Journée internationale de la femme : L’Africaine porte les germes de la renaissance du continent

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Nous vous proposons ici un document préparé et présenté par la créatrice de bijoux et bloggeuse Assétou Gologo dite Tétou, lors d’une conférence organisée à l’occasion de la célébration de la Journée internationale de la femme, par l’Association malienne 3RNA-Maaya. Ce rendez-vous à la Galerie-médiathèque la Médina (Médina-Coura) a eu le mérite de présenter autrement la Femme africaine.

De nos jours, beaucoup trop souvent, quand femme et Afrique se retrouvent dans la même phrase, la probabilité est grande d’y voir aussi, «Excision», «Polygamie», «Maltraitance», «Violences»… On parle aussi beaucoup de «Féminisme», et de plus en plus la femme est définie comme «Genre». Cette lecture peut renvoyer à une image biaisée, non seulement de la Femme, mais aussi de l’Afrique entière. En effet, des combats sont menés au nom de ces notions (sans explication de leur définition) qui sont supposées être en faveur du bien-être des femmes. Des propositions «universelles» sont ainsi proposées à des peuples différents. Panafricaniste, et femme africaine fière, il me semble urgent que nous, les Africaines, recentrions le débat, et posions les questions autrement.
Il est urgent que nous rehaussions l’image de la Femme Africaine en nous comportant de manière plus consciente, car la Femme Africaine, c’est la Mère. L’Association 3RNA-Maaya saisit l’occasion de la journée dédiée aux droits de la Femme, pour attirer l’attention sur ce qui, à notre point de vue, est le véritable combat de l’Africaine contemporaine, à savoir sa «revalorisation» pour la renaissance africaine. Ma présentation/réflexion est axée sur trois points : «De tous les savoirs, de toutes les connaissances, la connaissance de soi est la meilleure», «La complémentarité et l’égalité» et «Femmes Africaines, occupons notre place, pour la renaissance africaine» !

À propos de «De tous les savoirs, de toutes les connaissances, la connaissance de soi est la meilleure», une étude faite pour l’institut Africamaat, par les frères Etilé, Omotundé et Fakoly, ayant pour sujet le statut social des femmes en Afrique antique, dit : «Issue d’une tradition sédentaire et matriarcale, la société africaine antique a eu une vision totalement différente de la Femme. De toutes les civilisations antiques, aucune n’a plus rendu hommage aux femmes (à leur beauté, à leur spiritualité et à leur intelligence) que l’Afrique ancienne… La société africaine de la période pharaonique s’est la première illustrée dans l’histoire de l’humanité en permettant aux femmes l’égalité sociale, politique, et religieuse». Des évidences sont données dans cette étude, qui montrent aussi la place que la Femme a eue dans d’autres civilisations (romaine, grecque, arabe, hébraïque, etc.).

Pour le Kamite/l’Africain : la Femme enfante, en cela elle est sacrée ; la Femme est complémentaire à l’homme, l’union des deux est préalable à la vie ; la Femme protège la vie, car elle la donne. Depuis l’antiquité, l’Afrique regorge de femmes exemplaires, s’étant illustrées dans leur rôle pour le bien-être de notre peuple. Cependant, j’aimerais vous parler de la Femme en Afrique Impériale, de sa présence dans des sphères essentielles de notre société, jusqu’à aujourd’hui.

