L’œil du Reporter : Mais, qu’est-ce qu’il leur arrive encore à tes Maliens ?

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Mes amis me posent la même question depuis un an déjà. La plupart de mes compatriotes savent que le Mali va mal car les médias français couvrent l’actualité malienne assez régulièrement. Mais, parce que la situation est très complexe, les images montrées sont parfois anciennes, les informations manquent de précisions ou se révèlent incomplètes, parfois même inexactes, et à chaque fois, je veux croire que rien de tout cela n’est volontaire.

Depuis un an, voici ce que j’entends assez régulièrement : Des combats ethniques dans le nord du Mali … «comme d’habitude en Afrique…». Un coup d’Etat au Mali … «un de plus sur ce continent …». Des rebelles revendiquent l’indépendance d’une partie du territoire … «ils devraient la leur accorder, les peuples ont droit à l’autodétermination … à condition que ce ne soit pas en France, ni les Corses, ni les Basques…». Des mausolées ont été détruits à Tombouctou… «Détruire le patrimoine universel, quelle horreur… ». Des islamistes amputent des mains et des pieds… «mais que disent les Musulmans face à cette barbarie perpétrée sur des Chrétiens …». Un jour de septembre, le président dit qu’il faut négocier, le lendemain le Premier ministre demande une intervention… «ah, ces Africains, ils ne savent pas ce qu’ils veulent…». François Hollande soutiendra une intervention militaire… «Juste de la logistique pour aider à reconquérir «le Nord-Mali» donc ça va, pas de danger pour les Français… »

Incompréhension, ignorance et remarques insupportables !

Des heures d’explications sont nécessaires pour que, finalement, seuls mes compatriotes les plus intéressés par le continent soient capables, ensuite, de suivre l’évolution de la situation politico-sécuritaire au Maliba. Fin octobre, j’informais ma famille que j’allais à nouveau me rendre à Bamako. Affolement général car sur le site du Ministère français des Affaires étrangères, on pouvait lire : «La situation qui prévaut au Nord du Mali, où des groupes terroristes armés sont très actifs, accroît fortement l’insécurité et le risque d’enlèvement ou d’attentat au Sahel. Il est formellement déconseillé de se rendre en zone rouge dans les Etats du Sahel (Mali, Niger, Mauritanie). Les ressortissants français qui se trouveraient dans cette zone doivent savoir que leur liberté et leur vie sont explicitement et directement menacées. Aucune personne, aucun groupe, aucune organisation ne peut prétendre garantir leur sécurité».

Tous mes amis bamakois m’assuraient que tout était calme dans la capitale, je suis donc partie. J’ai retrouvé Bamako telle que je l’avais laissée, un an avant. Les rues bruissent toujours de la vie quotidienne, les motos et les voitures transforment toujours la traversée des rues en aventure. Mais le prix du sac de riz a augmenté et les femmes ont plus de mal à faire la sauce. L’inquiétude et l’incompréhension règnent dans les grins et dans les cours. Info et intox circulent dans les réseaux sociaux comme ailleurs.  Vérifier toutes les sources, garder le contact de Kayes à Kidal, intervenir le plus souvent possible ici en France dans les milieux les plus divers pour que personne ne me demande plus «mais, qu’est-ce qui leur arrive encore à tes Maliens ?» Vraiment !!

 Françoise WASSERVOGEL

 
SOURCE:  du   8 jan 2013.