Que sont-ils devenus ? Mamadou Coulibaly : De Mopti Ă  Missira, le long parcours de “Kouici” !

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L’homme n’a connu qu’un seul quartier Ă  Bamako : Missira. Et un seul club : le Stade malien de Bamako. Cela traduit sa fidĂ©litĂ©, sa constance dans tout ce qu’il entreprend dans la vie. Nous l’avions perdu de vue depuis sa retraite footballistique au dĂ©but des annĂ©es 1990. Mais ce fut facile pour nous de retrouver facilement dans le quartier populaire de Missira, Mamadou Coulibaly, cet ancien arrière latĂ©ral droit des Blancs de Bamako et des Aigles du Mali des annĂ©es 1980. SurnommĂ© Kouici, du nom de cet autre dĂ©fenseur central algĂ©rien de la mĂŞme Ă©poque, notre hĂ©ros du jour est le fruit de la pĂ©pinière du Stade malien de la mi-1970, mais surtout de cette gĂ©nĂ©ration forgĂ©e par feu Mamadou KeĂŻta dit Capi, qui a Ă©crit de belles pages de l’histoire du Stade malien de Bamako. Dans ce numĂ©ro de “Que sont-ils devenus ?”, Kouici nous entretient sur sa carrière, sa retraite et ses projets.

Les diffĂ©rents acteurs que nous avons rencontrĂ©s dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus” ont un dĂ©nominateur commun. Tous ont de la peine Ă  situer certains Ă©vĂ©nements dans le temps. Parce qu’ils ont Ă©tĂ© déçus. L’ancien joueur du Stade malien de Bamako et de l’Ă©quipe nationale du Mali, Mamadou Coulibaly dit Kouici est amer sur un fait qu’il n’a pas voulu nous rĂ©vĂ©ler. Ce qui explique d’ailleurs son silence. MalgrĂ© les dĂ©marches des anciens joueurs, Kouici demeure pour le moment dans sa logique de retrait de toutes les activitĂ©s de football.

ArrivĂ© Ă  l’improviste chez l’ancien joueur du Stade malien, nous le portâmes absent. Il Ă©tait Ă  la mosquĂ©e du quartier pour les zikr, nous notifiait Mme Coulibaly qui a aussitĂ´t envoyĂ© un messager pour lui signaler notre prĂ©sence. Kouici ne tarda pas Ă  nous rejoindre sous la pluie, dans son salon oĂą un accueil chaleureux nous a Ă©tĂ© rĂ©servĂ©s.

C’est le mĂŞme joueur que nous avons l’habitude de voir filer sur  le couloir droit du Stade malien de Bamako, pour servir  sur un plateau d’or Seydou Diarra “Platini” ou Mahamadou CissĂ© “Tostao”. Il est lĂ ,  celui  dont il a fallu  une claque de son entraĂ®neur Cheick Diallo, pour qu’il accepte  de sortir, après avoir pris un carton rouge. Ce jour-lĂ , en homme disciplinĂ© vis-Ă -vis des coaches, Kouici n’a pas bronchĂ©. Il  est sorti et est allĂ© directement dans les vestiaires.

Mamadou Coulibaly : De Mopti Ă  Missira, le long parcours de "Kouici" !
Mamadou Coulibaly dit Kouici (G) avec Kabirou Bah lors de la finale de la coupe du Mali

