Que sont ils devenus ? Voyage dans l’univers du “pionnier” de la presse sportive

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S Drabo, G Drabo , Soumeylou B Maiga, M Kouyaté (G-D)

“Une fois n’est pas coutume !”, dit-on. Nous le saurons au bout de ce raisonnement.  En effet, beaucoup de nostalgiques auront sans doute la chair de poule, pour ne pas dire les larmes aux yeux en parcourant ces lignes, tant notre héros du jour avait créé et établi un véritable engouement, de sa “naissance” à la fin des années 1970 à son “apogée” durant la décennie 1980, tout comme il a fait moult orphelins à son “déclin” au milieu des derniers instants du millénaire passé. Il s’agit de (feu) Podium. Oui, cet ex hebdomadaire sportif de l’Agence malienne de presse et de publicité (Amap), jadis extrêmement choyé du monde sportif malien pour son très prisé Poster.

L’évocation du seul nom de Podium nous plonge dans les méandres de l’histoire du football malien, couché sur papier à l’époque par des sommités de la presse écrite, à l’image des frères Drabo (Gaoussou et Souleymane), Papa Moutaph Koïté, Mamadou Kouyaté ” Jagger “, Ousmane Maïga dit Pelé et Mamadou Diarra dit ” Mad’Diarra “, Soumeylou Boubeye Maïga. Que dire aussi de ces emblématiques photographes qui donnaient du sens aux écrits des reporters et une vie aux images floquées sur Poster, qu’on retrouvait épinglés, collés ou scotchés dans les ateliers de travail, les chambres des jeunes, les marchés, les bureaux, les salles de spectacle, sur les murs des stades et les voitures, etc.

Podium avait donné une certaine notoriété au sport malien dont il a assuré la promotion et contribué au développement durant sa courte existence. Il a suscité un engouement autour du sport national chez ces millions de Maliens vivant à l’intérieur du pays, donc loin du mythique stade omnisports  qui abritait les 90% des compétitions, toutes disciplines confondues. Bref, le canard a donné du sens à la vie à beaucoup de Maliens.

Faire revivre à nos lecteurs ces intenses moments d’émotion (comme s’ils tenaient un des numéros de Podium entre leurs mains) et éveiller en eux ces merveilleux souvenirs de la belle épopée du sport malien (le beau jeu d’antan sans trophée valait mille fois mieux que le plat haché que nous offrent aujourd’hui nos footballeurs et nos basketteurs par exemple), tels soucis nous guidèrent dans notre choix de Podium comme héros de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”. Pour vous servir, nous sommes allés à la rencontre des animateurs vivants de l’ex hebdo. Narration, témoignage, photos-archives, tout y passe !  Tout en nous inclinant sur la mémoire des acteurs qui ne sont plus parmi nous, comme les photographes Boubacar Sidibé “Mezy” et Mamadou Traoré dit Madou Pompier et le reporter Moutaph Koïté.

Prologue

Quand nous étions encore sur les bancs d’écolier, entre 1978 et 1984, nos ainés ne pouvaient pas se rendre compte du sort que nous réservions à leurs anciens cahiers qu’ils nous remettaient pour notre initiation à la classe supérieure.  En effet, ces anciens cahiers nous servaient d’albums de photos découpées sur les pages d’un journal qui suscitait un engouement particulier. Ce journal s’appelait Podium. Notre génération a grandi avec lui, au fur et à mesure qu’il asseyait sa popularité. C’est sur le tard que nous avons compris que Podium avait une autre importance que les photos que nous découpions pour orner les anciens cahiers. A l’époque, nous ignorions que nous allions regretter de n’avoir pas archivé le journal au fil de ses parutions, au lieu d’en faire des coupures d’embellissement. Circonstance atténuante et fait du destin : nous ne pouvions imaginer ou prédire que Podium allait disparaître, et qu’un jour, nous serons là en tant que reporter pour parler du journal, et chercher à savoir les causes de la “mort” de notre héros. Aujourd’hui, nous avons décidé de remonter l’histoire de Podium, parce que nous sommes convaincus que nombreux sont ces jeunes/adultes et vieux, adeptes du ballon rond des années 1980, qui ne respiraient et ne s’orientaient par que  les parutions de “Podium”, surtout à un moment où l’espace médiatique ne brillait que par le Quotidien national L’Essor, la presse périodique de l’Amap, la Rtm (ancêtre de l’Ortm) et les journaux et radios étrangers.

