Nantenin Keita, un certain regard

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Athlète déficiente visuelle présente aux jeux paralympiques, la fille du chanteur Salif Keita aimerait changer la perception du handisport.

Nantenin Keita (au centre) aux Jeux paralympiques de PĂ©kin en 2008.

Il lui est arrivĂ© de l’accompagner jusque sur la scène pour une danse effrĂ©nĂ©e. La rĂ©ciproque n’est pas vraie. Nantenin Keita n’autorise pas son père, le mythique chanteur malien Salif Keita, Ă  assister Ă  ses compĂ©titions. Ni ses proches. Souvent, ils insistent, mais “Nanto” “ne leur donne pas les infos”. Sa peur? “Qu’ils viennent pour rien, qu’ils soient déçus du rĂ©sultat.” Elle déçoit pourtant rarement. Double mĂ©daillĂ©e Ă  PĂ©kin (2e sur 200 m, 3e sur 400 m) sous les couleurs françaises, elle a aussi dĂ©tenu en 2009 le record du monde du 100 m (12” 20). Ă€ Londres, elle s’imagine enveloppĂ©e d’or, notamment demain sur 400 m.

Nantenin a une vue de famille. Des yeux dĂ©ficients comme ceux de son père, touchĂ© par l’albinisme. Avec 0,7 et 0,8 dixièmes, ils lui permettent juste de distinguer les distances et de vagues repères sur une piste. Elle craint les fortes luminositĂ©s et l’exposition de sa peau au soleil, mais pas le quotidien d’une athlète. Elle ne s’entraĂ®ne qu’avec des valides dans son club de Saint-Quentin-en- Yvelines. Il y a lĂ , en creux, l’un de ses combats : ĂŞtre considĂ©rĂ©e comme une sportive, une performeuse, avant d’être perçue comme une handicapĂ©e. “Nanto est très militante Ă  ce niveau, confirme Philippe Lefèvre, son entraĂ®neur. Elle ne veut surtout pas qu’on s’apitoie. Ă€ l’entraĂ®nement, les autres oublient qu’elle a un handicap tant elle montre l’exemple, en vraie leader.”

“Il y a des gentils handicapĂ©s, des cons, des pĂ©nibles…”

Son prochain défi? S’aligner sur un 400 m haies. Autant dire sans voir les obstacles. Mais en déclenchant son impulsion selon le nombre de foulées. Elle s’y essaie à l’entraînement avec des haies en mousse, pour ne pas risquer la blessure. S’adapter, toujours. Un peu comme pour le relais, dont elle maîtrise l’art via des signaux sonores au passage de témoin. Avec une petite astuce en plus : sa vue étant plus sensible aux couleurs sombres, les autres relayeuses s’habillent le bras de noir. Résultat : une 2e place aux championnats de France élite sur 4x400m. À titre individuel, sur le tour de piste, elle a déjà atteint la finale B.

EmployĂ©e aux ressources humaines chez Malakoff MĂ©dĂ©ric, sa vie est finalement celle d’une jeune femme de 27 ans comme les autres. Le permis de conduire en moins, mais elle prend le bus seule. Et la difficultĂ© Ă  lire les Ă©tiquettes en sĂ©ance shopping en plus. Sans compter certains clichĂ©s rĂ©ducteurs, qu’elle s’efforce de dissiper : “On pense souvent que les personnes handicapĂ©es sont lisses, fonctionnent de la mĂŞme manière, sans Ă©tats d’âme. Comme si on rentrait tous dans la mĂŞme case. Mais de la mĂŞme façon qu’il y a des gentils handicapĂ©s, il y en aussi des cons et des pĂ©nibles.”

Après les Jeux, elle trouvera peut-ĂŞtre le temps d’aller se ressourcer au Mali, sa terre natale. Salif Keita l’avait fait venir en France, Ă  Montreuil (Seine-Saint- Denis), dès l’âge de 2 ans. Pour ne pas qu’elle ait Ă  subir ce que lui-mĂŞme avait vĂ©cu, jeune albinos mis au ban d’une sociĂ©tĂ© qui leur prĂŞte parfois encore des pouvoirs malĂ©fiques. LĂ -bas, quand ce n’est pas “la Blanche” ou “la Française”, on l’appelle “la fille de…”. Son indĂ©pendance, elle a pourtant très vite voulu la gagner, Ă  tous niveaux. “MĂŞme avant d’être majeure, j’étais autonome.” Aucune dĂ©fiance de sa part, juste une gĂŞne touchante : “Mon père est quelqu’un d’important en Afrique. Je ne voulais pas lui poser des problèmes.”

 

lejdd.fr/  2 septembre 2012

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2 COMMENTAIRES

  1. Fière de toi ma soeur et surtout bon courage Ă  toi.Salif ton père est unique au monde dans la musique mandingue.J’ai dejĂ  assistĂ© a ces concerts Ă  argenteuil et conflant sainte honorine vous avez tres bien dansĂ© sur scène et assurĂ©.Vive l’afrique et vive le Mali

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