Que sont-ils devenus : Accusé de corruption il y a 27 ans à la CAN Algérie 1990 : L’ancien arbitre international Drissa Traoré dit Driboss parle !

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Accusé de corruption il y a 27 ans à la CAN Algérie 1990 : L'ancien arbitre international Drissa Traoré dit Driboss parle !
Drissa Traore dit Driboss

L’affaire avait défrayé la chronique en 1990, quand le monde entier apprenait avec stupeur que l’ancien arbitre international, Drissa Traoré  dit Driboss, était impliqué dans un scandale de corruption à la veille du match Sénégal- Zambie. Il était retiré du match et écarté du reste de la compétition, avant d’être suspendu à vie peu après la CAN, sans avoir jamais été entendu. Pire, la Fédération malienne de football, censée le soutenir sans le couvrir, l’avait lâché, lâchement. Abattu, meurtri, indigné, le martyre s’éloigne des stades et des sphères du football et se cache dans un silence de cimetière. Plus d’un quart de siècle après, le condamné se confie à votre hebdo préféré. Drissa Traoré révèle avoir fait les frais du non soutien du Mali à la candidature de Issa Hayatou en 1988 et de la Mafia au sein de la CAF. Driboss est notre héros du jour de la rubrique “Que sont-ils devenus ? “Témoignage pathétique ! Révélations explosives !

Drissa Traoré dit Driboss  est ce jeune arbitre de Sikasso, qui avait été muté dans la moitié des années 1970  à Bamako par Tiécoro Bakayoko. C’était dans le but de suppléer et surtout assurer la relève de l’emblématique Modibo N’Diaye.  L’arbitre international de Bamako était beaucoup sollicité sur le plan international. Venu dans l’arbitrage par un fait du hasard, Driboss avait la particularité d’être un arbitre très propre, soigné et élégant dans sa tenue. Doté d’un calme olympien et d’un sang-froid extraordinaire, il ne forçait pas le métier. Même pour exhiber un carton, il le faisait avec diplomatie.

Driboss faisait partie de l’élite de l’arbitrage africain avec les Alou Badara Sène du Sénégal, le Mauritanien Idrissa Sarr, le Gabonais Jean Fidèle Diramba, le Burkinabé Daouda Ouattara et le Guinéen Karim Camara. Driboss aura la malchance de payer cash le “Non” du Mali à  Issa Hayatou lors de l’élection de la Confédération africaine de Football (CAF) en 1988.

Nous le revoyons encore la même année à  la CAN jouée au Maroc, en train de dire au Camerounais Roger Milla qu’il est le seul maître du terrain et qu’il maîtrise la situation. En effet, le Cameroun  menait par un but à zéro, face à l’Egypte qui s’approchait de l’égalisation. Donc Roger Milla attirait son attention sur la fin du match qui sonnait déjà dans les chronomètres.

Quand nous avons pris la décision de le rencontrer dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”, nous n’étions pas sûrs d’avoir un avis favorable  de sa part. Depuis la CAN de 1990, l’homme est sous le coup d’une radiation  de la CAF de ses effectifs d’arbitres. Dès lors, il s’est mué dans un silence de carpe. Il ne parle pas et on ne le rencontre nulle part où on parle football ou arbitrage. Bref, Drissa Traoré dit Driboss s’est effacé. Comment l’atteindre ? Nous sommes passés par une de ses relations, pour lui expliquer le bien fondé de notre démarche à son égard. C’est-à-dire savoir ce qu’il est devenu 27 ans après ce scandale, avoir sa version des faits sur cette affaire de corruption dont il a été accusé  en 1990  lors de la CAN jouée en Algérie. Notre stratégie a marché, l’ancien arbitre  international a donné son accord et nous l’avons rencontré au Badialan I, au bureau  de cet autre monument de l’arbitrage malien, Dramane Danté.  L’homme, âgé de 70 ans, n’a rien perdu du calme qui le caractérisait.

