Football Malien : Nécessaire débat permanent

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Confidences on ou off the record, le capitaine des Aigles a mis le doigt sur un furoncle. Ca fait mal. Reste à savoir s’il faut crier son mal ou l’étouffer.

Alassane Souleymane x

Alassane Souleymane x

Le capitaine des Aigles Seydou Keita est allé dans les confidences avec notre confrère Baba Cissouma du journal Match, à en croire l’une des dernières parutions de l’hebdomadaire sportif.  Des confidences évocatrices de son état d’esprit au moment de la conversation avec le directeur de publication du journal Match, suite  à la déconvenue de notre team face  Nigeria en demi finale de la CAN.

Notre confrère et l’emblématique capitaine ont-ils convenu de la gestion du ‘’off the record’’ journalistique ?

En tous les cas nous ne sommes pas dans leur secret mais nous en avons eu un bout.

On retient que Seydou a parlé. Contre ou avec son gré ? Là également  nous avons eu quelques échos que l’ancien barcelonais n’a pas aimé la petite fuite et il l’a dit à notre confrère.

Mais souvent de telles indiscrétions sont constructives car s’il y a bien un paramètre qui gangrène notre sport roi c’est bien le silence permanent des acteurs face aux situations critiques. Un silence trop souvent coupable et surtout nuisible pour la bonne marche du football malien.

Que Seydou s’interroge si les dirigeants maliens (il parle des sportifs) aiment  vraiment leur pays et s’ils ont pitié de lui est plutôt un bon signe pour laisser entrevoir la mise en place d’une plateforme de débat salvateur du football. Je suis de ceux qui pensent que la décennie 2000-2010 aurait pu être une décennie en or pour les Aigles du Mali et le football si la gestion, surtout celle des hommes, n’avait été calamiteuse.

De la CAN 2002 que nous avons organisée à celle de 2010 en Angola, que de péripéties et de déconvenues qui relèvent plus des bêtises des hommes que des facteurs conjoncturels. Le structurel a en réalité pris le dessus sur le conjoncturel. Pendant que la stabilité politique a prévalu dans le pays, celle du football a été très en dents de scie pour ne pas dire cahoteuse. Trois élections de bureaux fédéraux,  trois présidents alors qu’un seul aurait pu couvrir cette période, il y a de quoi démontrer que nous avons navigué en eaux troubles. De 2002 à 2010, nous avons eu deux places de 4è place, raté une CAN et connu deux éliminations au premier tour. Et pourtant ce ne sont pas les joueurs qui ont manqué. La génération dorée du mondial junior ’99 murissait et des talents comme Fréderic Kanouté, Mohamed lamine Sissoko, des valeurs sures comme Soumaila Coulibaly, Bassala Touré, étaient déjà la. Cette belle salade malienne a manqué de bonne mayonnaise. La recette existait, elle était connue mais elle  n’a jamais été choisie. Il s’agit de la gestion démocratique des hommes et des affaires.

Au lieu donc de connaitre l’harmonie, on a connu la division à la fois entre joueurs d’une part et entre   les dirigeants d’autre part.

Le blues du capitaine

C’est pourquoi je dirai au capitaine des Aigles que c’est un devoir pour lui de sortir de la réserve de temps en temps et de la langue de bois. Plutôt qu’une indiscipline c’est œuvre de prise de responsabilité qu’après une campagne comme celle de la CAN, que certaines voix s’élèvent pour se faire entendre. Dans une logique constructive où l’on met en exergue les erreurs d’orientations. Car si l’espace que la presse propose n’est pas utilisé, les autres espaces d’expression et de concertations sont souvent escamotés, occultés ou déviés. On peut facilement éviter une réunion, ou tout au plus éviter lors des réunions les bons sujets.