Les Maliens, amoureux du sport en général et du football en particulier, n’avaient d’autres d’informations, sur leur sport favori, que le journal Podium qui relayait du reste l’actualité de toutes les disciplines sportives. Les parutions de l’organe d’information sportive du groupe Amap étaient attendues avec intérêt et impatience tant pour la qualité du contenu que par l’engouement que le journal suscitait. Et “Podium”,  en plus d’enrichir la lecture de l’opinion, a contribué à valoriser de nombreux footballeurs de talents qui ont fait les beaux jours des grands clubs de la capitale de l’époque (Djoliba, Réal, Stade) et des sélections nationales.

Qui de la génération des années 1970-1980-1990 ne garde pas à l’esprit les posters expressifs des actions d’éclat ou des footballeurs les plus talentueux qui ont brillé dans nos stades ? Ou encore qui peut oublier les titres ou les articles  attractifs qui relayaient les événements sportifs de la semaine ou du mois ? Certainement personne, tant le simple souvenir de cet organe animé de mains de maîtres par une équipe de choc amenée par Gaoussou Drabo est encore vivace.

Une équipe commando !

La formule actuelle du quotidien national, L’Essor, tend à combler certes les besoins dans le traitement de l’information sportive. Mais à coup sûr, reconnaissons que rien ne pourra égaler l’engouement et la qualité du traitement jadis fait par Podium de l’activité sportive. Aucun journal sportif n’a pu faire mieux que Podium, dont la disparition a été un coup dur pour ses milliers de lecteurs, aujourd’hui nostalgiques.

Mais, comme l’a dit Souleymane Drabo, l’un des premiers reporters du journal, Podium répondait à un besoin de l’histoire du pays. Parce qu’il y avait peu de titres sur le sport. C’est-à-dire qu’il n’y avait pas de défouloir pour le public. Donc, Podium a essayé de répondre aux attentes du peuple. Ce qui fera dire à notre interlocuteur qu’au début, le travail était fatigant, parce que la rédaction travaillait sans relâche. Mais la passion du métier, l’envie de jeunes journalistes et photographes de donner une vie au nouveau bébé, finiront par prendre le dessus sur les obstacles. Surtout qu’à un moment donné, se rappelle-t-il, une grande personnalité du Cmln (nous devinons que c’est Tiécoro Bagayoko, alors directeur de la Sûreté nationale) avait tenté de museler le journal, pour mieux cadrer les journalistes et leurs lignes éditoriales.

A l’époque, précise Gaoussou Drabo, il a fallu tout le courage de feu Cheick Kouyaté pour que  Podium puisse travailler dans la sérénité.

L’histoire de Podium est intimement liée à la maestria de quatre personnes  Gaoussou Drabo, Souleymane Drabo, Mamadou Kouyaté dit Jagger, Mamadou Diarra. Il fallait les rencontrer pour comprendre que la réussite du journal n’était pas un fait du hasard. Parce que leur collaboration était teintée de  sincérité réciproque. La preuve, quand nous les  avons démarchés,  chacun d’eux nous a conseillé de rencontrer les autres, pour donner plus de clarté à notre enquête. A ceux-ci, il faut ajouter Soumeylou Boubeye Maïga (actuel secrétaire général de la Présidence de la République), Ousmane Maïga dit Pelé,  feu Papa Moustaph Koïté, et les photographes feus Issa Konaté, Boubacar Sidibé  “Mezy” et Mamadou Traoré, ainsi que Tiécoura Sangaré. Alors, l’on devine aisément que la célébrité de Podium se résumait à la  qualité exceptionnelle des plumes qui l’animaient, et à  la pertinence des analyses qui étaient d’ailleurs sans état d’âme. Ce qui provoquait d’ailleurs l’irritation chez certains dirigeants qui pensaient être visés or c’était tout à fait le contraire, selon ses animateurs. Ils finiront par comprendre. C’est dire que tout l’environnement n’était pas idéal pour la confection de Podium, mais il fallait le maintenir. Ce qui nous rappelle cette citation du philosophe : “Mon rôle n’est pas de plaire ou de déplaire, mais il est de remuer le couteau dans la plaie”.

Un bébé avec des dents !