 Accusé de corruption il y a 27 ans à la CAN Algérie 1990 : L'ancien arbitre international Drissa Traoré dit Driboss parle !
Driboss avec ses collègues à la coupe du monde de Mexique 86

Du basket au football

Drissa Traoré dit Driboss,  encore très jeune, jouait au basketball dans sa région natale, Sikasso. Il se rappelle qu’un jour, la ligue, butée à un problème d’arbitre, lui  a fait appel pour officier un match de football. Tout s’est bien passé et la ligue de Sikasso n’a cessé de le solliciter  pour ses activités. L’honneur créait en lui l’envie d’abandonner le basketball au profit de l’arbitrage du football. Selon Driboss, tout est parti de là.

Nous sommes en 1968 quand il embrasse totalement la carrière d’arbitre, avec le grade “élève”. Devenu deux ans après arbitre de District, la Fédération malienne de football l’invite à Bamako pour diriger un derby qui a opposé le Djoliba à l’As Réal de Bamako. Il sautera  les autres étapes pour devenir arbitre international  en 1975 (une exception au Mali). C’est le début d’un long périple sur les continents africain et européen. Avec l’âge, il ne se rappelle pas du nombre de matches qu’il a officiés à l’extérieur en compagnie des Modibo N’Diaye, Sidi Bekaye Magassa et autres.

Driboss a participé à six Coupes d’Afrique des Nations (1980 -1982-1984-1986-1988-1990 ) , une coupe du monde, celle de Mexique en 1986, une autre  des juniors que la Russie a abritée en 1985.  C’est en 1990 qu’il quitta définitivement l’arbitrage. Comment ?

Et le monde s’écroule sur Driboss !

Au même moment où notre ministre des Sports, feu Bakary Traoré, a été informé que son compatriote Drissa Traoré était pressenti pour officier la finale, une mauvaise nouvelle tombe: l’arbitre malien Driboss est soupçonné  de corruption. Il sera remplacé dans le match qui devrait opposer le Sénégal à la Zambie. Accuser un arbitre de corruption constituait un gros scandale.

Comment les choses se sont-elles passées ? L’ancien arbitre se souvient : “J’ai un parent originaire de Kignan, dans la région de Sikasso qui réside au Sénégal. Il était à la CAN. C’est lui qui est venu me voir à l’hôtel et nous nous sommes installés à la réception pour causer. Entre temps, l’arbitre égyptien qui m’a dénoncé est descendu avec le thé pour nous servir. Je lui ai présenté mon parent. Mais avant, celui-ci m’avait remis un billet de 500 Francs Français que j’ai tout de suite déposé sur la table. Après un bout de temps d’entretien  où nous avons évoqué les souvenirs du pays, Sidiki est parti. Au moment de quitter l’hôtel, on le bloque à la sortie, et c’est là où je suis revenu pour dire que c’est mon parent et qu’il était venu me voir. Pour moi, l’incident est clos. Mais le lendemain matin, juste avant de déjeuner, la commission des arbitres sur place m’informe que je ne fais plus partie du trio arbitral qui devrait officier le match du Sénégal. Parce qu’elle a des informations selon lesquelles j’ai été approché par les Sénégalais. J’ai expliqué les circonstances de la visite de mon compatriote et même exhibé l’argent qu’il m’a remis en guise de soutien moral, suite au décès de ma mère à l’avant-veille de la CAN. Exacerbé par ces accusations, je n’ai pas pu retenir mes émotions, et j’ai dit qu’il faut qu’on soit sérieux entre nous. Finalement, les ardeurs se sont calmées, mais je n’ai plus été désigné pour le reste de la CAN. A mon retour, avant même que je ne dévalise mes bagages, la Fédération me dit de rejoindre Koutiala pour former des arbitres stagiaires. C’est de là-bas que feu Karim Doumbia  de l’Ortm m’informe qu’une dépêche de la CAF est tombée et que je suis suspendu à vie. Les jeunes arbitres n’ont pas pu comprendre que  tout le monde, et même RFI parlent d’un scandale me concernant, et que je continue à les former comme si de rien n’était. Je les ai rassurés que je ne me reproche rien, en plus ce n’était pas la fin du monde”.

La carrière de notre compatriote vient de prendre un sérieux coup. Mais un détail : après l’avoir écouté, nous déduisons que l’ancien arbitre international a été fidèle dans sa version des faits. C’est exactement ce qu’il avait dit en son temps dans le quotidien national, L’Essor. Dans cet article, le doyen Gaoussou Drabo avait conclu à une cabale contre notre compatriote.

