CAN 2012 : Aigles version Giresse, une génération dorée

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« Je ne suis pas surpris par la victoire du Mali dans la petite finale. Les Aigles se sont bonifiés au fil des matches. Il va falloir compter avec cette équipe lors de la prochaine CAN ».


Ces propos du technicien français, Claude Leroy traduisent parfaitement le sentiment général après la belle prestation des Aigles à la CAN 2012 qui s’est achevée dimanche à Libreville avec le sacre de la Zambie. Car s’il y a un pays qui s’est révélé dans cette 28è édition de la CAN et qui a séduit la planète foot par la qualité de son jeu, c’est bien le Mali. Certes, les Aigles n’ont pas réussi à se hisser sur le toit du continent, mais s’ils l’avaient fait, personne n’aurait parlé de surprise, tant le capitaine Cédric Kanté et ses coéquipiers ont émerveillé les observateurs. Et pourtant, ces Aigles version Alain Giresse ont connu tous les malheurs du monde avant le coup d’envoi de la CAN. Il y a eu d’abord le forfait de la tour de contrôle de la défense, Adama Coulibaly dit Police l’un des joueurs les plus réguliers en Equipe nationale. Un malheur ne venant jamais seul, le forfait de Police sera suivi, à deux semaines du coup d’envoi de la CAN, de celui du joueur le plus en vue des éliminatoires, Kalilou Mohamed Traoré. Une semaine plus tard, le sélectionneur national, Alain Giresse annonce, la mort à l’âme deux nouveaux forfaits : Mohamed Fofana et Amadou Sidibé. Cette cascade de blessures fera dire à certains que les Aigles sont poursuivies par la malédiction et que les dés étaient déjà jetés pour Cédric Kanté et ses coéquipiers. Pour ne rien arranger à la situation, la préparation de la sélection nationale, si préparation il y a eu, s’est déroulée sur fond de tension et de polémique, conséquence de la longue crise qui a secoué le monde du football après l’Assemblée générale de la ligue du District et celle de la Fédération malienne de football (FMF). Pour tout dire, rien n’incitait à l’optimisme, surtout après l’ultime stage de préparation du Togo qui sera marqué par la blessure d’un nouvel élément clé du dispositif de Giresse : El Hadj Mahamane Traoré.

A CŒUR VAILLANT, RIEN D’IMPOSSIBLE-C’est donc privés des services de quatre titulaires (Adama Coulibaly dit Police, El Hadj Mahamane Traoré, Kalilou Mohamed Traoré et de Mohamed Fofana) que les Aigles entament la CAN ce 24 février au stade de la Rénovation de Franceville face à la Guinée. Le départ est timide pour ne pas dire inquiétant pour Cédric Kanté et ses coéquipiers ballotés pendant près d’une heure par le Sily national, mais qui s’imposent au finish 1-0 grâce à une réalisation de Bakaye Traoré. Après cette rencontre un compatriote vivant en France décroche son téléphone et lance ce cris d’alarme : « On a failli mourir aujourd’hui. Dites aux enfants que le football est avant tout un combat d’homme à homme ». 72h plus tard après la défaite de la sélection nationale contre le Ghana, le même supporter décroche à nouveau son téléphone et appelle un membre de la délégation au Gabon. Surprise : au lieu de lancer des piques aux joueurs, notre compatriote avoue avoir été séduit par le jeu des Aigles et le sang froid des joueurs. On connaît la suite. Après le revers subis face aux Black stars, Cédric Kanouté et ses coéquipiers décrochent leur ticket pour les quarts de finale en dominant le Botswana 2-1 lors de la troisième et dernière journée des matches de poule. Un succès d’autant plus significatif que les joueurs d’Alain Giresse avaient été menés au score par les Zèbres botswanais et que notre pays restait sur deux tentatives infructueuses (élimination au premier tour en 2008 et 2010). Mais le meilleur était encore à venir pour le Mali car en quart de finale, les nôtres vont créer la sensation en écartant le Gabon à l’issue de la séance des tirs au but (5-4 pour le Mali, 1-1 au terme du temps réglementaire et des prolongations). Ce jour, les Aigles ont encore été menés au tableau d’affichage, mais à six minutes de la fin du match, Cheick Tidiane Diabaté remettra les pendules à l’heure pour notre pays, suite à une belle action collective. Lors de la séance des tirs, Seydou Keïta fera pleurer tout le Gabon en marquant le but de la victoire des Aigles. Avant même l’épreuve des tirs au but, le Mali aurait pu faire la différence si Cheick Tidiane Diabaté et Modibo Maïga n’avaient manqué de concentration devant les buts et si le gardien des Panthères Ovono n’avait multiplié les arrêts-reflexes.