Mais comment le journal est créé et quelles en étaient les motivations ? En réponse à cette question, le ministre Gaoussou Drabo nous dira que Podium est né en 1977, pour remplacer le supplément sportif et culturel qu’on encartait dans le quotidien national L’Essor. Parce qu’à l’époque, avec le régime du Comité militaire de libération nationale, l’espace pour parler sport et culture était insuffisant. Donc, les expériences acquises avec ce supplément permettaient de tenter une autre aventure avec un autre journal hebdomadaire qui aura plus d’espace.

Selon Gaoussou Drabo, au début, Podium était animé par Mad’ Diarra, Jagger et Boubèye. Par la suite, l’effectif s’est élargi à sept (7) journalistes. Une façon de donner plus de qualité au journal, avec des analyses sur l’actualité et l’éditorial “Au rebond”.

Voilà comment Podium est devenu  le seul  support  sportif pour les Maliens, qui paraissait tous les mercredis  pour relater les matches du weekend passé, et donner le programme de la semaine.

Dès sa naissance,  Podium a créé un engouement à Bamako et à l’intérieur  du pays où il était distribué dans les confins du pays par les correspondants régionaux du quotidien national L’Essor, le plus souvent animateurs de jeunesse. Chaque discipline avait un spécialiste, de telle sorte que les reportages étaient bien organisés pour une animation sans faille du journal. Soumeylou Boubèye  Maïga, Mamadou Kouyaté dit Jagger et Ousmane Maïga dit Pelé s’occupaient du basket-ball; Pierre Diakité contribuait pour la boxe ; l’athlétisme et les biennales  étaient l’affaire de Papa Moutaph Koïté ; Mad’Diarra et les frères Drabo décortiquaient le football. Mais il arrivait que les uns et les autres se secondent pour sauver une pénurie, précisent nos interlocuteurs.

Libo, Fousseyni et Tiécoro…

La vie de Podium est jonchée d’anecdotes et tous ceux que nous avons rencontrés en ont vécus. Pour le doyen Gaoussou Drabo, il se rappelle qu’un jour, Mamadou Diarra dit Libo, à l’époque entraîneur de l’As Biton de Ségou, est venu le voir parce qu’il n’a pas apprécié un article de son homonyme Mamadou Diarra. Celui-ci écrivait que le coach ségovien commettait un gâchis en confiant à Vital Ky des options défensives, alors qu’il a des qualités techniques exceptionnelles.

Exacerbé par cette analyse, Libo s’en est plaint au doyen Gaoussou Drabo. Selon le “plaignant”, on pouvait trouver un autre terme que gâchis, un mot, à son avis, trop fort et mettait en évidence sa carence. Sur cette affaire, Mad’ Diarra  nous dira que son patron n’a ménagé aucun effort pour le protéger. Parce que Libo Diarra était finalement revenu à de meilleurs sentiments.

Autre anecdote contée par le doyen Gaoussou, c’est la tentative d’agression  du président du Stade malien de Bamako, Fousseyni Diarra, qui, lui aussi, n’était pas du même avis que les frères Drabo sur un article qui, à son avis, parlait mal de son club. Une fois face aux journalistes, Fousseyni sera désarmé par une force étrangère plus puissante que sa volonté. Humble, le furieux s’adresse aux Drabo en ces termes : “Suite à votre article sur mon équipe, j’étais venu pour vous agresser. Mais vous êtes tellement polis que je me réserve de vous faire du mal”. C’est ça aussi la vie en commun et celle de la profession de journaliste.

Son frère Souleymane Drabo se rappelle encore de ce match qui a opposé en 1977, à Bamako, les Aigles du Mali aux Eléphants de Côte d’Ivoire lors des éliminatoires de la CAN de 1978. Ce jour-là, Tiécoro  Bagayoko a houspillé les officiels ivoiriens qui n’attendaient que le match retour pour prendre leur revanche. Pour qui connait nos voisins, ils ne se sont pas laissé faire. Comment ? Souleymane Drabo revient sur le  calvaire de l’équipe de reportage de Podium. Une anecdote à ne pas oublier : “Ce jour-là, notre souffrance a commencé depuis l’aéroport, où nous avons marché 10 kilomètres pour atteindre la ville.  Et des consignes fermes avaient été données pour qu’on ne soit pas hébergé dans les hôtels. Le jour du match, nous avons fait  le reportage dans des conditions extrêmement difficiles et la liaison avec Bamako sera finalement coupée. Entre temps, les forces de l’ordre avaient arraché au photographe son appareil. Mais j’avais réussi à ôter le cliché pour le mettre dans ma poche. Donc, une fois à Bamako, nous avons exploité les photos. Ce qui  a permis à la Fédération de porter une réserve sur deux joueurs ivoiriens pour fausse identité”.

