Us et coutume : Le ‘’ Sangué mon’’ La pêche collective de San

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Le Sangué mon, un rite de pêche collective à San, dans la région de Ségou au Mali, tous les deuxièmes jeudi  du septième mois lunaire pour commémorer la fondation de la ville. Le rite commence par le sacrifice de coqs et de chèvres et par des offrandes des habitants du village aux esprits de l’eau qui habitent la mare Sangué.

Le ‘’sangué mon’’ est une pêche  rituelle annuelle organisée par la communauté bobo de San. Son origine se confond avec celle du village. Un chasseur du nom de  Bakoro Traore, dans sa promenade aurait découvert cet endroit favorable à l’agriculture et surtout riche en gibier. C’est ainsi qu’il aurait décidé d’y passer un an. Un an traduit en langue bamanankan un San veut dire une année d’où le nom de San. Grace à son chien il aurait découvert dans les bois un puits rempli d’eau .Ce puits naturel aurait facilité la fondation du village. Quelques temps après il aurait découvert  une grande mare bondée de poissons. La zone était très boisée, l’accès était difficile. Il aurait fait appel aux bobos de Tèrèkoungo et Parana pour les besoins de main-d’œuvre. Comme nourriture, il leur apporta le petit mil écrasé très vitaminé (mugu farda).  Pour perpétuer cette tradition, une fête rituelle annuelle est organisée à San :’’le sangué-mon’ ’Il a lieu le deuxième jeudi du septième  mois lunaire de chaque année. Cette manifestation culturelle, fondamentale à San, magnifie les origines de la ville et renforce la cohésion entre les différentes communautés.

Cette pêche collective  est immédiatement suivie d’une danse masquée sur la place publique, dans laquelle se produisent des danseurs Bwa de San et des villages environnants qui portent le costume traditionnel et un chapeau décoré de cauris et de plumes, et qui exécutent une chorégraphie particulière au rythme de divers tambours. Le rite du Sanké-mon marque traditionnellement le début de la saison des pluies. C’est aussi une expression de la culture locale à travers l’art et l’artisanat, les connaissances et le savoir-faire attachés à la pêche et aux ressources en eau. Il renforce les valeurs collectives de cohésion sociale, de solidarité et de paix entre les communautés locales. La veille, une rencontre des bobos dans les deux villages respectifs donne lieu durant  toute la nuit à une grande fête bien arrosée au ‘’tchapalo’ (bière de mil). Des hommes se déguisent en jeunes filles. Certains jeunes enlèvent le silencieux du  tuyau de leur moto  et passent toute une  nuit à faire une course de  rallye dans toute la ville.  Les gens se livrent à un va et vient interminable entre les deux villages.

En attendant la grande de pêche dans la mare de sanké on procède à la préparation de la crème traditionnelle (mugu fara) qui se fait dans la famille koita dans le quartier de bagadadji. Ici Mariam Koita et une dizaine de femmes (toutes du même  patronyme) apprêtent la farine mil sous un grand abri de tôle. Les communautés bobos des deux villages, en compagnie des koita se rendent à karentéla ou habitent les descendants  de Bakoro Traoré (fondateur de San), pour la cérémonie de dégustation de la crème traditionnelle (mugu fara).

Jeudi, jour de pêche collective, la digue est noire de monde dès la mi-journée. Piétons, motocyclistes, automobilistes disputent le passage aux calèches, aux charrettes, aux ânes et aux chevaux. Muni de filets et divers instruments pêche, tout le monde afflue vers la mare du Sanké pour prendre part à la pêche. Les officiels(les notabilités, le maire, le préfet, le président du conseil de cercle sont confortablement installés sur la tribune d’où ils assistent à la pêche.

Nul ne pénètre dans la mare sans l’autorisation du « kotigui » (propriétaire). Cette pêche collective annuelle appelée ‘’ sangué mon’ ’est devenue aujourd’hui l’une des manifestations culturelles les plus importantes du pays. Cette pêche rituelle a été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2009.

Depuis quelques années, il connaît une chute de popularité qui menace de mettre son existence en péril, les facteurs contribuant à ce phénomène étant notamment l’ignorance de l’histoire et de l’importance de la tradition, une diminution progressive de la participation au rite, des accidents occasionnels pendant son déroulement et la dégradation de la mare Sanké à cause des pluies insuffisantes et des effets du développement urbain. Plusieurs activités  sont inscrites au programme de cette journée, mais celles qui égayent les participants sont entre autres : la veillée nocturne dans les villages bobos de Parana et Tèrèkoungo, la préparation de la crème traditionnelle (mugu fara), le sacrifice au puits sacré de Karentéla et la pêche collective dans mare du Sanké.

Oumou SISSOKO

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