Sommet de Durban : L’Afrique, toujours le parent pauvre

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Bien que ne produisant que moins de 4 % des gaz à effet de serre, le continent paie un lourd tribut aux changements climatiques.

Au regard de ce qui s’est passé à Durban, on ne peut pas parler de victoire pour l’Afrique dans les négociations sur les changements climatiques. Prolongation du protocole de Kyoto, mise en place d’un Fonds vert, financement des projets d’adaptation aux effets du changement climatique, ne sont qu’une répétition sous une forme nouvelle des échecs précédents. “Du déjà vu, dirait-on”. Une fois de plus, en raison de son très faible pouvoir économique et de son fort besoin de financement, l’Afrique peine à imposer son point de vue dans les négociations climatiques lors de COP 17 qui s’est tenu à Durban du 28 novembre au 11 décembre 2012. Soit une prolongation de deux jours du calendrier initial. Ce qui témoigne de l’âpreté des discussions. Que faut-il faire pour que l’Afrique fasse entendre sa voix ?

En effet, depuis quelques années, dans le cadre du protocole de Kyoto relatif aux engagements des pays industrialisés à réduire les gaz à effets de serre, plusieurs mécanismes ont été créés dont notamment le mécanisme de développement propre (MDP). Il consiste pour les pays industrialisés à financer des projets réduisant ou évitant des émissions dans les pays en développement en contrepartie de crédits carbone.
 A ce titre par manque de consciences ou compétences, selon Dali Najah, l’Afrique n’a pas bénéficié énormément, à part quelques projets en Tunisie (décharges contrôlées) ou en Afrique du Sud et au Maroc. Les investisseurs préfèrent des projets de transformation de procédés industriels dans lesquels la réduction de carbone est mesurable, traçable et vérifiable. Ces projets ne sont pas bien identifiés en Afrique surtout les projets à risque.

Les projets relatifs à l’eau, selon les expériences, ne sont pas intéressants pour les pays industrialisés et les projets des énergies renouvelables trop coûteux pour les pays en voie de développement comparativement à l’utilisation aux énergies fossiles. 
Autre souci, les financements précoces pour le climat, qui doivent permettre de financer les besoins les plus urgents des pays en développement contre le changement climatique avant la mise en place du fonds vert du climat en 2013, ont été plus faibles qu’escomptés ( bien moins que les 30 milliards de dollars promis sur trois ans).
- Il importe de noter , que selon les spécialistes il ne s’agit pas d’un nouveau fonds, mais plutôt une autre façon pour redéployer les moyens déjà alloués à l’aide au développement (donner par la main droite et prélever par la main gauche). Une partie a consisté en un recyclage de l’aide au développement et l’autre a pris la forme de prêts conditionnels au lieu des dons traditionnels. Il est opportun de noter que la majorité sont des prêts, dit-on bonifiés, pour attirer les entreprises étrangères.

De 25 à 40 %. De plus, en raison des démarches et des contraintes administratives qu’impliquent ces prêts, nombre de pays africains n’ont pas été en mesure de monter suffisamment de dossiers de qualité pour mobiliser ces fonds ». L’Afrique a tout à gagner d’un accord mondial ambitieux sur le changement climatique. Compte tenu de la menace que constitue le changement climatique pour son développement et sa croissance, l’Afrique a intérêt, plus que d’autres régions du monde, à ce que l’accord mondial soit le plus ambitieux possible.

Un tel accord doit imposer aux pays développés, d’ici à 2020, des réductions d’émissions de 25 à 40 % par rapport à 1990. Il suppose aussi que tous les pays en développement s’engagent à agir dès maintenant, étant entendu qu’ils auront besoin de l’aide des pays développés et que la poursuite de la croissance et la lutte contre la pauvreté doivent restées des objectifs prioritaires. L’instauration d’une croissance sobre en carbone est possible, et même propice au développement de l’Afrique, mais elle passe par une « stratégie d’investissement ». La croissance des pays africains doit se poursuivre, à condition qu’elle ne place pas définitivement l’Afrique sur une trajectoire à « forte intensité de carbone ».