Un destin forgé par Capi

AgĂ© aujourd’hui  de 58  ans, on a de la peine Ă  croire que Mamadou Coulibaly a pris sa retraite depuis un an et demi, après plus de deux dĂ©cennies passĂ©es Ă  la Sonatam (SociĂ©tĂ© nationale des tabacs et allumettes du Mali). Toujours très jeune d’apparence ( il n’a rien perdu de sa vivacitĂ©) soutenue par une santĂ© de fer qui se sent mĂŞme dans sa dĂ©marche. Ce sont d’ailleurs ces atouts juvĂ©niles qui ont poussĂ© l’ancien entraĂ®neur Mamadou KeĂŻta dit Capi Ă  le transformer en latĂ©ral. Il Ă©tait ailier droit virevoltant Ă  ses dĂ©buts au Stade, Ă  la fin des annĂ©es 1970. Le natif de Mopti se rappelle que c’Ă©tait au cours d’un match amical qui a opposĂ© le Stade malien au Hafia Football Club de Conakry. Il Ă©voluait dans le couloir droit. Mais face aux remontĂ©es incessantes de l’arrière latĂ©ral droit guinĂ©en, Capi lui a instruit de bloquer ce dernier Ă  partir de son camp. La stratĂ©gie a marchĂ© et le voici reconverti pour de bon en latĂ©ral moderne. Par la suite, Capi lui dira que l’Ă©quipe ne tirera profit de sa longue course que lorsqu’il vient de loin.

Son passĂ© au Stade malien de Bamako a Ă©tĂ© marquĂ© par l’ambiance dans le groupe, dirigĂ© par feu Lassine Soumaoro. A l’Ă©poque, dans les annĂ©es 1980, après le dĂ©part de Capi, il y avait un dĂ©tail que les dirigeants et les supporters ignoraient. L’entraĂ®neur du Stade Ă©tait figuratif. Autrement dit, une fois dans les vestiaires, chacun prenait un maillot et sortait pour les sĂ©ances de rĂ©chauffement. Le coach se contentait seulement de dire de bien jouer.

Patriotisme hier, argent aujourd’hui !

NĂ© le 12 dĂ©cembre 1959 Ă  Mopti, Mamadou Coulibaly a commencĂ© Ă  jouer au football dans les quartiers de la Venise malienne. MĂŞme s’il avait muri le dĂ©sir de jouer au Bani de Mopti, il n’y parviendra pas. A l’âge de 13 ans, il arrive Ă  Bamako et intègre la catĂ©gorie de jeunes du Stade. Il gravit tous les Ă©chelons et sera vite repĂ©rĂ© par l’entraĂ®neur de l’Ă©poque, feu Bakoroba TourĂ© dit Bako. Celui-ci porta son choix sur quelques juniors du club, et il faisait partie du lot. Leur intĂ©gration sera facile grâce à  l’encadrement des aĂ®nĂ©s en l’occurrence Ibrahim BerthĂ© dit M’BappĂ©, Modibo Doumbia dit Modibo 10.  Depuis, il n’a plus quittĂ© l’effectif du Stade malien jusqu’Ă  sa retraite en 1992. Pourtant, il avait encore de la vivacitĂ© pour continuer. Seulement il fallait arrĂŞter, parce que son emploi du temps au service ne lui permettait pas de supporter le rythme des efforts Ă  fournir.

Aujourd’hui, l’homme se rappelle de tous ces entraĂ®neurs qui ont contribuĂ© Ă  façonner sa carrière. Il cite feu  Bakoroba TourĂ© dit Bako, feu Mamadou KeĂŻta dit Capi, Mamadou DiakitĂ© dit Doudou et Molobaly Sissoko. Tous ceux-ci, selon lui, ont Ă  un moment donnĂ© de leur carrière portĂ© leur confiance en lui, mĂŞme parfois s’il n’Ă©pousait pas la grande forme.

Comment est venu le sobriquet Kouici ?

Mamadou Coulibaly n’a pas oubliĂ© les circonstances dans lesquelles il a pris ce surnom : “Moustapha  Kouici  Ă©tait un joueur algĂ©rien  des annĂ©es 1980. Il Ă©voluait au poste de dĂ©fenseur central. Ce sont deux coĂ©quipiers du Stade Malien de Bamako, en l’occurrence Ousmane KĂ©koumana dit Bakoko et Bocoum qui m’ont attribuĂ© ce surnom. C’est sur insistance de Bocoum, que tout le monde a fini par me coller ce surnom. Parce qu’ils ont conclu que j’avais les mĂŞmes qualitĂ©s que le joueur AlgĂ©rien. Dès lors mon prĂ©nom principal a disparu, et finalement tout le monde m’appelle par ce sobriquet. Pour la petite histoire, cela a Ă©tĂ© un grand moment d’Ă©motion pour moi, de rencontrer celui dont je porte le nom et de l’entendre dire qu’il tenait Ă  me voir. Nous nous sommes entretenus pendant un bon moment et les mots me manquent pour dĂ©crire cet instant. Cela s’est passĂ© Ă  Bamako lors d’un tournoi international initiĂ© par le prĂ©sident Amadou Toumani TourĂ©”.

