Les raisons du malaise national

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Notre peuple s’est endormi. Assoupi, comme atteint de la maladie du sommeil. Une trypanosomiase, comme disaient les vieux infirmiers. Il y a comme un malaise général, ressenti par les uns, vécu par les autres. Pourtant, les problèmes sont, de plus en plus, brûlants ; de plus en plus cruciaux. Le réveil risque d’être brutal. Très brutal.

L’euphorie de l’accession au pouvoir du Généralus léopardis a vite cédé le pas à la paralysie. Un laxisme quasi-général. Ceux qui aspiraient au changement ont déchanté. La corruption et la délinquance financière ont, toujours, pignon sur rue. L’homme qu’il faut n’est pas à la place qu’il faut. Bien au contraire. On assiste, plutôt, à la politique de « l’homme pivot à la place cabot ».

La justice, second pilier de notre « démocratie », reste « indépendante de tout, sauf de l’argent sale ». Tout s’y passe, selon la fable de la Fontaine : selon que vous soyez riche ou pauvre, le jugement des tribunaux vous rendra blanc… comme nègre ou noir comme blanche-neige. Les caisses de l’Etat sont pillées. Impunément. Le peuple malien se divise en deux catégorie : ceux qui détournent le bien public, avant de se la couler douce au volant de luxueuses bagnoles, et ceux qui peinent à s’offrir trois repas par jour. Bref, l’espoir a fait place au désespoir. D’où cette trypanosomiase.

Pourtant, il y a quatre ans, le peuple malien a décidé – en toute souveraineté – de confier son pouvoir à l’homme de choix : le Généralus léopardis.

Pour la première fois, dans l’histoire politique de notre pays, notre peuple a poussé cet officier, à l’issue d’une transition démocratique menée avec brio, à présenter sa candidature aux présidentielles de 2002. Ils étaient ouvriers, artisans, chômeurs, Elèves et Etudiants, paysans, etc. … ces hommes et ces femmes étaient les premiers à réclamer la candidature du Généralus léopardis.

Ce sont ces « petites gens », sans costume, ni cravate, qui ont jeté les bases de ce régime. A pied, ils ont fait le « porte à porte » pour répandre la « bonne parole », exhorté les voisins, les amis, à porter le message jusque dans les hameaux les plus reculés de notre pays. C’est en cela que le pouvoir d’ATT – comme dirait l’autre – est un pouvoir du peuple, confié à un « homme du peuple ».

Pas un pouvoir « génétiquement modifié ». C’est-à-dire, un pouvoir obtenu après une manipulation des résultats des vôtres.

Ce choix, mal perçu à l’époque par les « politrichiens », était dicté par un souci : éviter à notre peuple un 26 Mars bis.

Car, si l’Adema était déclaré vainqueur à ces présidentielles, le RPM qui estime mériter la victoire, ne restera pas les bras croisés. Même chose, si le RPM était donné vainqueur. Le volcan était, donc, en sommeil. Et le danger, loin d’être écarté. Il peut, à tout moment, se mettre en éruption. Les dégâts seront incalculables. Avec leur corollaire de marches. Avec ou sans barricades. Son lot de contre-marches, d’arrestations. Sans oublier, la menace d’un coup d’Etat, pesant sur nos Institutions, comme un épée de Damoclès. Un putsch qui peut tout remettre en cause : la constitution, la démocratie, la liberté d’expression, etc… considérés comme les principaux acquis de la « révolution de Mars 1991 ».

C’est pour exorciser ce recul démocratique, que le « bas peuple », considéré jusque-là, comme du bétail électoral, a pris la balle au bond, en imposant le candidat de son choix. Afin que le changement puisse s’opérer. Et à tous les niveaux. Mais dès les premières nominations, qui ont suivi la victoire du « candidat du peuple », les frustrations ont commencé à se faire jour.

Les raisons du malaise

Certains cadres, appelés à ses côtés dans le cadre de la « gestion consensuelle » du pouvoir, sont perçus comme des caciques du régime défunt. D’autres, comme les « ennemis » du changement.

Tout se passe comme si, on a repris les mêmes pour continuer. Peut-on faire du neuf avec du vieux ? S’interrogent, encore, les « maliens d’en bas ».

Depuis, le fossé ne cesse de se creuser entre le peuple et son candidat. Depuis, ce peuple se sent trahi, abandonné, au profit de la bourgeoisie compradore.

Le pouvoir du peuple doit revenir au peuple. A commencer par un réaménagement de l’attelage gouvernemental. Pour exorciser ces frustrations, ce malaise quasi-général, un savant dosage s’impose, au sein du gouvernement. Afin de redonner espoir à ce peuple meurtri par tant d’années de désillusions.

Certains cadres, réputés compétents et intègres continuent de moisir dans l’anonymat ; tandis que des « politicards », dont les partis n’existent que virtuellement, font leur beurre, au mépris de leurs concitoyens.

Quand un homme politique n’a pas une conscience politique, capable de l’engager dans la lutte pour l’intérêt général, il se bat pour ses intérêts personnels. Intérêts personnels qu’il engrange à travers le trafic d’influence, la corruption et la délinquance financière. Voilà, entre autres, les raisons de cette trypanosomiase.

Mais le réveil risque d’être brutal. Très brutal. Si brutal, qu’il provoque le vertige. Dans ces conditions, le peuple, longtemps assoupi, finit par avoir un brusque sursaut, commandé par l’instinct de survie.

 

Le Mollah Omar

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