Le monde dans son ensemble doit admettre que seule la croissance sobre en carbone a un avenir ; la croissance à forte intensité de carbone est condamnée, tout d’abord par les prix des hydrocarbures et ensuite par l’environnement physique extrêmement hostile qu’elle crée. Ce changement de trajectoire appelle des investissements dans l’efficacité énergétique et dans des actifs à faible intensité de carbone, ainsi que l’accès à des technologies qui ont fait leurs preuves en termes de productivité du carbone. L’Afrique peut ainsi mettre à profit l’énergie, les forêts, l’agriculture et l’eau qui caractérisent son patrimoine.

Une stratégie convaincante susceptible d’attirer les investissements étrangers doit s’appuyer sur des politiques appropriées, des incitations judicieuses et un environnement économique stable. Tel est le défi auquel les dirigeants africains sont confrontés au niveau national. Or l’accord mondial peut aider à le relever, moyennant un apport financier, la mise en commun des technologies et un soutien au renforcement des capacités. Les stratégies de croissance sobre en carbone doivent s’inscrire dans des plans d’action nationaux d’ensemble qui associent l’adaptation, l’atténuation et le développement. Ces plans orienteront la mise en œuvre et faciliteront l’accès au financement nécessaire.

La prise en compte des objectifs d’adaptation et de croissance sobre en carbone dans les programmes d’action nationaux améliorera la cohérence et l’efficacité des différentes mesures. La formulation rigoureuse des plans nationaux proposés pour mettre en œuvre les mesures d’adaptation, d’atténuation et de développement contribuera aussi à mobiliser les fonds supplémentaires requis, à court terme comme à long terme. Non seulement l’Afrique aura besoin d’apports financiers supplémentaires, mais il faudra aussi que les engagements pris en matière d’APD soient honorés en temps voulu. D’après les rapports parallèles, les montants supplémentaires requis pour financer les actions visant le changement climatique en Afrique sont de l’ordre de 20 à 30 milliards dollars à court terme (2015) et se situeraient autour de 50 à 70 milliards dollars à l’horizon 2030.

Les ressources accordées en plus des engagements d’APD actuels financeront principalement des mesures de réduction du déboisement et des investissements au titre de l’atténuation des émissions liées à l’électricité, ainsi que des efforts d’adaptation visant l’eau, l’agriculture et les infrastructures. Il importe que les pays développés honorent leurs engagements en matière de développement et considèrent que le soutien au titre du changement climatique vient s’y ajouter ; le moindre écart par rapport aux attentes concernant l’APD et le financement supplémentaire serait probablement lourd de conséquences pour l’Afrique (à l’heure actuelle, elle reçoit approximativement un tiers de l’APD promise.)

Diversifier les sour-ces de financement. Les critères d’accès aux mécanismes de financement devraient se référer aux « résultats » tout en tenant compte des besoins spécifiques de l’Afrique. L’accès aux marchés du carbone devrait s’inscrire dans une démarche par étapes, permettant de créer immédiatement les capacités voulues pour bénéficier des financements générés par les marchés mondiaux du carbone, et d’intégrer les solutions les plus intéressantes pour l’Afrique, notamment la REDD.

Par ailleurs, les structures institutionnelles africaines doivent continuer à afficher les résultats correspondant à des engagements financiers inchangés. Il importe que les mécanismes d’attribution des fonds liés à l’adaptation soient simples et accessibles à tous, notamment aux pays les plus vulnérables. Plusieurs propositions de financement ont été avancées. Bien que la proposition norvégienne concernant l’allocation des recettes tirées de la mise aux enchères de permis et la pré-affectation des prélèvements sur les transports internationaux semble recueillir la plus large adhésion, il serait plus sûr de diversifier les sources de financement.