Le meilleur souvenir  de Kouici avec le Stade malien date de 1984 en coupe UFOA à Bamako contre un adversaire dont il ne se rappelle plus le nom.

Avec l’Ă©quipe nationale, c’Ă©tait lors de la coupe Cedeao contre la GuinĂ©e Conakry. Le Mali a gagnĂ© aux tirs aux buts. Certes, il a ratĂ© son penalty, mais Kouici se rappelle avoir fait un grand match.

Cependant, la finale de la coupe Ufoa perdue en 1984 contre le New NigĂ©rian Banks des Stephen Keshi, Henry Sylva Wosou, Edobor Humphrey constitue un très mauvais souvenir pour notre hĂ©ros. Les Blancs se sont inclinĂ©s Ă  Bamako au match aller par 3 buts Ă  2, avec ce fabuleux coup franc des 30 m de Keshi qui secoua les filets du portier Modibo DiakitĂ© dit “Modibo Dialani” (Modibo le maigrelet). A Lagos, les Blancs avaient encore courbĂ© l’Ă©chine (2-0).

Sur un tout autre plan, Mamadou Coulibaly pense que l’Ă©volution du monde Ă  tous les niveaux rend la comparaison difficile entre leur gĂ©nĂ©ration et l’actuelle. Selon lui,  Ă  leur temps, le seul fait d’intĂ©grer une Ă©quipe traduisait l’amour  qu’on avait pour le club. Parce qu’on ne saurait mieux servir un club sans l’aimer. Et tout le reste devait venir après.

A leur Ă©poque, la prime n’Ă©tait pas instaurĂ©e de façon règlementaire. Les joueurs recevaient des encouragements de la part des dirigeants et des supporters. En plus, on leur payait rĂ©gulièrement des motos.

En Ă©quipe nationale, la prime de voyage Ă©tait de  10 000 Fcfa. Aujourd’hui, la seule sĂ©lection Ă  l’Ă©quipe nationale vaut 500 000 Fcfa. Comment on pourrait faire un parallèle entre les deux temps. “Si nous avions bĂ©nĂ©ficiĂ© des mĂŞmes traitements que nos cadets et nos enfants d’aujourd’hui, nous aurions Ă©crit une belle page de l’histoire du football malien”, regrette Kouici.

Dans sa retraite, l’ancien joueur du Stade et de l’Ă©quipe nationale reconnait que le football lui a tout donnĂ©. Certes, il n’est pas ce pacha, mais avec sa pension et les relations que le football lui a crĂ©Ă©es, il parvient Ă  entretenir sa famille.

Son agenda de vieux retraité ?

La mosquĂ©e, le grin et les sĂ©ances d’entraĂ®nement au champ hippique, situĂ© Ă  quelques mètres de son domicile. Son silence et son Ă©loignement des milieux footballistiques ne l’empĂŞchent  pas aujourd’hui de mĂ»rir un noble projet, celui de crĂ©er un centre de football pour former des jeunes.

ORoger Sissoko

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3 COMMENTAIRES

  1. Merci Roger SISSOKO. Belle idĂ©e d’aller voir nos anciennes gloires . Cela devrait en ĂŞtre pour d’autres journalistes dans d’autres domaines (musique-cinĂ©ma-art dramatique…).Pourquoi ne pas aller aussi Ă  la rencontre de ces hommes et femmes qui ont Ă©tĂ© des acteurs de ces biennales artistiques et culturelles du Mali?

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