Aminata Makou Traoré, championne d’Afrique en titre de Taekwondo moins de 49 kg à propos de la fugue des athlètes africains à Londres : ” Nos athlètes vivent dans des conditions pitoyables, voire misérables … “

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Aminata Makou Traoré est une jeune malienne de 22 ans, championne d’Afrique en titre de sa catégorie. Elle n’a pas été aux Jeux Olympique  à cause d’une  vilaine blessure qui l’a empêché de se qualifier lors des éliminatoires en terre Egyptienne. A 10 jours de la fin des Jo, elle nous donne ses impressions sur la sortie catastrophique et la fugue  en bloc des dirigeants et athlètes africains, du mauvais arbitrage dans les sports de combat qui a suscité beaucoup de remous…

Aminata Makou TRAORE

L’Indépendant Weekend : Bonsoir et merci de vous présenter à nos lecteurs.
Je  suis Aminata Makou Traoré.  Je suis née le 31 mars 1990 à Bamako et je suis détentrice d’un  Diplôme Universitaire de Technologie (DUT) et d’une  Licence en Audit. Je suis ceinture noire, 3e Dan de Taekwondo.

Vous n’avez pas  été qualifiée pour les J.O. En regardant les autres à la Télé,  comment vous vous  sentez?
C’est l’une des choses qui m’a marquée dans ma vie. Car, j’ai fais beaucoup de sacrifice  pour me donner la chance d’être qualifiée. Malheureusement,  j’étais malade. Mais, j’y crois pour 2016.

Comment jugez-vous les J.O de Londres ?
Les J.O  de Londres 2012 ont été vraiment bien organisés. Surtout que  la cérémonie d’ouverture a été  extraordinaire. La sécurité était au rendez vous. Les supporters sont venus nombreux et les athlètes étaient au mieux de leur forme. C’est pourquoi, les résultats des J.O ont été d’une parfaite réussite.

L’Afrique, contrairement, aux jeux de Pékin a reculé d’un cran. Qu’est ce qui peut expliquer cette baisse de performance ?
Certes l’Afrique a reculé d’un cran par rapport aux J.O de pékin car, le continent traverse une période d’instabilité sans précédent. Ce qui,  d’une part, joue sur l’activité économique (manque d’équipements), et d’autre part, sur la morale des populations africaines, et en particulier les sportifs. Donc,  les conditions n’étaient réunies pour que nos sportifs talentueux  reviennent avec des médailles.  Voilà à mon avis ce qui expliquerait cet échec aux J.O 2012. L’Afrique n’a pas beaucoup de moyen contrairement aux pays développés qui libèrent des fonds importants pour améliorer les conditions des athlètes, afin qu’ils puissent faire des résultats incomparables.

Le Mali rentre sans médaille dans la cagnotte ? Comment jugez-vous cette contre performance ?
Cela s’explique par le manque de moyen dans notre pays. Nos athlètes vivent dans des conditions pitoyables voire misérables. Les primes de médaille sont minimes. Par rapport aux matériels, nous sommes mal équipés et on a moins de professionnels. Il faudra donner la chance au moins à quelques athlètes de faire des formations de qualités dans des pays développés. On n’évolue pas étant stationné dans son pays, sans chercher à découvrir d’autres techniques ou manière de se développer.

Un des records de Londres est le nombre des préservatifs. 15 000 ont été distribués aux athlètes. Pensez-vous que le sport rime avec le sexe ?
Pour moi le sexe est un besoin naturel et qui existe partout.
Les encadreurs et athlètes africains ont fugué en bloc, d’aucun ont demandé l’exil politique. Qu’est ce qui peut être à l’origine de ce fléau ?
Comme je l’ai dis, un peu plus haut, c’est dû à notre condition de vie. Les athlètes africains sont mal traités d’où l’idée de toujours penser à aller ailleurs ou le traitement et les conditions de travail peuvent être différents. Mais fuguer aussi n’est pas du tout à encourager. Car, il terni l’image de notre Continent. Il est préférable de persévérer dans le travail et surtout quand les résultats sont bons, il y a des fortes chances d’avoir légalement des bons contrats.

Avez-vous des vœux à formuler pour les J.O de Rio en 2016 ?
J’espère de tout cœur de participer aux J.O de Rio 2016 avec une forte délégation malienne, toutes disciplines confondues. Que notre pays parvienne à faire des bons resultats. J’aimerais encore et encore graver mon nom dans l’histoire du Mali.

Le sport de combat a été décrié lors des récents J.O avec des multiples plaintes d’arbitrage. On peut citer le cas du jeune boxeur français et du malien Daba Modibo Kéita au taekwondo. Qu’est ce qui peut être à l’origine de ces désastres ?
Je m’abstiens de parler du boxeur car, je ne maitrise pas les règles. Par contre pour notre double champion du monde, je dirai qu’il a été triché. Car, les règles d’arbitrage de la WTF stipulent que, quand  on donne un coup et attrape son adversaire par la suite,  on t’enlève un demi-point et reconduit tes points marqués.  Le cas de Daba a été flagrant. Tout ceux, qui ont regardé son combat, peuvent convenir avec moi,  qu’il a donné le coup à la tête et a arrêté son adversaire par la suite. Alors, il était normal qu’on le retranche le demi-point, en reconduisant  ses trois points.

Pour quel intérêt les arbitres avaient à tricher le champion du monde ?
Ce que j’ai compris, en fait, c’est qu’au niveau international, nous sommes victime de racisme. Pour eux, il est inadmissible que deux africains se retrouvent en final. D’autant plus que le gabonais avait déjà décroché sa qualification. Mais Modibo n’a rien à se reprocher. C’est un grand champion. Il a été opéré quelques mois avant les Jo et malgré sa blessure,  il a combattu avec un seul pied et a gagné trois combats. C’est un vrai guerrier et il est vraiment à féliciter.

Un mot pour la fin ?
La contre performance de notre pays au J.O est due aussi à la négligence de nos dirigeants. Presque tous les pays avaient des supporters pour encourager leurs athlètes. Mais nos athlètes étaient comme des orphelins. Un athlète a besoin d’encouragement à un niveau de compétition. C’est très important. Il arrive souvent qu’on est à bout du souffle, mais en regardant les supporters, les amis, la famille, un miracle peut se produire.
Clarisse NJIKAM
   cnjikam2007@yahoo.fr

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