Carnet de voyage: Au cœur du Gabon et de la Guinée Equatoriale

0
0

La Coupe d’Afrique des Nations (CAN) qui vient de se dérouler, du 21 janvier au 12 février au Gabon et en Guinée Equatoriale, fut pour votre serviteur une expérience de plus. Cela  après les éditions de 2002 au Mali, 2004 en Tunisie et 2008 au Ghana ainsi que celle de 2010 en Angola. A notre avis, la CAN 2012 a été, sans nul doute, la meilleure édition pour plusieurs raisons. Primo : les deux pays co-organisateurs ont pu relever le défi de l’organisation de ce challenge du football africain.  Secundo : les Aigles du Mali ont  réalisé le meilleur résultat en se classant  troisième de la compétition avec la médaille de bronze. Autre satisfaction de taille, c’est l’hospitalité légendaire de la communauté malienne vivant au Gabon et en Guinée Equatoriale surtout avec l’implication personnelle du président du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur, Habib Sylla. Nous avons également eu la chance de rencontrer des grandes personnalités du football mondial comme le Roi Pelé, Joseph Blatter, Michel Platini, Issa Hayatou, Kalusha Bwalya, Patrick M’Boma… Autant de rencontres plus riches les unes que les autres qui viendront enrichir notre carnet d’adresses encore déjà assez bien fourni.

près avoir visité la France (trois fois), la Tunisie (six fois),  l’Algérie (deux fois) la Côte d’Ivoire, (quatre fois) le Burkina Faso (cinq fois), le Maroc (une fois),  le Ghana (une fois),  l’Angola (une fois), le Gabon et la Guinée Equatoriale étaient les deux pays que je brulais d’envie  de visiter. Avec la CAN, ce fut chose déjà faite. C’est pourquoi, j’étais très heureux quand le Mali a décroché son ticket qualificatif pour la phase finale de la 28ème Coupe d’Afrique des Nations de football, co-organisée par ces deux pays. C’était pour moi une belle occasion de se rendre dans ces pays.

En quittant l’aéroport international de Bamako-Sénou, dans la journée du vendredi 20 janvier, aux environs de 15 heures par un vol spécial d’Air-Mali, personne ne pouvait imaginer que la sélection nationale du Mali serait parmi les trois meilleures équipes africaines.  Déjà, avant le départ, beaucoup de gens se posaient la question : “ces gens -à vont tout simplement à la CAN pour les trois matches de leur poule.  Ils viendront nous trouver très bientôt à Bamako. Puisque le Mali est habitué au premier tour” nous a confié un employé de l’aéroport. Et pourtant, certaines personnes étaient méfiantes : “vous savez, si les gens ne font pas confiance aux Aigles, c’est en ce moment qu’ils vont aller très loin. Je pense que cette année, ils vont créer beaucoup de surprise parce qu’il n’y a pas eu de tapage autour de cette équipe”.

Alors que, le président de la Fédération Malienne de Football, Hammadoun Kolado Cissé était très confiant. Il disait avec certitude, à qui voulait l’entendre, que 2012 est l’année du Mali.

C’est dans le doute que les membres de la délégation officielle dont nous faisions partie en tant qu’invité spécial du président de la Fédération Malienne de Football, Hammadoun Kolado Cissé, ont quitté Bamako, après une panne technique détectée sur le premier avion que nous devons affréter depuis Bamako.

A bord de cet avion, se trouvaient le président de la Femafoot, Hammadoun Kola Cissé et certains membres du Comité exécutif, les responsables du département des sports, des journalistes (au total huit) et une vingtaine de supporters. Après deux heures et quelques minutes de vol, l’avion a atterri à l’aéroport  international de Lomé pour prendre l’équipe nationale qui s’y  trouvait  après dix jours de préparation au Togo. On a trouvé aussi en leur compagnie le ministre de la Jeunesse et des Sports, Djiguiba Kéïta dit PPR très présent au côté des Aigles de la préparation jusqu’à l’ultime phase à savoir le début des compétitions.  De la capitale togolaise, nous avons mis  le cap sur Franceville, une ville située à plus de 600 km de la capitale gabonaise et devant abriter la poule D dans laquelle évoluait le Mali. C’est aux environs de 20 heures (heure locale) que le vol spécial a atterri à l’aéroport Omar Bongo. La communauté malienne du Gabon plus précisément de Franceville avec à sa tête, Tidiane Niang, frère de l’actuel  ministre de la Culture, Hamane Niang était à l’accueil.

Magaye Sow du département des Sports et Amadou Cissé dit Baba de la Fédération avaient déjà pris toutes les dispositions par rapport à l’hébergement de la délégation. C’est ainsi que les journalistes ont pris leur quartier à l’hôtel Apily dont le propriétaire est l’un des frères de feu Omar Bongo. Au même moment, les Aigles du Mali et leur encadrement ont pris la direction de Bongoville située à une soixantaine de kilomètres de Franceville.

