Projet « Bonne gouvernance » : L’Etat au centre d’un débat à Kayes

0
1

Après Niono, Bamako et Koutiala, le  projet de partenariat Radio « Kayira » et la Fondation Rosa Luxemburg a animé un nouveau débat à Kayes autour du thème « l’Etat, la nation et la question nationale ». C’était le samedi 3 décembre dernier dans la salle de conférence du Conseil de cercle de Kayes.

Organisée par le réseau de communication « Kayira », en partenariat avec la Fondation allemande Rosa Luxemburg, cette conférence s’inscrivait dans le cadre du projet « Bonne gouvernance ». L’objectif, expliquent les organisateurs, était d’amener les populations des aires d’écoute des radios Kayira à comprendre le fonctionnement, la représentation de l’Etat, de comprendre  la nation et la question nationale, et d’amener enfin les participants à s’engager dans la lutte politique.

Animée par Sandy  Adiaviyakoye, consultant spécialiste en économiste, la conférence de Kayes a enregistré la participation de nombreux invités issus du monde politique, scolaire et universitaire.

 

Au fil des 50 années d’indépendance

D’entrée de jeu, le conférencier fera savoir que, de  l’indépendance au Mali aux évènements de mars 1991, celui-ci a connu trois décennies de centralisme politique, administratif et économique. « Le 22 septembre 1960, Modibo Keïta et ses compagnons de l’US-RDA (l’Union Soudanaise du Rassemblement Démocratique Africain) choisissaient de mettre en place un régime dirigiste qui ambitionnait de s’inspirer des valeurs africaines de solidarité et de partage pour construire un Etat socialiste qui prendrait en compte les aspirations de la nation plurielle qu’est le Mali. Mais la réalisation de cette ambition s’est articulée, dans les faits, autour d’un Parti unique de fait qui a combattu toutes expressions de la diversité perçues comme une entrave à la réalisation du projet politique » a constaté M. Adiaviyakoye. Qui rappelle les circonstances du coup d’Etat du 19 novembre 1960, avec l’instauration du parti unique (l’Union démocratique du Peuple Malien, UDPM), la conférence nationale de juillet et d’août 1991 après le coud d’Etat de 26 mars et l’avènement de la démocratie et du multipartisme.

« Le Mali, à l’instar de la plupart des pays de l’Afrique dispose d’un énorme potentiel en ressources naturelles de toutes sortes (agricoles, aquifères, minières) et une population en majorité jeune…Pour le conférencier, le projet politique de chacune des deux premières Républiques qui consiste à forger une Nation uniforme sous la férule d’un Etat centralisé a nié l’évidence de la diversité de nation malienne qui est pourtant perceptible à chaque recoin de ce grand pays de transition entre l’Afrique blanche et l’Afrique noire ». Selon M. Sandy  Adiaviyakoye, cette inadéquation entre le projet politique et le vécu et les références institutionnelles des peuples est à la base de la fragilité de la légitimité des institutions et des décideurs publics, donc de toutes les formes de crise et d’inefficacité de la gestion publique.

 

Soumis à la fondation de l’Etat colonial

 

La 3ème  République, poursuit le conférencier, en jetant les bases d’une démocratie pluraliste a engagé le pays dans la voie de la construction d’un Etat de droit qui, non seulement prend en compte la diversité, mais aussi la reconnait. Cependant, remarque le conférencier, ce choix de la promotion du pluralisme dans la sphère politique doit se prolonger dans les sphères culturelles, économiques et sociales. Selon Sandy Adiaviyakoye, cinquante ans après l’indépendance, « nous sommes encore victimes de la difficulté à remettre en cause la logique qui a présidé à la fondation de l’État colonial ». Les pouvoirs politiques installés après les indépendances, pense-t-il, ont ainsi poursuivi (souvent malgré eux), la volonté coloniale consistant à construire une identité nationale spécifique, étriquée et exclusive dans un territoire conçu et dessiné à l’origine pour ne servir que le dessein du colonisateur. « Au Mali, comme partout en Afrique, explique le conférencier, le projet politique majeur des cinquante premières années d’indépendance, qui a fini par devenir obsessionnel, est la construction d’une nationalité unique et homogène sur un territoire occupé par des communautés caractérisées d’abord par leur grande diversité humaine et linguistique ».

De nos jours encore, poursuit-il, malgré la mise en place des collectivités décentralisées, les populations, surtout rurales, sont considérées et traitées comme des « sujets administrés » qui n’ont que des devoirs et non comme des citoyens qui ont aussi des droits et des responsabilités. « Cela explique, en grande partie, le peu de souci que les institutions et les décideurs publics ont de leur légitimité et de celle de leurs décisions » constate M.  Adiaviyakoye. Pour qui, le Mali, à l’entame du 2ème cinquantenaire de son indépendance, doit prendre appui sur son riche patrimoine multiséculaire pour inventer les modalités de la gestion publique qui soient enracinées et partagées par sa population. « De ce fait, la gouvernance devient légitime parce que les Maliennes et Maliens de tous les âges et de toutes les catégories sont en accord et se reconnaissent dans la manière dont leurs affaires sont gérées. Ce qui est très loin d’être le cas aujourd’hui avec le type d’Etat qui est en place », conclue le conférencier.

 

Issa Fakaba SISSOKO

 

 

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.