Sondage d’opinion au Mali : Réajuster l’action gouvernementale pour combler les attentes

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La Fondation Friedrich Ebert a réalisé le 7e numéro de son sondage  intitulé «Mali-Mètre» du 21 au 30 décembre 2015, soit un peu plus de six mois après la signature de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger, et un mois après l’attaque terroriste qui a frappé l’Hôtel Radisson Blu de Bamako.

Ainsi, en plus des questions généralement abordées dans les précédents numéros, telles que la confiance dans les institutions de la République, la corruption, ou encore la présence de forces étrangères sur le territoire malien, Mali-Mètre N°7 s’attarde sur la perception que se font les Maliennes et les Maliens quant à la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, aux prochaines échéances électorales et la sécurisation du pays. Que pensent les Maliens de la gouvernance du pays, de la mise en œuvre de l’Accord d’Alger, aux prochaines échéances électorales et la sécurisation du pays… ?

Autant de questions abordées par le sondage «Mali-Mètre» (N°7 du 21 au 30 décembre 2015) de la Fondation Friedrich Ebert. Ce que nous retenons du rapport de sondage, c’est que pour la majorité des Maliens (72 % des personnes sondées), l’insécurité demeure aujourd’hui le défi majeur auquel le gouvernement doit réellement s’atteler. Mais, dans ce domaine, le ministère de la Sécurité intérieure et de la Protection civile a été très efficace dans la traque des terroristes par les services de renseignements maliens. Ces derniers mois, une quinzaine de présumés terroristes de diverses nationalités ont ainsi été arrêtés dans plusieurs localités du pays. Les personnes arrêtées depuis quelques jours au nord et au centre et tout récemment au Sud du pays sont impliquées dans différentes attaques et opèrent le plus souvent en coordination. Avec l’arrestation, dans la nuit du 21 au 22 avril 2016, du Mauritanien Fawaz Ould Almeida (le présumé cerveau de la fusillade du restaurant la Terrasse; des attaques de Sévaré, de l’hôtel Radisson Blu et plus récemment celle contre le quartier général des forces européennes EUTM à Bamako), les forces spéciales de la Direction générale de la Sécurité d’Etat (GDSE) ont frappé fort.

Cette arrestation intervenait presqu’une semaine après celle d’Aliou Doumbia (16 avril 2016), considéré comme étant «le chauffeur du commando de l’attaque de Grand Bassam en Côte d’Ivoire». «Cette multiplication d’arrestations dénote dans un premier temps, des premiers résultats qu’on obtient à travers la ré-dynamisation du dispositif de lutte contre le terrorisme. Ça va également mettre en exergue d’autres facteurs dont celui de la mutualisation des renseignements, des moyens entre les différents services techniques des différents pays», analyse Me Abdramane Touré, spécialiste des questions sécuritaires, interrogé par la radio de proximité, le «Studio Tamani». «Je pense qu’avec le système interrogatoire d’enquête, nous pouvons parvenir à remonter, à faire un maillage complet de ce réseau», avait-il ajouté.

La pauvreté et le chômage représentent l’autre grande préoccupation des citoyens interrogés avec respectivement 48,3% et 45,2%. Pour ce qui est de la confiance dans les institutions dans la gestion du pays, la majorité (58,4%) est très peu satisfaite des actes posés par le président de la République par rapport à leurs attentes et préoccupations. Il n’est donc pas surprenant que les actions entreprises par le gouvernement ne soient pas bien appréciées par la grande majorité. Une déception qui, malheureusement, ne concerne pas que le seul exécutif car 66 % des Maliens sondés ne sont pas non plus satisfaits des actions des députés dans la gestion du pays. En cohérence avec les défis, ce 7e sondage  révèle que «la lutte contre l’insécurité» doit être la première priorité du gouvernement (80%). Ce qui est logique dans la mesure où aucune politique efficace ne peut être mise en œuvre contre la pauvreté et le chômage dans l’insécurité. Il faut plus de stabilité et de sécurité pour attirer les investisseurs et mettre en valeur les immenses richesses du pays.

La mise en œuvre de l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger suscite donc beaucoup d’espoir, car censée définitivement enterrer la hache de guerre entre le gouvernement et les mouvements armés. Cela va aussi contribuer à isoler les réseaux terroristes de plus en plus acculés. Cet Accord continue malheureusement à susciter la polémique car, indique le sondage de la FES, la grande majorité (81,8% des sondés) déclare ne pas connaître son contenu. Au niveau national, plus de la moitié (57,2%) de la population interrogée pense que la mise en œuvre de l’Accord est très importante ou importante pour l’avenir du Mali. Cette proportion est plus élevée dans les villes au nord du pays, notamment Tombouctou, Gao et Kidal, que dans les autres localités. Et on s’inquiète naturellement du retard accusé dans cette mise en œuvre. Même si les populations des localités du nord sont les plus nombreuses à soutenir que le processus a effectivement démarré, avec des proportions de 49% à Tombouctou, 45% à Kidal et 44% à Gao.

