Les paris truqués refont surface dans le football italien

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L'ex-international Cristiano Doni (C) a avoué son implication dans le trucage de matchs lors de la saison de Serie B 2010-2011. AFP PHOTO / GIUSEPPE CACACE
Les affaires de paris truqués dans le football sont un peu comme les virus informatiques dans vos ordinateurs, il en surgit à intervalles plus ou moins réguliers avec des ramifications de plus en plus diverses et des provenances de plus en plus variées. La dernière en date – du moins celle qui fait le plus de bruit en cette fin d’année – nous arrive d’Italie, terre il est vrai propice à lacombinazione quand il s’agit de calcio. Après le Totonero du début des années 1980 et le Calciopoli du milieu des années 2000, voici le scandale « Last bet », du nom d’une opération partie de Singapour et qui a eu pour théâtre la Série B, la deuxième division du championnat l’Italie.

Plus de 40 mises en examen

Démarrée en juin dernier, l’enquête menée par le juge de la ville de Crémone, Guido Salvini, a permis de démasquer un réseau de paris clandestins très étendu et d’inculper des dizaines d’intervenants dont certains joueurs en activité ou retirés des terrains, au total plus d’une quarantaine de personnes ont été mises en examen. Le juge a obtenu la preuve qu’au moins trois matchs de l’Atalanta Bergame avaient été truqués pour favoriser des parieurs chinois la saison dernière alors que le club lombard jouait la montée en Serie A, la première division. Les sanctions sportives n’ont pas traîné : bien que promue, l’Atalanta a commencé la saison en Serie A 2011-2012 avec 6 points de pénalité alors que Cristiano Doni, son capitaine et joueur emblématique, écopait d’une suspension de trois ans et demi de la part de la Fédération italienne, en attendant le volet pénal.

Sur ce plan du pénal, l’enquête a permis d’identifier un Singapourien de 47 ans dénommé « Tan Seet Eng » comme l’instigateur de la triche alors que des intervenants comme les anciennes gloires des terrains Beppe Signori (ex-Lazio) ou Luigi Sartor (ex-Roma) ont joué un rôle actif dans le réseau. Depuis quelques jours, la justice a fait de nouvelles découvertes et la situation de Cristiano Doni s’est singulièrement compliquée après un coup de filet de la police au cours duquel 17 suspects au total ont été arrêtés. Incarcéré à la prison de Crémone, Doni a été libéré pour pouvoir passer Noël en famille mais il lui est interdit de quitter son domicile.

Tournant probablement décisif de l’enquête : le témoignage de Simone Farina, un défenseur de l’obscure équipe de Gubbio qui a confié au juge Savini qu’on lui avait proposé pas moins de 200 000 euros pour convaincre certains de ses coéquipiers de perdre un match de Coupe d’Italie contre Cesena, le 30 novembre dernier. La somme peut paraître colossale pour une rencontre finalement assez ordinaire mais les paris truqués se font la plupart du temps sur des matchs de second ordre afin de ne pas éveiller les soupçons.

Soupçons sur des matchs de Serie A

Comme le rappelle par ailleurs le quotidien Libération dans son édition de mardi 27 décembre, de nombreux clubs italiens de 2e et de 3e division sont en faillite et certains ne paient pas leurs joueurs depuis plusieurs mois, les exposant du même coup aux tentatives de corruption. Reste qu’après les confessions des différents témoins qui ont défilé dans le bureau du juge, les enquêteurs ont désormais dans le collimateur trois matchs de Serie A de la saison dernière (Brescia-Bari, Brescia-Lecce et Naples Sampdoria Gênes), comme quoi l’élite non plus ne serait pas épargnée dans cette affaire « Last bet ».

Par Christophe Carmarans

NB - L'auteur de cet article est seul responsable de son contenu.