Football : la Fifa blanchit Infantino, mais ne dissipe pas les doutes

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Football : la Fifa blanchit Infantino, mais ne dissipe pas les doutes
Gianni Infantino, élu depuis février 2016 à la tête de la Fifa, a été dédouané de ses accusations par la commission d'éthique. © Matt Dunham/AP/SIPA

DĂ©douanĂ© par la commission d’Ă©thique, qui a abandonnĂ© l’enquĂŞte le concernant, le prĂ©sident du foot mondial n’en demeure pas moins sous le feu des soupçons.

Le dossier Fifa agite l’actualitĂ© depuis de nombreux mois, et le vaste coup de balai opĂ©rĂ© depuis n’a pas encore remis totalement de l’ordre au sein de l’instance. Dernier soubresaut en date, ce vendredi, avec l’annonce de la fin des investigations concernant son nouveau prĂ©sident, l’Italo-Suisse Gianni Infantino, Ă  qui il Ă©tait reprochĂ© d’avoir violĂ© le code Ă©thique de l’instance.

« Après enquĂŞte prĂ©liminaire et formelle, la chambre d’investigation de la commission d’Ă©thique indĂ©pendante a dĂ©cidĂ© de terminer ses investigations concernant le prĂ©sident de la Fifa Gianni Infantino », annonce la Fifa dans un communiquĂ©. En d’autres termes, l’enquĂŞte le concernant ne fera pas l’objet d’investigations plus approfondies, Ă  l’heure oĂą la Fifa essaye pourtant, tant bien que mal, de restaurer une image dĂ©vastĂ©e par des mois d’enquĂŞte ayant dĂ©bouchĂ© sur des condamnations ainsi que sur la mise Ă  l’Ă©cart de la plupart de ses dirigeants historiques.

Salaire et vols d’avion

Concrètement, qu’Ă©tait-il reprochĂ© Ă  Gianni Infantino, ciblĂ© alors qu’il n’est intronisĂ© que depuis le 26 fĂ©vrier Ă  la tĂŞte de la Fifa ? Tout d’abord, des voyages en avion qui montreraient un mĂ©lange des genres entre dĂ©penses liĂ©es Ă  son poste et dĂ©penses personnelles. Ces soupçons avaient dĂ©clenchĂ© sa surveillance pour « manquements dans ses responsabilitĂ©s financières en lien avec ses fonctions ». « Aucune situation significative de conflit d’intĂ©rĂŞts concernant la position de M. Infantino Ă  la Fifa n’a Ă©tĂ© identifiĂ©e », dit le communiquĂ© de ce vendredi, prĂ©cisant que « les avantages dont a profitĂ© M. Infantino n’Ă©taient pas considĂ©rĂ©s comme non conformes ».

Mais ce volet dĂ©penses et comptabilitĂ© pourrait n’ĂŞtre que la partie Ă©mergĂ©e de l’iceberg. Le vrai nĹ“ud du problème s’Ă©tant jouĂ© autour des 13 et 14 mai 2016, lors du 66e congrès de l’instance Ă  Mexico. Un congrès placĂ© sous le signe du renouveau pour la Fifa, et que le dirigeant avait dĂ©butĂ© devant les reprĂ©sentants des 207 fĂ©dĂ©rations en estimant que « la crise [Ă©tait] terminĂ©e » Ă  la Fifa.

LĂ  oĂą ça se corse vraiment pour Infantino, c’est au sujet de son « refus de signer le contrat spĂ©cifiant les conditions de sa relation de travail avec la Fifa », pour reprendre les termes officiels. Et pour cause. D’après les mĂ©dias allemands, qui ont publiĂ© ces informations accompagnĂ©es d’Ă©coutes environ deux semaines après le congrès, Infantino aurait tout simplement tentĂ© de faire supprimer une partie de l’enregistrement de ce conseil, tenu en marge du congrès, et durant lequel la question de son salaire a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e. « Je n’ai pas signĂ© le contrat qui m’a Ă©tĂ© proposĂ© par le prĂ©sident du comitĂ© d’audit et de conformitĂ© (M. Domenico Scala, NDLR). Je n’ai pas acceptĂ© cette proposition. C’Ă©tait une proposition que j’ai trouvĂ©e insultante », aurait-il soutenu aux autres membres, d’après les Ă©coutes publiĂ©es par FAZ. Infantino gagne 1,8 million d’euros annuels, soit presque la moitiĂ© de ce que touchait son prĂ©dĂ©cesseur Sepp Blatter.

Le trop gĂŞnant M. Scala

Autre manĹ“uvre Ă©voquĂ©e lors de ce conseil et liĂ©e Ă  sa zone d’influence, la mise Ă  l’Ă©cart de Domenico Scala. Cet Italien, responsable depuis 2013 du comitĂ© d’audit et de conformitĂ©, Ă©tait aussi en charge du comitĂ© des rĂ©munĂ©rations. C’est lui qui aurait Ă©tĂ© Ă  l’origine de l’abaissement du salaire du prĂ©sident, dĂ©cision prise Ă  la suite du Fifagate, et ce, avant mĂŞme qu’un nouvel homme ne soit Ă©lu. Influent, Scala Ă©tait Ă©galement dans le collimateur d’Infantino pour avoir mis en doute certaines de ses promesses de campagne, et sa capacitĂ© Ă  rĂ©former.

« Nous voyons si c’est possible qu’il dĂ©missionne. S’il ne le fait pas, nous demanderons aux dĂ©lĂ©guĂ©s que cette question soit posĂ©e devant le congrès », aurait lancĂ© Infantino durant ce conseil, et en dĂ©pit du scepticisme de certains autres membres devant l’absence « de documents et de faits ». Et pourtant, le 14 mai, au lendemain du congrès, Scala remettait sa dĂ©mission, prĂ©textant alors son opposition Ă  un amendement concernant « le pouvoir de nommer et de destituer les membres des diffĂ©rentes commissions indĂ©pendantes ». Infantino a-t-il voulu se dĂ©barrasser de Scala ? En tout cas, il risquait 90 jours de suspension si sa demande d’effacement des enregistrements avait Ă©tĂ© avĂ©rĂ©e.

Ces deux pierres dans le jardin du nouveau prĂ©sident de la Fifa n’auront donc pas suffi Ă  ce que la commission d’Ă©thique juge nĂ©cessaire de se pencher plus sĂ©rieusement sur ses agissements. Après avoir Ă©voquĂ© dans un premier temps des « spĂ©culations », ladite commission le dĂ©douane aujourd’hui. Les rĂ©vĂ©lations des Panama Papers, dans lesquelles il avait Ă©tĂ© citĂ© après avoir notamment signĂ© en 2006 et 2007, au nom de l’UEFA, des contrats de diffusion des compĂ©titions europĂ©ennes en AmĂ©rique latine avec une sociĂ©tĂ© off shore aux agissements occultes, ne devraient pas l’aider Ă  restaurer son image et son statut. La Fifa en aurait pourtant bien besoin.

 Publié le 05/08/2016 à 17:59 | Le Point.fr
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