C’était  la première fois pour la plupart des membres de  la délégation malienne de découvrir Franceville, chef-lieu de la province du Haut Ogooué. Cette ville représente la deuxième ville du Gabon et c’est aussi cette ville, faut-il le préciser, qui a abrité la poule D de la CAN composée du Mali, du Ghana, de la Guinée Conakry et du Bostwana. La population de Franceville est estimée à 100 000 habitants. Le paysage géographique de cette ville  rappelle fort bien celui  de la France. Il fut rebaptisé Franceville par Pierre Savorgnan de Brazza en 1880. Tout un passé pour rappeler les liens historiques avec l’ancienne métropole. C’est encore dans cette ville que repose, depuis le 8 juin 2009, le président gabonais Omar Bongo.  Après avoir reçu les hommages de son  pays et de la communauté internationale à Libreville.

Par ailleurs, il faut admettre que pour tout visiteur qui pose pour la  première fois sa valise dans ce pays, deux facteurs essentiels non moins négligeables dans l’histoire de ce pays focalisent toutes les attentions. Il s’agit des sources d’eau et des arbres. Ces deux éléments sont considérés par les nationaux comme les symboles phares du pays. Lesquels  se conjuguent de mille manières afin d’offrir des paysages infiniment variés s’enchaînant dans une somptueuse harmonie. La beauté de la faune, la richesse et la diversité des paysages s’unissent pour séduire les amoureux de la nature, de grandes aventures, de la détente et de la découverte.

Après un long voyage (Bamako-Lomé-Franceville) le ventre était presque vide. Il fallait trouver quelques choses à grignoter. Nous avons eu la chance de tomber sur un jeune Malien vivant sur place et qui se nomme Youssouf qui s’est mis à notre disposition. Il nous a conduit dans un restaurant appartenant à un Burkinabé où nous avions avec un très grand appétit grignoté du poulet rôti.

Le lendemain, c’est-à-dire, le samedi 21 janvier, jour du coup d’envoi de la CAN à Bata en Guinée Equatoriale, la première des choses c’est l’accréditation, le fameux sésame pour faciliter la couverture de la CAN.  Malgré les difficultés rencontrées ça et là, les journalistes sont parvenus à obtenir leur accréditation grâce à Kabulo, chef de la commission média du Stade de Franceville. C’est ce jour-là que nous avons découvert ce magnifique stade qui en est le troisième du pays en termes de capacité d’accueil et d’architecture. Il peut accueillir 20 000 personnes. C’est dans ce stade que tous les matches de la poule D ont été joués.

Le mardi 24 janvier, les Aigles du Mali ont livré leur premier match face à la Guinée Conakry,  qu’ils ont gagné par le minimum d’un but à zéro, grâce à un but de Bakaye Traoré. Auparavant, le Ghana avait battu le Botswana sur le même score. Il a fallu attendre la seconde journée pour voir clair dans la position des équipes susceptibles d’être qualifiées pour le  second tour dans la poule D. Les Aigles du Mali, après un bon match en première mi-temps, ont lâché en seconde période face au Ghana. Ils vont perdre le match sur le score de 2 buts à 0 tandis que la Guinée avait largement battu le Botswana sur le score de 6 buts à 1. Et les Aigles du Mali, le Sily national de la Guinée et les Blacks stars du Ghana se trouvaient dans une situation très compliquée. Puisqu’ aucune de ces trois équipes n’avait son ticket pour les quarts de finales. Les spéculations allaient bon train et chacun y allait avec son calcul.

Le troisième match du Mali contre le Botswana était prévu au Stade de l’Amitié sino-gabonaise de Libreville. Du coup, toute la délégation a pris la direction de  la capitale gabonaise puisque, pour rester à Franceville, il fallait être premier du groupe. Ce qui n’était plus possible, après la défaite face au Ghana.

A Libreville, les journalistes étaient hébergés dans un nouvel hôtel nommé Lac Blue au Charbonnage. Cet établissement hôtelier appartient à une dame, qui a préféré laisser son travail de médecin pour s’occuper de son établissement. Le souhait pour cette dame était que le Mali puisse aller le plus loin possible puisque nous étions les premiers clients de cet hôtel. Dieu merci. Les Aigles du Mali sont parvenus à battre le Botswana (2 buts à 1) pour décrocher le ticket du second tour. Au même moment, le Ghana et la Guinée faisaient match nul (Un but partout). Ainsi, le Botswana et la Guinée sont éliminés de la compétition. Le Mali qui n’était pas cité parmi les favoris jouera les quarts de finale contre le Gabon.  La joie fut grande au Stade de Libreville après avoir passé le premier tour, après 2008 au Ghana et 2010 en Angola. Officiels, journalistes, supporters, étaient en grande communion pour célébrer cette victoire.