Il n’est pas évident que le capitaine des Aigles soit invité à un débat à la fédération pour un débriefing ou qu’on lui demande un rapport où il peut dire tout surtout les sujets qui fâchent. Car s’il ya bien une chose que les acteurs du football surtout ceux qui sont souvent amenés à diriger n’aiment pas c’est surtout la critique. Or quand on a à faire à la gestion des fonds publics comme c’est le cas avec l’équipe nationale (primes de joueurs, frais de transports, hébergement, etc.) l’on doit s’attendre à un audit, à une évaluation. Et très souvent dans le milieu sportif, l’évaluation est très vite faite par la presse et le public.

Le capitaine Seydou était visiblement dépité au fond de lui-même, de par l’implication de certains responsables fédéraux dans le travail technique du staff à en croire l’article de notre confrère. Son blues est d’autant compréhensible qu’il a confié avoir prévenu sur certains choix de joueurs face au Nigéria mais il n’a pas été entendu. Visiblement la pression venant hors des vestiaires était très forte. Il semblerait ainsi que l’affectif et le subjectif ont eu raison de l’objectivité et du mérite. Cela nous a rappelé les raisons qui ont prévalu au départ d’Alain Giresse qui n’acceptait pas les conditions proposées par les responsables fédéraux.

Le manque de débat à la fédération malienne de football et de prise de responsabilité face à la gestion des hommes a été toujours important.

Pour revenir à la décennie évoquée plus haut, le point d’orgue des mauvaises décisions qui ont enfoncé notre football reste le changement de capitaine en 2003. Jusqu’à ce jour, personne ne nous a dit pourquoi l’on a changé de capitaine en pleine mer (au beau milieu des éliminatoires de la CAN 2004) alors que le capitaine de l’époque était encore titulaire et au meilleur de sa forme et blanc de toute faute professionnelle. Ce 30 mars 2003 exactement, en match aller, c’est par la radio que le public sportif a appris le changement de capitaine au sein de son équipe nationale. Soumaila Coulibaly laissait le brassard à Djilla. On se souvient d’une furtive analyse d’un observateur du moment qui parlait de devoir de génération pour expliquer ce choix. Mais ceux qui en avaient décidé sont restés muets. La suite on le sait : l’équipe s’est scindée en deux.

On a rarement vu une si rapide succession, improvisée sans prévision des conséquences. On a changé de capitaine en pleine mer (au bord de la mer rouge en plus !) Car ce changement de capitanat venait s’ajouter au climat déjà délétère que suscitaient le binôme Seydou-Djilla, les deux enfants terribles du Centre Salif Keita. Cette décision qui semblait plus émaner du bureau fédéral que de l’entraineur Christian Dalger était le véritable tremblement de terre qui a fini par fissurer notre équipe nationale. Elle n’a jamais retrouvé la sérénité qui s’est dessinée au soir de la CAN 2002. Même si Soumaila Coulibaly a joué le jeu, il est resté dans son coin sans jamais broncher, mais la chose le rongeait. Du coup par affinités, on s’est retrouvé avec le groupe de Djilla et celui du duo Seydou-Soumaila pour ne citer que ces deux tendances.

L’arrivée de ténors comme Momo Sissoko et Frédéric Kanouté devait du coup imposer une redistribution des cartes. Par finir, les deux se sont retrouvés dans le camp de Soumaila-Seydou. Les témoins de la phase finale de Tunis 2004 pourront témoigner de l’atmosphère assez électrique qui a prévalu et qui a abouti à une écrasante défaite congre le Maroc en demi finale.

