Le président du Horoya, Antonio Souaré, face aux joueurs : « L’honneur ne se donne pas, ça s’arrache ! »

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A quelques heures du coup d’envoi du match Horoya-Zesco (16es de finale retour de la Ligue des champions), le président Antonio Souaré s’est invité au Q.G de l’équipe à l’hôtel Mariador Résidence de Conakry. Pour galvaniser ses poulains et les inciter à la gagne, le président Souaré a tenu un véritable discours de guerre.  Il a invité les joueurs à laver l’affront du match aller perdu (4-1) par une qualification historique. Antonio Souaré a également insisté sur le mental, le caractère et surtout sur l’honneur. Sans oublier les primes exceptionnelles que les joueurs peuvent empocher. Exclusif !

 

« Je suis venu vous voir parce qu’aujourd’hui est un jour exceptionnel non seulement pour le football guinéen, mais également pour toute la Nation guinéenne. Et c’est un jour exceptionnel depuis 1978 pour le Horoya Athlétic Club. Parce que nous avons eu notre première Coupe continentale en 1978. Et c’est aujourd’hui que nous allons avoir la voie pour avoir le second titre continental. Mais tout dépend de vous. Premièrement du mental.  Ce qui s’est passé il y a une semaine, nous l’avons oublié. C’est derrière nous. Mais je vais vous rappeler un peu. Que vous ayez conscience de l’importance du match. Ce qui vous est arrivé si c’était contre Mazembé, Al Hilal, Raja ou autre club de grand calibre  je  pouvais comprendre. Mais pas contre une équipe d’entreprise comme Zesco. Zesco, c’est une équipe d’entreprise c’est comme notre société d’électricité EDG. Le plus bas salaire du Horoya divisé par deux équivaut à leur meilleur salaire. Même l’Ivoirien qui est là-bas, Ben Adama, ne veut plus rester  là-bas. C’est pour dire que moi j’aurais préféré que vous trembliez devant des grandes équipes  mais pas devant une équipe de quartier. Le fait de prendre  4 buts en Zambie m’a fait mal. Parce que depuis 1978, le Horoya n’a jamais encaissé quatre buts  en compétition internationale. Et du moment où on pense que c’est la meilleure équipe possible  que le Horoya ait eu  c’est en ce moment que tout tourne au pire. En 30 minutes  vous avez encaissé 3 buts.  Donc aujourd’hui c’est le mental qui doit dominer. Celui qui n’est pas prêt au combat qu’il le dise à l’entraîneur. Je sais que vous êtes là pour jouer, mais quiconque n’est pas prêt pour aller aux contacts, qui n’est pas prêt à se battre, qui n’est pas prêt à aller au four, qu’il renonce au match. ..

Nous allons tous jouer notre partition. Vous verrez que toute l’équipe dirigeante sera aussi habillée de la même façon aujourd’hui. Personne ne portera autre couleur.  Nous serons tous sur la même couleur parce que c’est un jour exceptionnel. Et toute la Guinée est mobilisée pour laver l’affront mais cela dépendra de vous. Nous avons pris toutes les dispositions nécessaires  pour qu’on se qualifie. Maintenant à vous de mettre 4, 5 ballons au fond des filets. Je sais que vous en êtes capables.  Pour ce faire, je veux qu’on joue demi-camp. C’est-à-dire la surface de réparation de notre adversaire, Zesco United, doit être notre champ de bataille. Il ne faut pas quitter là-bas c’est là où on doit rester.

Par ailleurs, Je ne veux pas voir  nos défenseurs jouer trop bas sur notre gardien de but. Je ne suis pas technicien mais j’avoue que  j’ai eu  pitié de l’entraineur l’autre jour. J’ai eu pitié de lui en le voyant peiné jusqu’à mettre la main sur la tête par votre faute. Il faut que vous ayez l’orgueil, il faut que vous ayez le cœur. Nulle part au monde le pouvoir et la victoire ne se donnent. Ça s’arrache. Il faut que vous ayez ça en tête.