Pour certains, l’objectif est déjà atteint. Le match contre le Gabon était considéré comme une rencontre à haut risque surtout pour la très forte communauté malienne vivant dans ce pays. Certains ont même préféré rester chez eux pour regarder le match. Malgré le suspens, les Aigles du Mali sont parvenus à gérer cette rencontre capitale en battant le Gabon, après l’épreuve fatidique des tirs au but. Du coup, Alain Giresse, qui avait entraîné les Panthères du Gabon durant quelques années, devient la star de la CAN 2012. C’était un grand défi pour lui de gagner ce match. Tous les journalistes voulaient l’interviewer. Au lendemain de cette défaite gabonaise, toutes les rues de Libreville étaient désertes. Les différentes fêtes programmées en cas de victoire n’auront pas eu lieu. Les supporters gabonais sont rentrés chez eux tranquillement avec le sentiment d’avoir reçu sur la tête un coup de massue.

C’est à la grande surprise que beaucoup de journalistes  voient le Mali se qualifier pour  les demi-finalistes. L’adversaire des Aigles s’appelait les Eléphants de la Côte d’Ivoire considérés comme l’un des grands favoris de cette CAN et comme la bête noire des Aigles. C’est sur le score d’un but à zéro que la Côte d’Ivoire a éliminé le Mali à l’issue d’un match palpitant. Pour Joseph Blatter et Issa Hayatou, ce match a été de loin le meilleur du tournoi. De l’autre côte, le Ghana fut éliminé par la Zambie. Du coup, les Eléphants de la Côte d’Ivoire et les Chipopolos de la Zambie vont jouer la finale. Et la petite finale a vu la victoire des Aigles face au Ghana (2 buts à 0) au stadium de Malabo, en Guinée Equatoriale. Après Yaoundé 72, le Mali retrouve le podium avec la médaille de bronze. C’était la grande joie après cette belle place.

Le Gabon a relevé le défi

Au lendemain de la fin de la CAN, il est bon de faire le bilan. A notre avis, le Gabon et la Guinée Equatoriale ont bel et bien relevé le défi de l’organisation. Malgré quelques retards au niveau des travaux de certaines infrastructures, le Gabon a mis le paquet pour que la CAN puisse se dérouler dans des meilleures conditions possibles. Aucun journaliste ne peut se plaindre s’agissant de leurs conditions de travail : internet haut débit, même s’il y avait un problème de connexion au départ, le déplacement gratuit par avion entre Libreville-France, Malabo et Bata, restauration gratuit (déjeuner et dîner) le jour du match.

Ce qui nous a surtout impressionnés, c’est le dispositif mis en place par le COCAN Gabon  par rapport à la navette. Tous les bus de Libreville avaient été réquisitionnés pour la cause. C’est pourquoi, il y avait toujours de la navette le jour du match.

La CAN 2012 fut aussi le grand rendez-vous de plusieurs personnalités du football mondial notamment le Roi Pelé (le seul joueur qui dispose à son actif de trois Coupes du monde), le Président de la FIFA Joseph Blatter, le Président de l’UEFA, Michel Platini, Kalusha Bwalya, actuel président de la Fédération Zambienne de Football, l’ancien international du Cameroun, Patrick M’Boma… Nous avons eu la chance de rencontrer ce beau monde qui fait la fierté du football.

Cerise sur le gâteau, c’est le comportement des Maliens à cette CAN. Comme disait l’un des responsables de la Fédération Malienne de Football, l’édition 2012 a été la meilleure. “Je suis dans le football il y a plusieurs années et j’ai participé à beaucoup de CAN, mais ce que j’ai vu au Gabon et en Guinée Equatoriale est sans commentaire. Il y avait de l’ambiance d’abord au sein de l’équipe et des autres membres de la délégation. Je pense que le résultat que nous avons aujourd’hui est dû à cela” a-t-il précisé.

Un grand coup de chapeau à la communauté malienne du Gabon à commencer par le président du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur, Habib Sylla, qui n’a ménagé aucun effort pour réserver un accueil chaleureux à la délégation malienne. Grâce à cet homme, certains journalistes (une dizaine) ont été hébergés à l’hôtel gratuitement et dont la facture s’élevait à plusieurs millions de FCFA. Selon lui, le nombre de Maliens vivants au Gabon s’élève à près de 50 000 personnes.

Malheureusement, à notre grande surprise, c’est que le Gabon est, aujourd’hui, en retard en matière d’infrastructures. El Hadj Omar Bongo n’avait pas pensé dans son plan de construire le Gabon, malgré la richesse dont regorge le pays. C’est son fils, Ali Bongo qui est en train de s’investir davantage à travers sa politique “Gabon Emergent” avec de nombreux projets. Comparativement à la Guinée Equatoriale, il n’y a pas match avec le Gabon. Un étranger est toujours impressionné par les chantiers du président Equato-guinéen.

Alou B HAIDARA

 

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.