Les pièges du code de la personne et de la famille : Les musulmans ont vite compris

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Le samedi 14 janvier 2012 s’est tenu dans notre capitale, un événement pas comme les autres qui restera longtemps inscrit dans les mémoires collectives : c’était la restitution des acquis, après le grand meeting de protestation contre le code de la personne et de la famille du samedi 22 Aout 2009. Et cette fois-ci, il était question de rendre compte aux fidèles des résultats du travail effectué et qu’on leur avait confié. Il s’agissait aussi de prendre des mesures à titre préventif et à l’aube des élections générales de 2012.

La communauté musulmane du Mali a répondu à l’appel, avec près de 60.000 personnes dans les gradins, qui ont bénévolement effectué le déplacement. Plus de 50 journalistes venus des quatre coins du Monde, dont Jeune Afrique l’Intelligent, Franc e24 et Africa 24 et TV5 etc. Il y avait surtout la présence remarquée et remarquable du Chérif de Nioro, Cheikhné Hamallah dit Bouyé, venu expressément de Nioro, et qui, pour la première fois, posait les pieds dans un Stade de football.

En premier lieu, ce sont les deux vices présidents, El hadj Mody Sylla et le Chérif Ousmane Madani Haïdara qui ont souhaité la bienvenue au public, sorti massivement pour répondre à leur "Appel". A ce moment le président Mahmoud Dicko, était parti à la rencontre du chérif de Nioro jusqu’à Kolokani.

La bienvenue souhaitée, on est entré dans le vif du sujet, avec El hadj Mohamed Traoré, qui d’une manière claire, a abordé dans les moindres détails les changements et améliorations intervenus dans le projet de nouveau Code de la Personne et de la Famille. D’après ce que nos députés en avaient proposé. Point par point, il a relevé les parties pièges que nos compatriotes députés, élus de la Nation et leurs complices technocrates de la société civile et du monde judiciaire avaient tendu aux maliens. Particulièrement les musulmans en ont vivement contesté les parties les plus obscures, pour qu’on en arrive là, aujourd’hui.

Parmi lesquelles zones d’ombres signalent ceci : «Il n’est permis à personne de toucher au corps d’une autre personne, s’il n’est pas un médecin habilité à exercer son devoir de médecin. En apparence c’est bien dit, mais au fond, ils veulent ainsi à leur manière, lutter contre l’excision, sachant très bien que les maliens ont refusé en bloc d’arrêter cette pratique jugée archaïque par certains, alors que ce n’est qu’une méthode intelligente pour nous maliens, de protéger nos filles contre la sexualité sauvage, dont sont victimes les femmes occidentales et d’autres femmes de la sous région qui ne pratiquent pas l’excision».

Aussi, il faut retenir encore ceci : «Quand un mari décide de divorcer sa femme, il est obligé de la prendre en charge jusqu’à ce qu’elle ait trouvé un nouveau mari (la loger, la nourrir, l’entretenir et l’habiller)». Le comble et le hic de la question : en réalité peuvent-ils eux même faire mieux que quiconque d’autre en la matière ? Je me pose la question.

Toujours dans la même démarche, «si tu divorces ta femme, après que le divorce soit déclaré, elle peut continuer à porter ton nom si elle le veut» (même si elle va voler on peut dire que c’est Madame d’un tel qui vient d’être arrêtée pour vol). L’âge du mariage, la célébration du mariage par les imams, l’héritage et les parts successorales, en tout, dix (10) points ont été modifiés à l’occasion. Ce que Mohamed Traoré a bien expliqué.

A sa suite, se sont succédés Bourama Touré, au nom des familles fondatrices de Bamako ; Bamoussa Touré, au nom des chefs de village de Bamako ; Boubacar Camara, au nom des imams ; Hadja Kadiatou Traoré, au nom des  musulmanes (UNAFEM) ; Hassim Haïdara de Ségou, au nom des représentations du HCIM dans les 8 régions du Mali.  

Mais le moment fort a été le discours du représentant des jeunes, Moussa Boubacar Bah, qui a ouvert les hostilités en lançant des flèches orientées contre certains membres de la société civile, qui avaient cherché à faire boycotter et saboter l’Appel des Musulmans au stade du 26 mars de Yirimadio. Tout en ce prononçant sur les élections à venir, il demandera aux responsables religieux, d’inviter les candidats à présenter leurs programmes de partis ou leur projet de société, car les musulmans ne sont plus du tout prêts de consentir à tout et de voter à l’aveuglette pour n’importe quel farfelu qui se porterait candidat. Ils ne veulent plus être traités de la sorte et ils vont se battre pour faire élire quelqu’un qui aspire à leurs aspirations.

Et ils peuvent le faire en ce qui concerne L’ORTM. Il a tenu à les informer «d’accorder le temps maximum aux candidats au lieu de passer tout le temps à faire la promotion des films hindouistes et des théâtres comiques ivoiriens qui ne font que changer le comportement de nos sœurs et de nos filles de pis en mal». Et pour terminer son discours, il demandera en dernier lieu aux responsables du HCIM, de faire le choix d’un candidat qui leur parait conforme à l’éthique musulmane ; et la jeunesse s’occupera du reste. Il dira que «ni les Etats Unis ni la France ne peuvent rien contre ça, sinon ils nous trouverons sur leurs chemins».

Mahmoud Dicko, président du Haut conseil islamique du Mali, prendra la parole par la suite. D’emblée il s’attaquera à la situation scolaire : «il est grand temps que les enfants retrouvent le chemin de l’école… Il faut arrêter avec la démagogie et la gabegie ; que tout le monde se mette au travail pour trouver une solution sur la situation sécuritaire du pays».

Mahmoud Dicko dira que : «ces derniers temps, des choses se sont passées dans Bamako. Choses sur quoi nous avons discuté avec le Chef de l’Etat et aussi sur le sujet sensible de nos frères du nord, avec qui nous avions aussi eu à parler avec eux. Nous espérons qu’ils vont nous écouter, parce nous avons en commun avec eux, la religion musulmane».

Et pour terminer son prêche, l’imam de Badalabougou, président du HCIM, dira que, «nous ne faisons pas face à une menace islamique, mais nous faisons face à une menace de corruption, de laisser aller, de banditisme et autres faits que les occidentaux ne voient pas et s’entêtent à dire que nous craignons la montée des islamistes au Mali. S’ils continuent ainsi, nous allons leur dire de guerre lasse, que le Mali est un pays islamique et nous n’avons pas peur de le dire. De même s’ils n’acceptent pas ce qu’on leur demande, nous allons leur demander autre chose». Et il répéta les mêmes mots en disant : «je dis que nous allons demander autre chose». Sur le thème des élections, lui aussi a rejoint les propos de la jeunesse : «Il faut que les candidats proposent des programmes fiables à tous les maliens».

En fin de discours il terminera en disant que «notre pays ne sera jamais le Congo ou l’ex-Zaïre, tant que les musulmans seront là». C’est l’allocution du  grand Chérif de Nioro qui aura mis fin à la cérémonie. Il s’est exprimé en peulh et finira son discours par des bénédictions pour le Mali. Ce que les 60.000 personnes présentes et débout au Stade du 26 mars ont eu le réflexe d’essuyer sur leur visage épanoui de croyant, en disant tous ensemble «AMEN».

Que Dieu Bénisse le Mali !

Issa Kaba

 

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