Tracasseries sur les routes maliennes : la corruption sexuelle gagne du terrain chez les commerçantes

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Tracasseries sur les routes maliennes : la corruption sexuelle gagne du terrain chez les commerçantes

La région de Sikasso se dote d’une plateforme pour la libre circulation des personnes et des biens. Cette plateforme, qui doit lutter contre la corruption dans tous ses aspects, a été lancée dans le cadre de la journée internationale de lutte contre la corruption célébrée vendredi 09 décembre.

La cérémonie de lancement de la Plateforme, qui est une initiative soutenue par le gouvernement américain à travers l’USAID-Mali, a été présidée à Sikasso par le ministre de la Justice du Mali. C’est la salle Babemba Traoré de l’hôtel Cinquantenaire de Sikasso qui a abrité cet événement ayant réuni l’ensemble des commerçants, transporteurs, médias, avocats et leaders de la société civile de Sikasso, qui se sont donné la main pour la mise en place de cette plateforme.

Yaya Bamba, président du Conseil de cercle de Sikasso, a épluché les objectifs de la rencontre avec les actions menées sur les axes routiers avant le  lancement de la plateforme de Sikasso pour la libre circulation des personnes et des biens. Le but, selon lui, est une  union  contre la corruption et les tracasseries sur toutes les routes du Mali. Même si, le concède-t-il, l’étude a porté sur les routes de Bamako, Ségou, Koutiala et Sikasso. Il a remercié le ministre de la Justice pour sa présence à la cérémonie, qui revêt une importance capitale pour la région de Sikasso.

Le gouvernement américain appuie cette initiative citoyenne de lutte contre la corruption sur les routes maliennes. Daniel Moore, directeur de l’USAID Mali, dira que cette union montre combien les acteurs sociaux sont soucieux de la bonne marche de leurs affaires, mais aussi de la lutte contre la corruption. Il a salué les autorités de la région de Sikasso, rendu un hommage au gouverneur de la région. Lequel a facilité les travaux de cette rencontre.

À sa suite, Mamadou Koné, président de la plateforme, a présenté la plateforme dont la mission est de lutter  contre la corruption, permettre la libre circulation des personnes et des biens sur les routes. Il a reconnu qu’il faut du courage pour faire face à la corruption, tout en admettant que Sikasso ne peut pas se renfermer sur soi. C’est pourquoi, «nous devons nous approprier les textes en matière de lutte contre les tracasseries routières, et les législations en matière de fonctionnement de nos routes», a-t-il ajouté.

Les commerçants et commerçantes ont ensuite pris la parole pour évoquer les difficultés qu’ils rencontrent sur les routes. Diakaridia Traoré, commerçant, a mis l’accent sur le droit et les taxes de dédouanement du maïs. Si de façon officielle, ils ne doivent rien payer, ils sont pourtant obligés de mettre la main à la poche à chaque poste, a-t-il affirmé. Adama Togola de la  filiale bétail a abondé dans le même sens. À l’en croire, les taxes sur le transport du bétail sont suspendues, mais ils continuent de les payer de Fatoma à Bamako. Conséquence : ce sont les frais ou l’argent qu’ils donnent aux agents qui font que le prix des animaux augmente à l’arrivée.

Konaté Adam Coulibaly, de l’association des femmes commerçantes de Sikasso, dresse le même constat. Elle avoue que la route Mali-Burkina Faso est un calvaire pour les femmes. «Même si vous avez un sachet bleu avec vous, ils vous demandent de payer parce que vous êtes commerçante. Nous les femmes, on veut se battre, on veut bien continuer notre travail malgré les difficultés. Mais nous avons besoin de l’aide de nos autorités parce que souvent nous payons plus que la valeur de nos marchandise entre les deux pays», a-t-elle déclaré.

De la  corruption sexuelle sur nos routes

Après ces quelques témoignages, a succédé la présentation de l’étude sur les tracasseries routières menée au niveau de Bamako, Ségou, Koutiala et Sikasso. Les questions de l’étude ont essentiellement porté sur la circulation sur les corridors, les écarts dans le commerce et les difficultés que les femmes rencontrent. Trois aspects ont été présentés : les aspects sociaux, les écarts de commerce, et ce que les tracasseries engendrent comme perte au niveau de l’économie.

Selon Nick Kulibaba, la conséquence de la tracasserie c’est 20% de perte. L’aspect le plus surprenant de l’étude est la corruption sexuelle sur les routes au Mali. Il ressort que la corruption sexuelle prend le dessus sur les autres aspects. Guindo Fatim Sidibé du Groupe d’étude a expliqué que «le tronçon Sikasso-Hérémakono est le plus corrompu. Mais ce sont les commerçantes qui utilisent leur charme pour payer moins de frais. Le sexe est utilisé comme monnaie dans les transactions de corruption avec les autorités. Les jeunes femmes commerçantes sont particulièrement sujettes aux harcèlements sexuels et à la corruption. La corruption sexuelle est provoquée par les autorités (douane, police, gendarme) ou par les femmes commerçantes elles-mêmes. Cela a un lourd impact financier sur l’économie du pays».

Prenant la parole en dernier, le ministre de la Justice, Mamadou Ismaël Konaté, dira que l’éradication de la corruption au Mali est possible si tous les acteurs, à commencer par ceux qui se disent victimes, combattent ensemble. Pour lui, la dénonciation seule ne suffit pas, ils doivent refuser et cesser de se présenter comme victimes alors qu’ils sont complices de ce comportement. Il a invité les responsables de la Plateforme à s’engager dans ce combat. Me Konaté en a profité pour parler des nouvelles mesures de lutte contre l’enrichissement illicite et la corruption.

Suivant ses propos, à partir de 2017, personne ne prendra fonction au Mali sans avoir au préalable déclaré ses biens. Il y aura en plus un contrôle au niveau des banques pour examiner les avoirs des fonctionnaires afin de savoir la provenance de leurs biens. Les banques seront réunies à cet effet pour commencer ce travail, a-t-il promis. Au niveau du ministère de la Justice, une vaste campagne de sensibilisation de 6 mois va commencer dans les médias afin d’expliquer les nouvelles mesures. Selon le ministre Konaté, un cadre juridique performant existe, il faut maintenant travailler.

Parlant du procès d’Amadou Haya Sanogo et de ses 16 coaccusés, il a remercié le président de la cour d’assises, Mahamadou Berthé. Pour lui, le droit a été dit pendant les 10 jours du procès. Mais il promet de revenir dans 3 mois à Sikasso pour que ce procès puisse connaître son épilogue.

Kassim TRAORE

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