Nouveau code des personnes et de la famille : La grogne des organisations féminines se poursuit

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Des organisations féminines et des Droits de l’Homme contestent le nouveau Code des Personnes et de la Famille. En dépit de sa promulgation mardi dernier, par le président de la République. Cette protestation était au coeur d’une conférence de presse. C’était mercredi dernier, à la Maison de la Presse.

La conférence était animée par la présidente de l’Espace d’Echange et de Concertation des Femmes du Mali,  du président de l’Association Malienne des Droits de l’Homme (AMDH),  la présidente de la  Commissions Nationale des Droits de l’Homme (CNDH),  du président FIDH  et de la présidente de Wil DAF- Mali. Elle a enregistré la présence de plusieurs femmes- leaders. Notamment, Mme Fatoumata  Siré Diakité, ex- ambassadrice du Mali en Allemagne, Mme Nana Sissako, présidente du Groupe Pivot et Citoyenneté.

Rappelons que le Code des Personnes et de la Famille a suscite, malgré sa promulgation par le chef de l’Etat, beaucoup de bruit. Des bruits qui ne finissent pas de finir. Ce code, au départ, n’avait pas reçu la «baraka» des musulmans pour qui, certaines de ses dispositions contredisaient les principes et les valeurs de l’islam. Malgré sa contestation par les associations islamiques, le Code avait été adopté par l’Assemblée nationale. Et, envoyé au Chef de l’Etat pour promulgation. La réaction de la communauté musulmane ne s’est pas fait attendre. Pour montrer leur désaccord avec ce Code qu’ils qualifiaient de «satanique », les musulmans organisent un grand meeting au Stade du 26 mars. C’était en août 2009. Meeting qui a mobilisé des milliers de musulmans. Pour eux, la population malienne étant constituée à 95% de musulmans, il est inadmissible qu’un code fasse abstraction des principes de l’islam. Cette protestation des musulmans va pousser le Chef de l’Etat à renoncer à la promulgation du Code. Et à le renvoyer en seconde lecture devant l’Assemblée nationale. Afin que  les préoccupations des musulmans soient prises en compte. A l’issue de la seconde lecture, les musulmans se disent satisfaits. Ils organisent un second meeting pour manifester leur adhésion à la nouvelle version du Code qui n’est plus, selon eux, en déphasage avec l’islam. C’est ainsi que le Chef de l’Etat l’a promulgué mardi dernier.

Après la promulgation du Code par le Président de la République, des organisations féminines et des droits de l’homme, en l’Occurrence, la Commission Nationale des Droits de l’Homme, l’Association Malienne des Droits de l’homme, le Groupe pivot et Citoyenneté des Femmes, la Fédération Internationale des Droits de l’Homme et WilDAF-Mali se lèvent pour dénoncer le code.

Au cours de  cette conférence de presse, les femmes de ces organisations  ont étalé leur vision  par rapport au Code des Personnes et de la Famille. Selon ces organisations, la nouvelle version du Code viole, sur toute la ligne, les textes internationaux de protection des droits de l’homme ratifiés par le Mali. Mais aussi, la loi fondamentale du Mali.

Les dispositions du Code qui dérangent ces femmes, concernent l’âge du mariage pour la fille fixé à 16 ans, la filiation, la non- conservation du nom du mari par la femme après le divorce, l’exclusion de de l’enfant naturel dans la succession, la reconnaissance du mariage entre l’adoptant et l’adopté. S’y ajoutent les dispositions sur  la pension alimentaire, les rapports entre époux, etc. « Ces dispositions ne sont pas conformes aux textes internationaux et à la constitution du Mali. Elles doivent être révisées sans passion. Le Mali a pris des engagements internationaux qu’il doit respecter», dira le président FIDH, Me Bréhima Koné. Avant d’ajouter que ce nouveau Code constitue un recul.

 « Nous sommes indignées face au nouveau code des personnes et de la famille qui vient d’être adopté en seconde lecture par l’assemblée nationale. Ce code qui était censé corriger les discriminations et améliorer le statut de la femme malienne et des enfants maliens, en réduisant les inégalités et en harmonisant les lois internes et avec les conventions régionales et internationales ratifiées, a été une véritable déception et un vrai recul  en matière de droits humains des femmes et des enfants. Un code discriminatoire et rétrograde, qui légitime les inégalités. Il a reculé le Mali de 50 ans. Ce code n’est pas consensuel. Il viole la loi fondamentale….Nous interpelons nos autorités législatives de mesurer la portée de ce code pour lui apporter les amendements nécessaires à sa mise en conformité avec les traités et conventions internationales signés et ratifiés par le Mali», déclarent les responsables des organisations féminines dans une lettre ouverte adressée au président de la République, amadou Toumani Touré. C’était le 12 janvier dernier. Me Bréhima Koné d’ajouter que  si «la Cour Constitutionnelle du Mali, est indépendante, elle doit déclarer ce Code anticonstitutionnelle ». Il menace de recourir aux juridictions internationales afin d’amener le Mali à respecter les conventions internationales qu’il a ratifiées.

 Toutes les conférencières se disent prêtes à se battre afin que le Code soit amendé. «Ce Code va augmenter le taux de divorce et multiplier les couples adultérins dans notre pays. C’est un Code incompatible avec les réalités du monde actuel. En tout cas, ce n’est pas cette génération  des MTV, de Facebook, de Tweeter qui va respecter ce Code », déclare Mme Diallo Assitan Diallo, représentante de Wil Daf.

Pour Fatoumata Siré Diakité, ex-ambassadrice du Mali en Allemagne, le Code fait de la femme malienne  une «esclave ». «Le plus grave, selon elle, est que certains islamistes ont fait  de cette affaire du Code, une source de revenus»

Mme Nana Sissako dira, pour sa part, que la Charte de Kouroukanfouga du 11è  siècle vaut mieux que ce Code. Au moins, indique- t-elle, la Charte de Kouroukanfouga prévoyait que l’éducation des enfants appartient, non seulement au père et à la mère ; mais aussi, à la société toute entière. Alors que «ce Code ignore le rôle de la femme dans la famille »

Où étaient, ces organisations féminines et des Droits de l’Homme au moment de la seconde lecture du Code ? N’ont-elles pas été associées à  sa relecture? Pourquoi attendre sa promulgation pour contester le Code ? Que veulent-elles concrètement ? Autant de questions restées sans réponse.

Aboubacar Berthé

 

 

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