Le football africain  voire le monde entier est tourné aujourd’hui tourné vers la Guinée en raison de ce match contre le  Zesco. Parce que personne ne comprend comment  Horoya  a perdu 4-1 à l’aller pour la simple raison que  vous faites partie,  aujourd’hui, des quatre ou cinq meilleurs d’Afrique. Vous avez le meilleur staff technique, votre staff est une référence. D’abord parce qu’il est composé de personnes qui ont été footballeurs, grand footballeurs, grands entraineurs avec un palmarès glorieux. Mais je répète encore: celui qui n’a pas de couilles, mieux vaut qu’il ne descende sur le terrain. Vous devez aller provoquer les défenseurs de Zesco. Il faut qu’ils soient figés devant leur gardien. On a vu ici en 1977 avec Lafia. On a été battu  3-0 à Abidjan. Au retour, en l’espace de 12 minutes les trois buts étaient remontés à Conakry, et on a fini 5-0 contre l’ASEC d’Abidjan. Aujourd’hui vous avez tout un peuple, tout le monde sportif derrière vous. Il y a un dicton qui dit chez nous que ‘’l’acte de naissance du bébé est dans la valise  de sa maman, mais une fois que tu descends sur le terrain ton extrait d’acte de naissance est dans ta poche. C’est la guerre.  Tu dois te défendre. Vous devez faire de votre mieux sur le terrain. En dehors du terrain, nous nous chargeons du  reste. Je  serais  là omniprésent. Celui qui ne mouille pas le maillot à Horoya, doit dire que  c’est fini pour lui parce qu’il mettra tout le peuple dans son dos. D’abord déjà l’AS Kaloum a été éliminé malgré une grande mobilisation de notre part pour que l’équipe gagne. Les joueurs avaient vraiment en face une équipe à leur porté. Mais malheureusement il leur a manqué ce petit but. Maintenant pour laver l’affront subi en Zambie, il faut que nous remontions trois buts et sans en encaisser. Imaginez ce que ça fait d’entendre  dire des responsables de Zesco : ‘’président, vous nous avez vraiment  offert de l’Or sur un plateau d’argent alors qu’on s’attendait à un match nul voire une victoire de  1-0’’. Mais ce qui m’a réconforté après,  c’est quand vous vous-êtes réunis vous avez pris conscience. Vous avez pris un engagement, et l’engagement que vous avez pris en Zambie c’est devant les hommes et devant Dieu ça doit se concrétiser aujourd’hui. Même si vous devez sortir sur des civières on doit se qualifier.  Celui qui n’est pas prêt pour le combat, qu’il enlève la tenue et la dépose. On la donnera à quelqu’un d’autre. Il faut avoir la qualification au terme des 90 minutes. Pas question d’aller aux tirs au but. Vous devez être conscients de vos valeurs. Les attaquants, prenez la balle et rentrez dans la défense. Provoquez les défenseurs. Il faut provoquer, il faut rendre l’adversaire peureux. Mais si vous restez dans votre camp, c’est le défenseur qui aura l’ascendant sur vous. Il faut qu’il ait peur de monter, qu’il dise dès que je quitte mon poste, tout de suite  Mandela va marquer, Mallé va marquer, tel va marquer. Si j’étais dans mes conditions j’aurais au moins deux penalties. Cette équipe est prenable. On peut remonter  5 buts contre cette équipe là.  Vous devez vous qualifier coûte que coûte. Je ne rêve même pas du contraire….

Vous savez,  je devais être en Arabie Saoudite avec le président de la République depuis le samedi. Mais à cause de ce match j’ai retardé mon voyage  avec le président qui est déjà à Riyad avec les autres membres de la délégation oû ils ont été reçus par le Roi d’Arabie Saoudite. J’étais sur la liste d’une dizaine de personnes en tant qu’interlocuteur pour des questions économiques de Guinée, mais je suis assis ici rien que pour vous, rien que pour laver l’affront, rien que pour défendre l’honneur. L’honneur ne se donne pas, l’honneur s’arrache. Au milieu du terrain vous devez être des guerriers. Vous devez être des sauvages incontrôlables. Après le match je vais prendre  l’avion à 3 heures du matin pour rejoindre le président de la République à Djeddah à 8heures (Arabie Saoudite). Je préfère cette fatigue que de m’en aller vous laisser seuls. Je fais tout  ça pour vous. Je fais ça pour l’honneur de la Guinée. Vous avez  peut-être  remarqué que toutes les radios n’avaient de sujet sur le foot que  le Horoya.