A peine Driboss  termine-t-il le récit, qu’un autre ancien arbitre international, Seydou Traoré dit le fils, rentre. Il l’informe de l’objet de notre  visite. Il n’en fallait pas plus pour déclencher sa colère par rapport à l’égocentrisme, la méchanceté dont Driboss a été victime de la part des dirigeants sans scrupule au niveau de la CAF. Le fils est convaincu que notre compatriote ne méritait pas un tel sort.

Mais quelle a été la réaction de la Fédération, à l’époque dirigée par Ousmane Diarra dit Ba Ousmane ?  Driboss dit qu’il a été effectivement convoqué par le bureau fédéral, au cours d’une de ses réunions. En rejoignant Bamako, son véhicule est tombé en panne. Il a informé la Fédération, ainsi que le secrétaire général de la ligue de Sikasso, Yacouba Koné, de la panne technique dont il a été victime. Mais la Fédération a conclu qu’il a  employé la mauvaise volonté pour  répondre à sa convocation et séance tenante elle a entériné la décision de la CAF. L’ancien arbitre international dit ne pas comprendre cette attitude de la Fédération. Parce qu’à son avis, entre Maliens, nous devrions nous soutenir. Rien n’empêchait la Fédération de l’écouter, pour ensuite  faire appel, surtout que lui, Driboss, détenait des preuves qu’il n’a pas été corrompu. Mieux, le ministre sénégalais des Sports a mis au défi sur les antennes de la Radio France Internationale (RFI) la CAF de démontrer les preuves de l’acte répréhensible dont son pays se serait rendu coupable. Il a même demandé à ce que l’organisation de la CAN de 1992 soit retirée au  Sénégal, au cas où l’accusation serait fondée. Les dirigeants de la CAF ont balayé du revers de la main cette intervention du ministre sénégalais et ont décidé de le radier.  A l’époque, le ministre des Sports, feu Bakary Traoré, et le président Moussa Traoré, ont demandé à la Fédération malienne de football de tout faire pour élucider cette affaire. Malheureusement, le régime qui était aux abois de la lutte démocratique, a chuté.

Le ” Non ” du Mali à Issa Hayatou !

Mais, qu’est ce qui pouvait expliquer une telle rapidité pour les prises de décision ? Driboss dit qu’avant son départ pour la CAN, des informations selon lesquelles il était dans le collimateur de la CAF circulaient. Mais le président de la commission des arbitres,  feu Mady Fofana, ne lui avait rien dit. Sinon, il n’allait pas participer à la CAN. L’ancien arbitre international est formel qu’il a payé le “Non” du Mali à Issa Hayatou lors des élections de la CAF en 1988. Parce que son concurrent, le Togolais Godfry  Ekoué,  est venu battre campagne au Mali et a sollicité le soutien de notre pays. Le président Moussa Traoré a donné des consignes fermes. Le jour de l’élection, avant de rentrer dans la salle pour le deuxième tour, les partisans d’Issa Hayatou distribuaient de l’argent aux différentes délégations. Mais les Maliens et les Sénégalais ont décliné l’offre. Parce qu’ils étaient dans une logique de sous-région. Et c’est là où Driboss a dit à qui voulait l’entendre, que les dirigeants de la CAF ne pouvaient plus accuser les arbitres de corruption, dès l’instant qu’eux même acceptaient d’être corrompus. Ses propos ont été rapportés à Issa après les élections. Au cours de la même assemblée, trois Maliens prétendaient à la CAF. Lui Driboss était au courant d’une seule candidature qu’il a soutenue, en exploitant ses relations avec Alou Badara Sène du Sénégal qui avait aussi un candidat pour son pays. Donc, la solidarité réciproque a réussi, surtout que Badara Sène avait une grande influence. Les deux candidats sont rentrés dans la CAF. A en croire l’ancien arbitre international, son soutien à l’heureux gagnant  au détriment des autres lui a coûté cher au moment où la Fédération pouvait le soutenir en faisant appel de la décision de la CAF. Avec le recul, il s’est résigné et en bon musulman, il s’en est remis à la volonté divine. C’est ce qui explique d’ailleurs son silence.  Certes, l’accusation qui a entrainé sa radiation  est très grave, mais pour lui cela a été parce que le bon  Dieu l’a voulu.