Le cadre institutionnel accompagnant un accord mondial devrait promouvoir l’équité, l’efficience et la confiance mutuelle. Les fonds doivent être gérés de façon simple et efficiente ; dans la mesure du possible, il faut limiter le nombre de nouvelles institutions et utiliser les circuits de développement existants. Il incombe en premier lieu à la Banque africaine de développement, avec l’appui de la Banque mondiale, d’administrer les fonds et d’aider l’Afrique à mettre en œuvre ses stratégies de croissance sobre en carbone.

Au niveau national, le bon fonctionnement et la transparence des institutions contribueront à asseoir la confiance mutuelle et à accroître l’efficacité des fonds pour l’atténuation et l’adaptation. Le changement climatique doit retenir l’attention des chefs d’État. Le changement climatique est l’une des principales menaces qui pèsent sur la croissance et le développement de l’Afrique, et cet argument mérite à lui seul de retenir l’attention de tous les chefs d’État africains. Il leur appartient de prendre la situation en mains face au changement climatique. Les chefs d’État sont les mieux placés pour faire entrer la diversité des intérêts africains dans les négociations de la CCNUCC et pour susciter le soutien voulu à une croissance sobre en carbone et à l’adaptation dans toute l’Afrique.

 En outre, les effets du changement climatique et les dispositions prises pour y parer sont indissociables d’autres enjeux intéressant les chefs d’État (notamment les échanges et la sécurité) qui nécessitent une planification à long terme et une coordination intergouvernementale suivie. C’est à leur niveau que l’impulsion doit être donnée, en particulier pour assurer la mise en œuvre prompte et efficiente des plans d’adaptation et de développement sobre en carbone.

Se faire entendre. La crise économique actuelle ne saurait servir d’échappatoire ; c’est plutôt une chance à saisir. Il faut agir dès maintenant contre le changement climatique. Attendre que la situation financière se décante pour s’attaquer au climat relève de la politique de l’autruche. Les deux crises peuvent et doivent être abordées de front : la période de baisse de la demande est l’occasion d’investir en jetant les bases d’un nouvel essor fondé sur les technologies propices à une économie sobre en carbone, et de tirer parti des débouchés commerciaux ainsi offerts. Dans un cas comme dans l’autre, il est dangereux de différer l’action face au risque.

L’Afrique doit se faire entendre durant les quatre ou six mois à venir lors des principales rencontres locales et internationales. Un certain nombre de réunions liées au changement climatique (G8, G20, sommet européen, Forum des économies majeures) vont rassembler des pays développés et en développement d’ici à la conférence de Copenhague ; or, trop souvent, la seule nation africaine représentée est l’Afrique du Sud.

L’Afrique doit insister pour prendre part à ces réunions afin de faire connaître sa position et les démarches qu’elle envisage. Le réchauffement planétaire risque d’avoir des conséquences particulièrement inquiétantes sur les réserves d’eaux. Pour le moment, l’Afrique a la chance de disposer d’importantes réserves d’eaux inexploitées et on prévoit même que certaines régions arides du continent pourraient recevoir des précipitations plus fréquentes.

En revanche, le Sahel et d’autres régions semi-arides risquent de souffrir d’une aggravation de la sécheresse. Un tiers de la population du continent vit déjà dans des zones de sécheresse, et 75 à 250 millions de personnes supplémentaires pourraient perdre leurs moyens de subsistance du fait des changements climatiques d’ici la fin de la prochaine décennie. Les régions sujettes à inondations de l’Afrique australe pourraient devenir plus humides encore du fait de l’évolution des conditions climatiques, les inondations étant plus fréquentes et plus graves.

Mais puisque l’accord de Kyoto arrive à échéance en 2012 et qu’il est maintenant prouvé que le réchauffement planétaire est plus rapide que prévu, il n’est pas impossible que le développement vert de l’Afrique profite des réformes économiques nécessaires pour lutter contre le réchauffement planétaire. “On ne dispose que d’un minuscule créneau pour renverser la courbe ascendante des émissions de gaz à effet de serre, a déclaré à la presse Rajendra Pachauri en mai à Bangkok (Thaïlande). On ne peut pas se permettre d’attendre.

 

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