Les nés au Mali et les nés en France

Les éliminatoires combinés Mondial-CAN  2006 ont été le volcan de cette équipe nationale avec les rivalités malsaines, les dissensions internes, la valse d’entraineurs. La lave coulait de partout et brulait tout. Les événements du 27 mars 2005 ont mis à nue la révulsion que les supporters avaient pour cette ambiance. Le climat au sein de la sélection était tellement pourrie, accentuée par l’émergence de fans’ clubs des individualités, que nous nous sommes retrouvés avec une équipe nationale à deux pôles. Les nés au Mali autour de Djilla et les nés en France autour du duo Kanouté-Momo. Tout observateur averti pouvait facilement distinguer ces deux pôles, autant aux entrainements qu’à table au restaurant. Cette distinction culturelle persiste de nos jours et les autorités fédérales ne font aucun effort. Car si nous partons chercher des talents très souvent en France, ce sont des joueurs complètement coupé de nos réalités maliennes qui viennent se frotter à d’autres qui ont pratiqué nos terrains latéritiques et qui utilisent les langues nationales, notamment le bamanan pour échanger lors des regroupements.

Le grand ‘’grin’’ se tenait toujours autour du thé dans la chambre d’un ‘’né au Mali’’ et très rarement on trouvait un ‘’né en France’’. Cela créait une véritable division cultuelle au sein de l’équipe et qui a des répercussions psychologiques bien comptables. Nous ne lançons la pierre sur aucun joueur. Il revient plutôt à la fédération de gérer ce paramètre important s’il elle veut à l’avenir tirer tous les bénéfices du talent de nos compatriotes nés sous d’autres cieux. Il faudrait une véritable politique d’intégration et de cohésion sociale.

Les divergences entre ces deux pôles ont été très exacerbées lors  de la campagne de Ghana 2008 et d’Angola 2010.

Pendant tout ce temps, les joueurs refusaient de s’exprimer et dire où il y avait la gangrène sinon le cancer. Chacun restait dans son coin, venait jouer et empocher les primes et partir. Les responsables fédéraux se taisaient et entretenaient ces rivalités selon l’affinité ou l’affection qu’on a pour un ou un autre joueur. Il n’y a pas de responsable plus dangereux que celui qui supporte un joueur. Et dans nos fédérations en Afrique c’est le cas et c’est malheureux.

Fredéric Kanouté a souvent parlé entre les mots mais il n’a jamais voulu aller loin. Au sortir de la CAN 2010 où il tirait sa révérence, il disait ses regrets de sortir sur un air amer pour une génération dorée. Il invitait la fédération à revoir sa façon de travailler et à mettre les conditions en place pour des résultats probants. Ca s’est arrêté là. Mais il fallait le voir ce soir de Malawi-Mali à Cabinda pour savoir que le sévillan partait avec un grand dépit non sans encore les force de faire une campagne supplémentaire. Mais les six ans passés avec les Aigles, s’ils lui ont permis incontestablement d’engranger des lauriers individuels (parmi les meilleurs buteurs en éliminatoires et meilleur joueur africain 2008) ne lui ont pas permis de savourer une consécration continentale collective.

Djilla le sacrifié

Pour revenir à Mahamadou Diarra Djilla, il faut avouer que c’est regrettable qu’il n’ait pas été des deux campagnes 2012 et 2013 au moins pour lui de savourer la médaille de bronze. Son talent de joueur, sa hargne de vaincre, son amour pour le pays, sa volonté d’être un leader, personne ne peut les lui denier. Seul bémol, il n’a jamais pu avoir la philosophie nécessaire pour assumer son rôle de capitaine. Il n’était pas prêt et ceux qui lui ont voulu ce piédestal ne lui ont pas rendu service. Il n’a jamais fait l’unanimité et a presque passé son temps à chercher à imposer son magistère avec beaucoup de mal. Les préparatifs de la  CAN 2010 et la phase finale l’ont mis à mal avec ses coéquipiers.

Les responsables fédéraux n’ont jamais pu l’aider à asseoir sa légitimité, à assumer son pouvoir si ses souteneurs n’ont cherché plutôt à éliminer ceux qui le contestent.

A mon humble avis on aurait pu le protéger à l’époque de cette situation qui ne lui a pas permis de vivre son rêve en équipe nationale, lui qui confiait à un de ses ainés de loin que son plus grand bonheur serait de donner une coupe au Mali avant de raccrocher les crampons.

