Mohamed Ag Erlaf règle ses comptes: «Je ne suis pas un berger à qui on colle le grade de Colonel…»

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A la Direction de l’ANICT, vendredi dernier, Mohamed Ag Erlaf avait convié quelques organes de presse pour «faire une mise au point», suite à une série d’articles parus dans les colonnes de certains confrères. Le DG de l’ANICT et Coordinateur du PSPSDN n’a pas mis de gants pour dire ce qu’il en pensait.

Actualité oblige, c’est le PSPSDN qui a ravi la vedette aux nombreux autres points objets de la rencontre. C’est ainsi que, preuves à l’appui, Mohamed Ag Erlaf a expliqué tout d’abord que la première phase du programme était de 10 milliards  de FCFA, au lieu de 16 comme certains le soutiennent. Il a ensuite décortiqué le document de contractualisation des travaux de la phase I.

Ainsi, on peut retenir que, par avis N°APQ‑001 ‑TRAV‑CC‑PSPSDN‑2011 en date du 15 février 2011, un appel à manifestations d’intérêt pour la réalisation des travaux et fournitures programmés pour la Phase 1 du PSPSDN a été lancé pour retenir prioritairement des entreprises des régions du nord du Mali: sept entreprises pour les travaux dans la région de Kidal, trois pour la région de Gao et trois autres pour la région de Tombouctou.

A l’issue de l’évaluation des capacités techniques et financières des entreprises, qui a été réalisée le 15 mars 2011, et validée par les partenaires techniques et financiers du PSPSDN au cours d’une réunion tenue le 24 mars 2001, la Cellule de Coordination du PSPSDN a procédé à l’allotissement des travaux, par nature et par site, ainsi qu’à la détermination du «périmètre financier» de chaque futur marché de travaux, fournitures ou services.

A cette étape, a continué le DG de l’ANICT et Coordinateur du PSPSDN, l’entreprise Taoussa BTP a été écartée, en raison de soupçons de complicité ou de participation à des activités de criminalité organisée pesant sur son Directeur. L’entreprise Azawad Construction a été repêchée, car la région de Tombouctou risquait de ne pas participer aux réalisations de la Phase 1 du PSPSDN. Elle a ensuite été rejetée pour catégorie inférieure à A ou B (Il faut rappeler que le manuel de procédures exigeait, entre autres, des entreprises de catégorie A ou B, ayant travaillé au Nord et ayant eu un chiffre d’affaire d’au moins 500 millions pendant les trois dernières années). Enfin, consécutivement au décès du Directeur de l’entreprise CGT, l’entreprise ETROBA Sa est remontée dans la présélection.

A noter également qu’un écart global moyen de 15% a été constaté entre le coût total des offres et le budget disponible, établi à partir des devis administratifs élaborés par le Bureau Groupement Nord Mali, maitre d’œuvre des travaux  de la Phase 1 du PSPSDN, ainsi que par rapport au financement disponible pour chaque projet et de la consistance des sous projets. Aussi a-t-il été proposé à chaque partenaire finançant le PSPSDN de procéder à la négociation avec les entreprises pour qu’elles réduisent les coûts unitaires des devis, afin d’entrer dans le budget, tout en garantissant la réalisation des travaux, dans le respect des cahiers de charges et des règles de l’art.

Un autre volet de la mise en œuvre de la Phase I du PSPSDN consiste en la maîtrise d’ouvrage. Compte tenu donc des différents facteurs (insécurité dans la zone du Programme, connaissance et expérience dans la réalisation d’œuvres similaires au Nord du Mali, disponibilité et des conditions de paiement), après signature des conventions de financement, les études (APS et APD) ont été réalisées par un groupement constitué du Bureau des opérations du Génie militaire et de deux bureaux d’Architecture (ALDI et ARDI). Ce groupement assurera aussi le suivi et le contrôle de toutes les réalisations de la Phase 1 du PSPSDN. Contrairement à ce qui a été soutenu par certains, le Coordinateur du PSPSDN a noté que les entreprises ne sont pas toutes de la région de Kidal, ni même du Nord. On retrouve sur la liste, par exemple, Mati Constructions et Etroba Sa, qui sont du Sud du Mali.