Passionnant !

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Pour une autre anecdote, “Solo” parle des dix jours qu’il a passés à Yaoundé au Cameroun. C’était uniquement pour pouvoir assister aux deux finales de coupes d’Afrique des clubs champions et des vainqueurs de coupes, où deux équipes du Cameroun devaient jouer, à savoir le Canon de Yaoundé et l’Union de Douala. Aujourd’hui, Podium a disparu, ce qui est dommage. Mais, ce sont les bons souvenirs du journal qui font tenir moralement ses animateurs, à l’image de Mamadou Kouyaté dit Jagger. L’homme dit avoir découvert plusieurs horizons, avec un carnet d’adresses bien fourni.

Son séjour à Podium lui a permis d’apprendre quelques ficelles du métier. Cela constitue des aspects positifs qui lui permettent d’avancer. Sinon son regret est énorme, surtout qu’il a dirigé la rédaction de Podium onze (11) ans durant. A l’époque, les conditions de voyages n’étaient pas aussi meilleures comme on pouvait le penser, dit-il. C’est pourquoi, Mamadou Kouyaté profite d’ailleurs de l’occasion pour remercier tous ces Maliens de l’Extérieur qui les soutenaient lors de leurs différents déplacements.

Mort décrétée !

A l’avènement de la démocratie, le journal Podium a été victime collatérale des événements du 26 mars 1991. Il a connu sa phase  d’hibernation avec la création d’autres journaux (politiques) qui étaient beaucoup plus sollicités, compte tenu du contexte de l’époque. Face à une telle baisse de la cote du journal qui avait tant de notoriété, Gaoussou Drabo, alors directeur de l’Amap, se rappelle avoir pris la lourde responsabilité (et sage décision ?) de décréter la mort de Podium au mois d’avril 1994, juste après la CAN de Tunis. Parce que, selon lui, le journal Podium pouvait  résister et avoir plus d’engouement si le football malien se hissait aussi au plan international.  Tel n’était pas le cas. Voici un autre facteur qui  a beaucoup influé sur l’hibernation du journal.  Et pour ne pas jeter l’enfant avec l’eau du bain, de commun accord avec tous les autres, Gaoussou a décidé de muscler la page sport du quotidien national L’Essor, avec un contenu plus varié.

Certes, en rencontrant les animateurs du journal Podium, ils ont la particularité de convaincre sur toutes les péripéties qui ont conduit à la disparition du journal. C’est-à-dire le manque d’engouement, la crise de personnel, la prolifération des organes de presse. Mais au-delà, le retour à une sorte de supplément sportif en page centrale de L’Essor (même en couleurs) pouvait-il remplacer tout un journal comme Podium ? Mais, pouvaient-ils sauver Podium ?

Podium a fait son temps, autre temps autre réalité !

Dossier réalisé par  O. Roger Sissoko

 

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6 COMMENTAIRES

  1. Un pays en guerre ne vent pas😢pardon ne detruient pas ses missiles. Ou sont nos missiles russe? En France. Elles ne sont pas détruites. Dans les armurerie de la France.

  2. je garde en memoire le poster de Amadou Samaké lors de son bapteme de feu contre le Djoliba. Il avait marqué d’une talonnade.

  3. “A l’époque, nous ignorions que nous allions regretter de n’avoir pas archivé le journal au fil de ses parutions, au lieu d’en faire des coupures d’embellissement. Circonstance atténuante et fait du destin : nous ne pouvions imaginer ou prédire que Podium allait disparaître, et qu’un jour, nous serons là en tant que reporter pour parler du journal, et chercher à savoir les causes de la “mort” de notre héros” Et oui Mr. Sissoko vraiment dommage.

    “Qui de la génération des années 1970-1980-1990 ne garde pas à l’esprit les posters expressifs des actions d’éclat ou des footballeurs les plus talentueux qui ont brillé dans nos stades ? Mon cher Pkagame aura un petit sourire en lisant ce passage. Lui qui attendait avec impatience que le grand frère finisse de lire le dit journal pour en faire sien.
    Merci encore M. Sissoko !

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