Ă  contre cĹ“ur parce que dĂ©munis, certains mĂŞme dĂ©pouillĂ©s de leurs bien parait-il. En tout cas d’après leurs rĂ©cits.
        MĂŞme la semaine dernière des Migrants GuinĂ©ens sont rentrĂ©s chez eux, rapatriĂ©s de LIBYE. Ils Ă©taient très contents de rentrer chez eux…
        C’est ceux qui ont rĂ©ussi Ă  s’extraire des mains de leurs geĂ´liers, Ă  qui je pense en parlant d’internet. Ils pourraient parler et signaler oĂą ils ont laissĂ© leurs frères au mains des trafiquants d’humains, pour que les AutoritĂ©s de leur pays respectif ou des ONG puissent aller les sortir de lĂ …
        Je pense que nous disons la mĂŞme, Kinguiranke …

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