Convaincu qu’il a été victime de la mafia au sein de la CAF, il  ne se reproche rien et surtout qu’avant son départ pour cette CAN, il avait dit  à son collègue arbitre, Sidi Bekaye Magassa,  qu’après la compétition il prendrait sa retraite pour se reposer.

Quelques années après, il prend aussi sa retraite au niveau de la Fonction publique et dès lors, il aide son beau-frère Dramane Danté dans l’administration de son entreprise.

Il se dit comblé du fait que l’arbitrage lui a tout donné, en plus des relations. Mais ce qui le réconforte davantage est le soutien, le respect et la considération des arbitres maliens. Les Modibo N’Diaye, Sidi Bekaye Magassa, Moussa Kanouté, Seydou Traoré “le fils”,  Koman Coulibaly et autres  ne ménagent aucun effort pour lui remonter le moral avec des gestes, surtout quand il était malade, hospitalisé à l’hôpital Mère-Enfant “Luxembourg”.

Tiécoro et les finales de 1975 et 1978

Nous avons été totalement tétanisés par l’émotion quand Driboss parlait de sa situation et nous avons failli abandonner, avant de nous ressaisir pour aborder avec notre héros les bons et mauvais souvenirs, et bien sûr les anecdotes. Mais le doyen Drissa, qui n’a rien perdu du sang froid qui le caractérisait, a tenu à nous conseiller qu’on ne peut rien contre la volonté de Dieu, et de prendre les choses avec philosophie.

Comme bons souvenirs, le vieux Drissa Traoré évoque deux finales de coupe du Mali. Celle de 1975 jouée en deux éditions entre le Djoliba et le Stade malien de Bamako. A la veille de la finale, quand il s’apprêtait à rejoindre Bamako, le secrétaire général de la ligue de Sikasso lui dit de se méfier d’un certain Tiécoro Bagayoko, un homme puissant et très influent du régime. Il a posé la question de savoir s’il s’agit de politique ou de football. Effectivement, le jour du match, quand il s’habillait dans les vestiaires, Tiécoro est venu saluer le trio arbitral et voulait rester avec eux. Mais, il lui a dit gentiment qu’il reçoit les joueurs et non les dirigeants. L’ex dignitaire n’a rien dit et il est sorti. Au moment de monter pour le match, il a donné les consignes par rapport aux composantes de la feuille de match. Tiécoro Bagayoko se sentant visé n’a pas mordu à l’appât. Il s’en va s’installer dans la loge officielle. Le Djoliba  s’est imposé par le minimum d’un but à zéro. A la fin du  match, Tiécoro est venu le féliciter pour avoir appliqué la loi. Mieux, il assura le carburant pour son retour à Sikasso. Deux jours après, le gouverneur l’a convoqué et en présence du directeur régional des Transports, il lui intime de lui délivrer dans les heures qui suivent un permis de conduire. Et cela sur instruction de  Tiécoro Bagayoko. Ce geste de l’ex dignitaire du Cmln  l’a beaucoup marqué, c’est pourquoi il ne l’a pas oublié.

Driboss se rappelle encore de cette finale de 1978, baptisée celle de la vérité. C’est-à-dire, on voudrait savoir si la suprématie du Djoliba était liée à  la puissance et à la présence  de Tiécoro, qui avait été arrêté en début d’année. Ce derby s’est joué en deux éditions et les Rouges de Bamako remporteront la coupe par le score de deux buts à un. Une façon de dire que la puissance et la suprématie du  Djoliba n’étaient liée à personne.

La seule décision de suspension à vie des effectifs de la CAF suffit pour meubler le chapitre des mauvais souvenirs. L’ancien arbitre international est aujourd’hui soucieux de l’avenir et du devenir de l’arbitrage malien. C’est pourquoi, il ne cesse de dire à ses cadets de tout faire pour maintenir le cap du leadership sur le plan continental. Comme cela a toujours été le cas  depuis les temps des Modibo N’Diaye.

Convaincu que la vie est une scène de théâtre où chacun joue son rôle et disparait, l’ancien arbitre international, Drissa Traoré dit Driboss, demeure un homme qui sait se défaire des situations difficiles.

O. Roger Sissoko

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