Les deux médailles de bronze obtenues sont la preuve que la sérénité est le seul gage. Avec un  capitaine peu contesté, une harmonie dans les individualités mais aussi les personnalités, la réflexion sur les objectifs peut facilement se faire. C’est ce qu’on a eu en 2010 et 2008. Mais la jeunesse du groupe explique ce résultat. On est au regret de n’avoir pas eu cela avec la génération dorée de la décennie 2000-2012.

Tout cela pour dire que le manque de transparence et de démocratie dans la gestion des hommes, le manque de prise de responsabilité dans la gestion des conflits interpersonnels au sein des élections, et l’assistance intelligente et fine de l’encadrement technique sont préjudiciables pour tout rendement souhaité.

Confidences on ou off the record, le capitaine des Aigles a mis le doigt sur un furoncle. Ca fait mal. Reste à savoir s’il faut crier son mal ou l’étouffer.

C’est pourquoi nous demandons à Seydou Keita d’assumer ses confidences et favoriser le débat quand ceux qui doivent y travailler échouent. C’est le moment ou jamais de tenir son rôle qui n’est pas seulement que sur le terrain. Son expérience, son âge et son rôle le lui permettent amplement. La programmation des éliminatoires du mondial à la fin mars, près d’un mois après la CAN sud africaine ne favorise pas l’établissement d’un vrai débat pour évaluer notre participation à la CA. Mais il doit y avoir un bout de débat pour rendre compte de manière scientifique et responsable tout en se concentrant sur les objectifs immédiats.

Cela passera par la sagesse des dirigeants, leur clairvoyance et leur sens de l’humilité et du devoir  de rendre compte.

Par Alassane Souleymane, journaliste, ancien membre du Comité exécutif de la fédération malienne de football (Pour Maliweb. Net)

14 Réactions à Football Malien : Nécessaire débat permanent

  1. Traoré

    Le problème du foot malien est effectivement un problème de personne, de dirigeants.
    Il faut tirer leçons du passé. Le Mali regorge d’hommes et femmes valables pour diriger le foot. Ne nous laissions plus diriger par des opportunsites comme en politique.
    Surtout évitons les non-dits. Au Mali assez souvent les intérêts personnels sont au dessus du collectif. Les footballeurs de talents maliens ne manquent pas au pays comme à l’extérieur (en tout cas en France où je vis). Seulement, les responsables ne sont jamais à la hauteur. Il n’y a pas d’objectif de gagner la CAN. On y participe en figurant.
    Le jour ou le Mali voudra bien gagner une coupe ce serait possible.
    Mais avant faisons le menage. Et pas qu’à la FMF. A tous les niveaux. Même au niveau des soit disants journaliste qui ne sont en fait que de simples aniamateurs.
    Sinon comment ne pas informer le peuple de ce que Seydou a dit. Seydou Keïta a joué en Europe, il sait comment ça fonctionne avec la presse. Pourquoi confidence à jlte

  2. SIDIBE2007

    Pourquoi, en tant que journaliste, lui même n’avait pris ses respnsabilités pour dénoncer le problème. Je m’interroge pourquoi maintenant.
    Il me semble que beaucoup de personnes sont subitement devenues des donneurs de leçons avec la situation actuelle au Mali et je ne peux comparer avec la sortie du procureur sur la situation de nos soldats. Pourtant les maux du Mali n’ont pas commencé aujourd’hui. Faites attention, ne jouez pas trop aux opportunistes.

  3. Moussa MARIKO

    Alassane soit bcoup plus claire. Seydou a parler on a bcoup entendu. Le prble de la fédération n’a pas commencé aujourd’hui selon le contenue de ton propre article. Dites nous les raisons de ta démission. Tu ne traite que les sujets de la Fédération. Y a quoi entre la fédération et toi ? Que tu le veux ou pas c’est pas ce bureau qui pourra résoudre les prbles de foot au Mali. C’est le chien aboi la caravane passe. Bonne journée mon ancien ami