Un précieux document pour les décideurs

Le document est intéressant comme matière d’analyse, surtout au niveau de la gouvernance où Ibrahima Boubacar Kéita et son gouvernement ne parviennent toujours pas à trouver la meilleure approche pour combler les attentes des Maliens. Il faut du sang neuf pour booster l’action gouvernementale. Comme le disait l’autre, gouverner, c’est résoudre les problèmes des citoyens, faire face à leurs préoccupations. Et quand les populations ne se retrouvent pas dans les actes posés, il faut changer de cap et essayer une nouvelle approche. Les différents gouvernements d’IBK n’ont jamais convaincu les Maliens par leur composition. Le chef de l’Etat fait trop de place aux critères subjectifs comme la famille… Aujourd’hui, il faut par exemple évaluer la présence des chefs de partis dans le gouvernement. À notre analyse, cette présence est improductive.

Est-ce que les Premiers ministres ont réellement une influence sur les actions de ces alliés politiques ? Nous sommes convaincus qu’Oumar Tatam Ly et Moussa Mara ne répondront pas par l’affirmatif. Et selon des indiscrétions, cette présence entrave sérieusement l’efficacité de l’attelage de Modibo Kéita. Sans compter que, à quelques exceptions près, le gouvernement actuel ne donne aucunement satisfaction par rapport à l’amélioration des conditions de vie des Maliens. Les ministres se succèdent à la tribune de l’Assemblée nationale et à la télévision nationale sans convaincre.

Dans la plupart des cas, ils ne réussissent qu’à étaler leur impuissance ou leur incompétence. Ce qui fait que le président de la République a plus que jamais besoin de s’assumer pour inverser cette tendance qui le conduit vers l’échec total au bout de son mandat. Même si ses détracteurs font de son âge un poids, nous pensons que l’expérience et la rigueur de Modibo Kéita lui confèrent encore les qualités du chef d’équipe pour conduire un nouvel attelage. Une nouvelle équipe dont les seuls critères de formation seront la compétence et la probité morale. Un gouvernement de talents et compétences. Un attelage où les chefs de partis seront renvoyés à l’échauffement pour mieux soutenir Ladji Bourama à briguer un second mandat en 2018.  Si les Maliens se laissent encore berner, bien sûr !

Hamady TAMBA

 

Un précieux baromètre pour orienter ou réorienter l’action publique

Initié par la Friedrich-Ebert-Stiftung ou Fondation Friedrich Ebert (FES) en 2012, «Mali-Mètre» est un instrument d’analyse sociopolitique visant non seulement à saisir les perceptions et les opinions politiques des Maliennes et des Maliens, mais aussi à les porter à la connaissance du public et des décideurs.

«Les enquêtes d’opinion sont un outil important dans une démocratie. Elles permettent d’interroger et comprendre les représentations, besoins et attentes des citoyennes et des citoyens. Elles constituent un indicateur essentiel pour la consolidation de la démocratie participative et représentative et, dans la mise en œuvre et le suivi des politiques publiques et de coopération», souligne Abdourhamane Dicko, responsable chargé de ce sondage au niveau de la FES.

C’est le sens que cette fondation allemande voire européenne donne à Mali-Mètre qui se veut «une fenêtre d’opportunité pour une résolution durable et effective des défis du Mali». Et cela à travers une collecte de la perception des populations et sa mise à disposition en faveur des décideurs politiques, des acteurs de la société civile et de la communauté internationale, pour un meilleur ciblage des interventions. Mali-Mètre est réalisé en moyenne deux fois dans l’année et porte sur des sujets d’actualité. Il est une image instantanée de la perception des populations sur lesdits sujets. Il a déjà été réalisé à six reprises, sans compter une édition spéciale consacrée à Gao, Kidal et Ménaka.

En réalisant le «Mali-Mètre», indique M. Dicko, la FES espère apporter «sa modeste contribution à la sortie de crise dans un contexte profondément marqué par des défis persistants en matière socio-économique et institutionnel ainsi que par la dégradation de la situation sécuritaire du pays». Comme les éditions précédentes, ce 7e sondage a été réalisé avec l’exigence de représentativité à travers toutes les régions du Mali malgré les défis y afférents. Ce qui est le gage de sa neutralité, de son objectivité !

H.T

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1 commentaire

  1. Chez nous ici au Mali on ne peut pas nous même faire nos sondages ?on s en fou de leurs sondages c est de la manipulation

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