Libération aujourd’hui des voies publiques en Communes II et III : Enfin la bonne approche ?

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A la différence des opérations précédentes, les occupants se sont engagés à coopérer, assurent les pouvoirs publics.

On a tout dit et redit sur l’occupation anarchique des voies publiques dans la capitale. Des chaussées et des trottoirs sont devenus des boutiques à ciel ouvert. Plusieurs opérations de libération des espaces publics ont été menées, mais elles sont toutes restées sans lendemain.

Ce matin, le gouvernorat du District de Bamako, de concert avec les mairies et l’ensemble des services techniques, lance une nouvelle opération de libération des chaussées et des trottoirs des Communes II et III de leurs occupants disposants ou non d’autorisation. Confirmation nous a été donnée hier  par le gouverneur du District de Bamako, Hadi Traoré, juste avant une réunion d’évaluation des préparatifs de l’opération.

Cette énième tentative de déguerpissement a été précédée d’une campagne d’information et de sensibilisation de 72 heures (entre lundi et hier) décidée et cordonnée de commun accord avec les acteurs et les leaders des marchés (les représentants des différentes corporations).

Ainsi un communiqué diffusé sur les antennes de l’ORTM et signé par le gouverneur, informait la population des Communes I et II qu’une opération d’envergure sera lancée aujourd’hui pour la libération des abords des grandes artères.

Le choix de ces deux communes n’est pas fortuit. Selon Hadi Traoré, les moyens financiers et matériels dont disposent les autorités sont limités. Il est donc difficile de s’attaquer au phénomène d’occupation anarchique des voies publiques dans l’ensemble de la capitale au même moment.

C’est pourquoi l’opération sera exécutée par élimination. Les parties ont alors convenus de commencer par les Communes II et III  où la situation est très critique et où existent les plus grandes concentration d’usagers occupant les chaussées et trottoirs. « Nous travaillerons exclusivement sur ces deux communes dans la semaine », a confirmé le gouverneur du District.

Quelles sont les mesures prévues contre les récalcitrants ? « Il est clair que  nous aurons affaire à des gens de mauvaise foi, a admis Hadi Traoré. Ceux qui feront preuve de patriotisme et de civisme seront traités avec respect. L’État exercera résolument sa force vis-à-vis de ceux qui s’opposeront à son autorité », a-t-il prévenu.

Pour le gouverneur, la chaussée doit revenir aux moyens roulants. « Pour ceux qui ont eu l’avertissement d’enlever leurs installations des terre-plein et des trottoirs et qui n’ont pas obtempéré, nous le ferons demain (Ndlr, aujourd’hui jeudi) avec les moyens de l’Etat ».

Et d’indiquer que le problème ne peut être abordé en terme de détention d’autorisations de s’installer.  « Les gens ne devaient simplement pas être là. C’est le sens de l’opération. Après, nous nous retrouverons pour évaluer, pour voir s’il y a d’autres mesures à prendre », poursuit le gouverneur du District en rappelant qu’en 2014, l’État a financé la sécurisation du Boulevard du peuple pendant 90 jours. Mais les occupants ont repris possession des lieux dès le départ des forces de l’ordre.  Le gouverneur préconise donc une solution durable. Celle-ci consiste en la responsabilisation des occupants des voies publiques en tentant de les impliquer dans le processus afin que chacun s’assume.

« Que les gens prennent conscience et aident les autorités à faire  appliquer la loi, c’est cela la gouvernance en démocratie », lance l’administrateur civil, avant de donner une précision de taille qui pourrait faire la différence sur les opérations précédentes : les occupants se sont engagés à coopérer. « Nous les prenons au mot. Le Malien est un homme d’honneur, de parole et dignité », croit Hadi Traoré.

« J’ai écris au maire du District  pour voir la faisabilité, si les véhicules peuvent circuler sur la voie qui traverse le Dabani en aller et retour », ajoute-t-il. Il pense qu’en rétablissant la circulation dans les deux sens sur le Boulevard du peuple, les voitures récupéreront leur chaussée qu’il n’y aura pas de place pour établir quelque commerce que ce soit sur la voie. La mesure peut aussi avoir comme avantage d’éviter aux forces de l’ordre d’être nécessairement présentes pour empêcher les gens de se réinstaller. Toujours selon le gouverneur, maintenir une forte présence des forces de sécurité est très coûteux et semble irriter certains vendeurs. Par ailleurs, pour le gouverneur, il revient aux maires de sensibiliser les populations.

Aboubacar Sy, le secrétaire général de la mairie de la Commune III, confirme que le processus de déguerpissement est entré dans sa phase active. Plusieurs rencontres, explique-t-il, ont eu lieu avec le monde des commerçants afin d’éviter les problèmes lors de l’opération. « C’est une mission de service public. Il y aura des résistances. Mais certains comprendront », se rassure-t-il.

Il reconnaît cependant que certains occupants ont posé le problème de recasement lors des rencontres d’information. Ce qui, à son avis, n’est pas à l’ordre du jour. A ce propos, Hadi Traoré expose ce qu’il envisage pour Bamako : des partenariats publics-privés pour la construction de marchés modernes. Le gouverneur cite en exemple la modernisation du marché de Kalaban-coura en Commune V. Ce nouveau souk aura une capacité d’occupation de 2 500 commerçants contre 800 actuellement. « L’idée est d’absorber ceux qui squattent sur les chaussées. Et tout est mis en œuvre pour verrouiller ce projet », espère-t-il, en multipliant la capacité d’accueil de nos marchés actuels par trois en les modernisant.

C. M. TRAORÉ

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