Aujourd’hui c’est votre avenir qui est en jeu. L’équipe qu’on appelle une équipe mosaïque, multi-nationalité aujourd’hui c’est le Horoya. Vous avez  des Sénégalais, Maliens, Camerounais, Ghanéens, Ivoiriens, Burkinabè… C’est une équipe panafricaine. Est-ce que vous comprenez le sens du mot ? C’est-à-dire c’est comme si c’est une sélection africaine. Ne me découragez pas. Ce n’est pas cette équipe du Zesco qui doit nous éliminer même avec 5 buts à remonter. Mettez vous des réacteurs aujourd’hui. Même si vous faites un mois sans jouer après, mais aujourd’hui vous devez passer, ce n’est pas le fait de gagner le match c’est le fait de se qualifier. Et pour se qualifier  il faut un 3-0, un 4-0 ou  un 5-0. Je sais que vous en avez la possibilité. C’est le cœur et  le mental  qui doivent prévaloir aujourd’hui. Qui n’est pas technicien parmi vous ? Celui qui a peur du match en disant je risque de me faire casser le pied qu’il aille  dans le lit de sa maman. Ce joueur ne doit pas être sur le tapis vert aujourd’hui. Un homme doit avoir le mental, un homme doit avoir honte qu’un autre homme est supérieur à lui. C’est ça ma conviction. Je veux toujours être premier dans ma vie et j’ai toujours été premier dans ma vie. Je ne veux pas être second. C’est ça que je veux mettre dans la tête de tout un chacun. Je n’ai jamais voulu être second. Pourquoi vous, vous voulez être des seconds ? Quand on se qualifie  ce soir on aura deux avantages. Soit on se qualifie pour phase de poule de la ligue des champions, soit on disputera le tour de cadrage  de la Coupe Caf.

Ce ne sont pas vos pieds, c’est de la tête qu’il s’agit parce que si tu mets en tête je vais gagner tu vas gagner. Mais si tu mets en tête je vais perdre comme vous l’avez fait en Zambie, tu vas perdre. Donc aujourd’hui il n’y a pas de calcul possible. Il est 11 h 40 je vais  bientôt vous laisser faire votre promenade mais mettez-vous en tête que c’est la victoire   ou rien, c’est la qualification ou rien. Celui qui n’est pas prêt là où nous sommes assis, qu’il enlève sa tenue rouge et la dépose. Je dirai au coach : prenez quelqu’un d’autre même dans la rue vous le mettez. Aujourd’hui tous ceux qui vont rentrer doivent être comme 11 avions-réacteurs sur le terrain. Ce n’est pas un match pour les faibles. Vous devez être forts dans la tête. Comme disent les Ivoirines,  ‘’celui qui porte pagne doit rester à la maison’’. Nous voulons sur le terrain ceux qui portent des pantalons, ceux qui on la poitrine bombée. Mais  pas ceux qui on la poitrine recouverte et qui vont dire j’ai mal au pied. Aujourd’hui même si tu es blessé tu joueras pour l’honneur. Ça  fait deux jours que je ne dors pas. Je vois l’effervescence qui est en Guinée. Mon téléphone sonne comme si c’était une radio, tout le monde est inquiet, y compris le président de la République. Est-ce que vous allez gagner ? Est-ce que vous allez laver l’affront ? Est-ce que cette fois-ci la Guinée sera sauvée ? Cette fois-ci est-ce que le Horoya, qui est calé depuis 5 ans, pourra avancer d’un cran.

J’aurais préféré que ça soit contre un club comme le TP Mazembe, le Al Ahly, le Widad. Comme ça le match aurait l’allure du CHAN. Cela me rappelle le CHAN Rwanda 2016.  Lorsque le Congo nous menait je disais à tout le monde dans la loge de la Caf qu’on allait égaliser. Et quand on a égalisé, ce n’est pas de notre droit, mais je ne pouvais pas me retenir. J’ai tellement sauté que mon téléphone est parti tomber sur le président Paul Kagame ainsi que mes lunettes, et c’est le président Kagamé même qui les a pris et il les a donnés à son garde du corps pour qu’il me le remette. Quand Ibrahilma Sory Sankhon ‘’Zidane’’ a marqué le but égalisateur à la dernière seconde, il ne restait que 20 secondes.  Mais malheureusement on n’a pas eu le mental nécessaire pour l’emporter lors des tirs au but. Mais quand même c’est une avancée pour une équipe de Guinée qui n’avait jamais participé à cette compétition. Les joueurs n’avaient jamais joué de matches internationaux à part Bangoura et Aziz.

Ce qui doit prévaloir aujourd’hui, c’est le mental. Quand vous sortez sur la pelouse, faites le chien. Mordez qui vous rencontrez comme adversaire. Il faut sortir du tunnel des vestiaires en sautant mais pas en baissant la tête. On a mis les moyens nécessaires  pour que vous gagniez le match. J’ai laissé une invitation d’un homme, l’un des hommes les plus prestigieux de la terre. Je serai aujourd’hui à Riyad à 3heures du matin, mais je veux que ça soit avec une qualification pour pouvoir dire  je suis resté et voilà le résultat. Ne pensez à rien, c’est la qualification ou rien. Tout  le cadeau que je donnerai je ne donnerai que par le système de combat. Vous serez rémunérés par le nombre de but. Ce qui ne s’est jamais fait en Guinée, je vais le faire. Merci !».

Propos recueillis à Conakry par Baba Cissouma, envoyé spécial

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