DE JEUNES LOUPS AUX DENTS LONGUES-Ce match contre le Gabon a été comme un détonateur pour Alain Giresse et les Aigles hués pendant 120 minutes par les 35.000 spectateurs du stade de l’Amitié, mais qui n’ont jamais tremblé. Avant la rencontre, le technicien français et ancien sélectionneur des Panthères avait dit : « je connais cette équipe, j’ai déjà une idée de la stratégie à mettre en œuvre pour la contrer ». Cette petite phrase de Giresse va provoquer la polémique et l’ire de plusieurs confrères gabonais qui tirent à boulet rouge sur le sélectionneur national. Malgré le démenti formel du technicien français et les appels au fair play du président Ali Bongo Ondimba et du président du Conseil des Maliens de l’extérieur, les journaux locaux et les supporters vont continuer à s’acharner sur le pauvre. Mais le jour « J » Giresse répondra de la plus belle manière à ses détracteurs. Avec son nouveau dispositif tactique, le 4-5-1, il neutralise complètement les Panthères et remporte haut la main son duel avec Gernot Rohr. Mais pour gagner ce match combien important contre la sélection gabonaise, l’ancien international français n’a pas fait que changer son dispositif tactique. Alain Giresse a surtout su mettre les hommes à la place qu’il faut et effectuer des changements décisifs (intégration de Cheick Tidiane Diabaté et Moustapha Yattabaré). A la fin de la rencontre, notre confrère de France-Football et grand spécialiste du football africain, Franck Simon rendra un bel hommage au sélectionneur national, affirmant que ce dernier a réalisé un match parfait sur le plan tactique. Si la stratégie de l’ancien international français n’a pas permis aux Aigles de franchir le cap des Eléphants de Côte d’Ivoire en demi-finale, Giresse aura droit à tous les honneurs à l’issue de la rencontre. Le plus bel hommage viendra de l’entraîneur ivoirien, François Zahoui qui avouera avoir frôlé la catastrophe, « tant le Mali a bien joué en deuxième période ». « Honnêtement, j’ai été surpris par la qualité du football produit par le Mali et le sang froid des joueurs », ajoutera le technicien ivoirien. 72h après leur élimination en demi-finale, le capitaine Cédric Kanté et ses coéquipiers confirmeront tout le bien qu’on disait d’eux en dominant le Ghana 2-0 dans la petite finale. Les deux buts maliens ont été inscrits par Cheick Tidiane Diabaté qui a ainsi terminé meilleur buteur du tournoi avec 3 réalisations, à égalité avec Didier Drogba (Côte d’Ivoire), Christopher Katongo (Zambie) et Pierre Aubameyang (Gabon). Une belle récompense pour le jeune attaquant des Aigles qui avait déjà fait parler de lui lors des éliminatoires en marquant 4 buts.

DES RAISONS D’ESPERER-Tout le monde est unanime pour dire que le Mali n’a jamais eu une équipe nationale aussi soudée et solidaire que les Aigles version Alain Giresse. Aussi, tout le monde, supporters, responsables sportifs, joueurs s’accordent à dire qu’une nouvelle équipe nationale est née avec cette 28è édition de la CAN. L’espoir suscité par la prestation des Aigles est donc grand et personne, au Mali comme ailleurs, ne doute de la capacité de la jeune sélection à rivaliser avec l’élite continentale. A commencer par l’homme à tout faire de l’équipe, Seydou Keïrta. « Je ne me suis jamais senti aussi bien dans une équipe nationale du Mali. Monsieur le président de la République, ces jeunes ont beaucoup d’avenir. Si on s’occupe bien d’eux, je suis sûr qu’ils apporteront beaucoup de bonheurs au peuple malien », dira le vice-capitaine lors de la réception offerte à l’équipe par le président de la République, Amadou Toumani Touré (voir l’article de Ladji M. Diaby). La question ne se pose donc pas si le Mali peut compter sur cette nouvelle vague jeune dans la perspective des prochaines échéances que sont les éliminatoires de la CAN 2013 et de la Coupe du monde 2014. Ce qui préoccupe nos compatriotes, c’est plutôt la gestion de l’après-CAN et la capacité des instances sportives à se mettre à la hauteur des attentes. Sur ce point, rien n’est encore acquis et nos compatriotes ont d’autant de raisons de s’inquiéter que depuis plus d’une décennie, la Fédération malienne de football (FMF) n’a jamais pu élaborer un projet digne de ce nom pour la sélection nationale. Pour maintenir la flamme de la CAN 2012 allumée, il va falloir changer de fusil d’épaule, se doter d’une feuille de route et avoir une vision claire de ce qu’il faut faire. Les joueurs et les autorités ont joué leur partition et montré la voie à suivre, la balle est désormais dans le camp de la Fédération malienne de football.

Par Souleymane Bobo Tounkara

 

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Papichou<span class="wpdiscuz-comment-count"><i class="fa fa-commenting"></i> 111</span>
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Papichou 111
4 années 7 mois plus tôt

Je ne suis pas pour le maintien de Giresse à la tête des Aigles du Mali. Il est assez limité pour une telle génération. Cherchez un autre si on veut réellement donner toute sa chance à cette nouvelle jeunesse. Que Seydou arrête de lancer des flèches inutiles: « Je ne me suis jamais senti aussi bien dans une équipe nationale du Mali.” Je comprends là où il veut en venir mais ça ne sert à rien. Continuez de regarder droit devant et oublier les retroviseurs. Vive les Aigles. Vivement un nouvel entraîneur plus compétent!!!!

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