  1. A) La Femme Kamite a enfanté des peuples, si je puis m’exprimer ainsi. Par exemple, la Princesse Yennega, mère du peuple Mossi. Ou encore la Reine Pokou à l’origine des Baoulé. On peut aussi citer Sogolon, la Femme Buffle, mère du fondateur de l’Empire Mandingue Sunjata ou Soundiata.
  2. B) La Femme Kamite s’est illustrée dans la résistance contre le colon. Je peux citer dans cette catégorie, la Reine Nzinga, dont les Angolais se souviennent pour ses compétences politiques et diplomatiques.  Plus proche de nous géographiquement, il y a eu Aline Sitoe Djatta, femme meneuse d’hommes qui entraîna toute la basse Casamance dans la désobéissance civile face à l’oppression française. Elle fut déportée, par le colon à Tombouctou au Mali, où elle mourut en 1944 à l’âge de 24 ans.  Aline Sitoe Djatta ne fut pas la seule femme déportée par le colon qui, aujourd’hui, veut nous apprendre à bien traiter les femmes, soit dit en passant.  Il y a aussi ces femmes qui, pour résister aux razzias des esclavagistes, se sont enfermées avant de mettre le feu, exécutant ainsi la devise des guerriers Kamite «mieux vaut la mort que le déshonneur».
    C) La Femme Kamite travailleuse engagée et douée. Il y a Nyéléni, du Mali. Une paysanne malienne qui n’a eu de cesse que d’exceller dans tous les domaines afin d’être la fierté de ses parents. On lui attribue la domestication du fonio. Nyéléni est devenue le symbole de l’engagement des femmes dans la vie sociale malienne. Dans le même «domaine», je peux aussi citer Wangari Matai, qu’elle repose en paix et que ce qu’elle a semé fleurisse.
  3. D) La Kamite de Pouvoir en Afrique nous ramène aux Femmes Présidentes de la République. Et quoi qu’on dise, leurs peuples ont pu profiter de leur action apaisante. Mme Ellen Johnson Sirleaf au Liberia, Mme Joyce Banda au Malawi, Mme Samba Panza qui vient de boucler  le mandat qu’on lui a confié pour la transition en Centrafrique. Dans ma Commune (CI), Monsieur le Maire est une Dame. Nous avons aussi des Femmes Ministres, Chefs de projets, Chefs d’Entreprises. Le Vaudou, admet les Prêtresses, voilà une illustration du pouvoir mystique.
  4. E) La Femme africaine est de tous les combats. Notre pays, le Mali, est aussi celui d’Aoua Kéita. Sage-femme, militante et femme politique malienne, elle fut une figure emblématique de l’indépendance, du syndicalisme et du féminisme au Mali.  Tout comme Sira Diop et Jeannette Maïga qui ont été les «Mesdemoiselles» de nos mamans scolarisées. On peut aussi citer au Mali, Adam Ba Konaré ou encore Aminata Dramane Traoré, qui sont des exemples vivants et actifs. Dans le domaine de la culture Kamite, j’aimerais citer Wèrè-Wèrè Linking, Sira Sissoko du Mali, Madina Ndiaye, non voyante et joueuse de Kora, et tant d’autres, toutes générations confondues. Bref, nous ne manquons, pas de références, de modèles de qui nous inspirer, en Afrique.

«La complémentarité et l’égalité» nous encore renvoient à l’étude faite pour l’institut Africamaat par les frères Etilé, Omotundé et Fakoly, ayant pour sujet le statut social des femmes en Afrique antique.  Il y est écrit : «L’Afrique s’est encore illustrée durant l’antiquité en valorisant le couple royal Homme/Femme et la famille (homme, femme et enfants), depuis le cercle de la royauté jusqu’aux paysans, en prenant exemple, comme le disaient les anciens, sur les divinités elles-mêmes». Les références citées dans le premier point de mon intervention sont, chacune, une preuve de l’égalité sociale entre hommes et femmes dans la société africaine. Nous avons eu et avons encore des femmes Reines, Résistantes, Agricultrices, Leaders dans divers domaines. C’est en cela que je peux parler d’égalité. Il s’agit de l’égalité des Droits. Dans le couple, en Afrique on parle de complémentarité entre l’homme et la Femme. Ainsi, la dimension de chacun est respectée, mais aussi le lien initial et indéfectible entre les deux est mis en exergue. Pour illustrer la complémentarité, j’aimerais parler du mariage chez les bamanan, et en montrant cette complémentarité par la symbolique des cadeaux offerts par les époux l’un à l’autre, lors de l’union. La femme, vient humblement aux pieds de son époux et lui offre trois objets : une daba (houe), un «béssé» (machette) et une «filen» (calebasse). -La «daba» est symbole du travail. L’homme à présent doit redoubler d’efforts car il a une bouche supplémentaire à nourrir et d’autres à venir car il est de sa responsabilité de nourrir sa femme. -Le «béssé» ou la machette est le symbole de la force protectrice de l’homme. Il doit protéger sa femme et sa famille quoi qu’il arrive. C’est lui qui doit faire face au danger en premier. C’est d’ailleurs pour ça que chez nous la femme se couche derrière le mari. -La calebasse ou «filen» sert à mesurer les vivres dans le grenier. C’est avec l’aide de la calebasse que l’homme mesure la ration quotidienne de céréales. Cela lui permet entre autres de savoir par exemple le niveau des vivres. L’homme, à son tour, vient humblement s’agenouiller aux pieds de son épouse et lui offre deux objets : une aiguille et une paire de chaussures. -L’aiguille symbolise les liens, l’union. Ainsi la femme est chargée de veiller à la cohésion dans sa famille nouvellement fondée, mais aussi dans sa belle famille. Elle doit «coudre» la fratrie. L’aiguille aussi permet de réparer les déchirures. L’homme, pour se protéger, porte un chapeau, un boubou et un pantalon. Mais aussi des chaussures qui supportent tout le poids de son être, qui l’empêchent de se blesser, qui foulent la saleté. Quand il rentre à la maison, généralement les chaussures sont laissées à la porte, elles qui ont tant subi, alors que l’homme se débarrasse de son chapeau, boubou et pantalon à l’intérieur. Les chaussures offertes dans le cadre du mariage traditionnel sont symboles de l’ingratitude de l’homme envers sa femme. En même temps, sans chaussures, il ne peut aller loin, elles lui sont donc indispensables comme la Femme.