Après ces explications techniques, Mohamed Ag Erlaf a envoyé une véritable salve de missiles sol-air à ses différents détracteurs: «je ne suis pas un berger venu des montagnes à qui on colle un grade de Colonel. Je ne suis non plus un petit berger pour qui on négocie une place à l’Assemblée nationale, ou un poste politique. Je ne dois rien à la rébellion. Par contre, il y en a beaucoup qui en bénéficient. Je n’ai pas attendu l’intégration pour être dans l’Administration. Je suis fonctionnaire depuis 1979 et je dois beaucoup à mon père, qui m’a inscrit à l’école et qui s’est occupé de mon éducation. Je ne suis pas un homme corrompu. Je suis trop petit pour donner un marché d’un milliard de FCFA à une entreprise. D’ailleurs, dans le manuel de procédures, il est écrit noir sur blanc que même si un seul agent du PSPSDN se livre à une quelconque corruption, tout le financement s’arrêtera».

Par ailleurs, le Coordinateur du PSPSDN a reconnu que «le chantier d’Abéïbara connaissait toujours des problèmes avec la présence des éléments d’AQMI». Il a révélé que des dispositions sécuritaires ont été prises pour la reprise des travaux. «Les autorités compétentes ont mis en place la logistique et les éléments ont été formés. Les hommes seront bientôt sur le terrain, car il faut conquérir Abéïbara. Si les islamistes ne nous laissent pas le choix, il faudra se battre pour que l’armée s’y installe. Pour que l’Administration soit présente elle aussi».

 

ANICT: «Tout détournement est impossible»

Relevant une phrase parue dans les colonnes d’un confrère, qui insinuait «à l’ANICT, il y a une gestion opaque», Mohamed Ag Erlaf a tout d’abord précisé que «la gestion de la FNAC de Mopti ne relève pas de l’ANICT». Il a ensuite déclaré «à l’ANICT, il est impossible de détourner quoi que ce soit. L’argent des bailleurs de fonds passe par nous et est versé directement aux collectivités». Avant d’ajouter que «depuis 11 ans que je dirige l’ANICT, aucune commune n’est venue se plaindre».

Commentant des articles comme «Le vrai visage d’Ag Erlaf», où on le considère comme «la tête de la rébellion», il sourit et réplique: «dites à ceux qui vous ont demandé d’écrire de parler à visage découvert. Les questions du Nord, de terrorisme, sont d’actualité. Ceux qui ne peuvent rien faire pour notre pays doivent se taire. Je n’ai jamais quitté Bamako pour aller au Nord du Mali sans ordre de mission. Je ne mène aucune mission clandestine».

Pour conclure, Ag Erlaf dira aux confrères «si vous voulez écrire sur moi, en tant qu’homme public, et sur le travail public que je fais, je n’ai rien contre. Il faut venir à la source. Si je ne suis pas disponible, mes collègues sont à votre disposition. Je constate qu’il y a des attaques personnelles, que je pardonne. Je voudrais simplement vous dire que je suis un père de famille et que je ne voudrais pas que mes enfants me voient insulter chaque matin dans les journaux».

On avait rarement vu le DG de l’ANICT et Coordinateur du PSPSDN aussi remonté contre une certaine presse. Mais, plus qu’aux articles, Mohamed Ag Erlaf a voulu répondre à ses détracteurs. Il a donc utilisé ce qu’on appelle en langue tamashèque «Tangalen». En d’autres termes, «on peut se tromper de plat de nourriture, mais pas sur les paroles qui vous sont adressées».

 

Paul Mben

 

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