Les principes du mariage traditionnel bamanan nous donnent un bon exemple de cette union, dans la cohésion et la complémentarité. Il est aussi à noter la complémentarité entre groupes sociaux. Les travaux champêtres et tout ce qui touche à la vie en communauté sont régis par des règles de complémentarité. Chacun son domaine, selon ses compétences et ses capacités, pour le bien-être de tous. Dans le domaine même de la médecine traditionnelle, certaines taches sont exclusivement confiées aux femmes comme l’accouchement. Tout comme le traitement des plaies est le domaine de la Femme en pays Dogon. Jusqu’à un certain âge, l’éducation des enfants, y compris celle des garçons, est l’affaire des femmes…Puis ça change. Et cela me permet de transiter au dernier point de mon analyse. «Femmes Africaines, occupons notre place, pour la renaissance africaine».

J’espère qu’à la fin de cette conférence, après avoir entendu tous les intervenants et vu des images de Femmes Kamites ayant occupé leur place, chacune se questionnera. On parle de renaissance Africaine. En effet, l’Afrique semble si mal barrée que la renaissance est un préalable à son essor. Et cela ne peut se faire sans la femme qui chez nous est l’unique être habilité à donner la vie. L’image de la Femme Africaine est bafouée à bien des égards. Aussi, si on ne se base que sur certains médias très puissants en Afrique, la Femme n’a même pas d’espoir. Imaginez donc, on nous présente comme des femmes incapables d’avoir du plaisir donc d’en donner, comme des femmes pour qui faire la cuisine ou s’occuper de leur famille est autre chose qu’un plaisir, et une chose normale. Et aussi, à en croire certains, nous sommes battues, maltraitées, dans des proportions scandaleuses. Ah et désormais nous sommes des bourreaux esclavagistes, en tout cas celles du Mali. Nous savons nous-mêmes que ce n’est pas vrai tout ça. Sans nier bien entendu les problèmes, mais pourquoi le répétons-nous quitte à salir, de manière plus ou moins consciente, la grandeur de la Femme Africaine ?  La femme Kamite est belle, en phase avec la nature, intelligente, fière de son compagnon. On ne peut nous dire d’envisager nos vies, notre avenir en faisant abstraction sur la relation qui nous lie à notre compagnon.  N’ayons pas honte de ce que nous sommes en nous déguisant ou en usant d’artifices inutiles et parfois nocifs. Notre beauté, vient surtout de nos sourires, de nos coiffures, de notre port de tête qu’on nous envie, de la manière dont nous nous asseyons… Et ça quel que soit notre format. Si je devais revendiquer un droit, c’est tout simplement celui qu’on me laisse vivre ma splendeur d’Africaine sans interférences. Les hommes, sont pour nous, ce que nous sommes pour eux. «À côté de chaque Reine, se tient un Homme conscient» !

Permettez-moi donc de finir cette intervention, en citant un homme conscient, qui a été éliminé par des inconscients, il s’agit de Thomas Sankara. Il disait donc : «C’est toujours auprès d’une femme que chacun de nous retourne pour chercher et rechercher la consolation, le courage, l’inspiration pour oser repartir au combat, pour recevoir le conseil qui tempérera des témérités, une irresponsabilité présomptueuse. C’est toujours auprès d’une femme que nous redevenons des hommes, et chaque homme est un enfant pour chaque femme. Celui qui n’aime pas la femme, celui qui ne respecte pas la femme, celui qui n’honore pas la femme, a méprisé sa propre mère. Par conséquent, celui qui méprise la femme méprise et détruit le lieu focal d’où il est issu, c’est-à-dire qu’il se suicide lui-même parce qu’il estime n’avoir pas de raison d’exister, d’être sorti du sein généreux d’une femme».  Et mention spéciale aussi pour sa veuve qui a accompagné et aussi perpétué par et dans la dignité l’œuvre de sa moitié. Courage Mme Sankara !  Vive la Femme Africaine, mère de la Renaissance Africaine ! Occupons notre place !  MERCI.

Assétou GOLOGO

*Les titres sont de la rédaction

 

Document élaboré avec passion et amour pour l’Afrique avec les références suivantes : 1-Le Statut social des femmes en Afrique antique (R.L Etilé, N.K. Omotundé, D. Fakoly)
2-Diverses vidéos sur You tube, d’interview de panafricanistes sur la Femme Africain. (Lascony, C.A. Diop)

3-Conversations avec les uns et les autres

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