Fête du travail : L’Untm envisage le dépôt de nouvelles doléances

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Le bureau exécutif de l’Union nationale des travailleurs du Mali (Untm) déposera un nouveau cahier de doléances sur la table du gouvernement dans les jours à venir. L’information a été donnée par le Secrétaire général de l’Union, Yacouba Katilé, à la faveur de son discours prononcé à l’occasion des festivités du 1er mai 2016.

A l’instar des autres pays du monde, les travailleurs maliens ont célébré, ce dimanche, la fête internationale du travail, célébrée le 1er mai de chaque année. La principale centrale syndicale au Mali, l’Untm, a respecté la tradition en organisant un défilé sur le Boulevard de l’Indépendance. L’événement qui a réuni le ministre en charge du Travail, Diarra Raky Talla et deux de ses collègues, était placé sous le signe: «Le dialogue social est un gage de confiance et de maturité dans une nation de démocratie et de droit».

Cette année, la fête du 1er mai se déroule dans un contexte où les syndicats crient au non-respect des engagements pris par le gouvernement. Avant le défilé des 13 syndicats de l’Untm, Yacouba Katilé dira que la fête du travail est l’occasion pour les organisations syndicales et les associations professionnelles de faire entendre la voix des travailleuses et travailleurs. Selon lui, c‘est de façon directe que l’Union, en ce jour, dit haut et fort: trêve de badinage dans l’édification du Mali, trêve de parasitisme politique où excellent quelques hommes et femmes, agents de tous les régimes, trêve des confrontations stériles autour du partage d’un gâteau national, à la fabrication duquel on n’a peu ou pas contribué, trêve de chômage, d’école malienne précipitée vers les abysses, de santé déclinante pour l’écrasante majorité de la population, de manque d’énergie, d’eau potable, et pour tout dire, de mal-être aux quatre coins du territoire. Le patron du l’Untm regrette qu’aujourd’hui, malgré la démocratie pluraliste, la misère, la précarité, l’exclusion sociale, la dépossession de la patrie, bref le cafouillage, l’invisibilité d’un avenir serein et prospère, sont si répandus qu’à juste titre, on peut se demander où va le Mali ?

Du point de vue de Katilé, l’Untm n’entend pas s’arc-bouter derrière les acquis découlant de ses dernières négociations, car le bureau exécutif constate l’extrême lenteur imprimée à l’extinction définitive des revendications du préavis de grève de 2011 et de celui de 2014. Selon lui, aucune raison digne de foi n’est posée pour justifier cette lenteur, malgré la flexibilité que l’équipe de négociation syndicale a mise dans les reculs successifs de délais d’exécution. Devant un parterre de personnalités, Yacouba Katilé dira  que l’Union nationale des travailleurs du Mali déposera un nouveau cahier de doléances dans les jours à venir. «Camarades, les travailleurs maliens, il est vrai, sont usés par la pauvreté. C’est la raison pour laquelle, sans préjudice aucun, des négociations pour l’extinction des points d’accord des préavis de 2011 et de 2014, le bureau exécutif, conscient de la dureté de la vie, de la modicité des revenus, singulièrement des salaires, déposera le nouveau cahier de doléances. D’ores et déjà votre mobilisation sera le gage du succès», prévient Yacouba Katilé. En outre, il dira que le pic de la démesure est cette impression de non-considération de la revendication relative à la privatisation et à son bilan au Mali, point de départ de tous nos maux, et de la révision de tous les contrats miniers, dont le caractère antinational et antipatriotique étouffe tout bon Malien. «Nos populations faméliques marchent sur de l’or sans en percevoir ni la couleur ni les bienfaits. Ce constat s’aggrave par les atermoiements, les insuffisances, les humiliations qui accompagnent la mise en œuvre des Accords d’Alger, où le peuple est écarté», regrette le Secrétaire général.

Aussi, Katilé a-t-il rappelé que le monde syndical malien est confronté à certains problèmes. Premièrement, il se pose la question de savoir ce à quoi sert la fonction publique du Mali. Partant, il a souhaité la «dépolitisation» de l’administration, la diplomatie, la justice, et même l’armée et que la compétence et le mérite soient de rigueur dans les nominations. Pour ce faire, il faut, dit-il, faire les plans de carrière des différents corps de la fonction publique.

Deuxièmement, le patron de l’Untm regrette que certains aient fait croire que l’Untm est opposée à la tenue des élections professionnelles. Faisant le point sur la question, il dira que l‘Union est d’accord pour la tenue des élections professionnelles, mais pas en suffrage indirect avec des délégués du personnel.

«D’ailleurs, ce n’est pas dans tous les services publics qu’il y a des délégués du personnel. Ces derniers sont élus avec la participation intimidante des directions. En outre, comment des personnes peuvent conseiller au Mali d’organiser des élections à partir des délégués du personnel alors que dans leurs propres pays, cela ne se passe pas ainsi», interroge-t-il.

Yacouba Katilé a par ailleurs demandé aux camarades de la Cstm de dépasser les susceptibilités, les rancunes d’hier afin qu’aujourd’hui le monde du travail ait un syndicalisme fort, que la démocratie nationale ait un rempart en cas de crise, que le Mali puisse entamer son développement avec la contribution large et effective des travailleurs. «Je suis prêt à vous rencontrer, n’importe où, à n’importe quel moment pour lancer les fondements d’une organisation nationale, patriotique», a-t-il appelé.

Pour sa part, le Ministre du Travail, Raky Talla, dira que l’Untm, dans sa mission de sauvegarde des intérêts des travailleurs, est dans tous ses droits de déposer un cahier de doléances.  Parlant des efforts du gouvernement, elle dira que l’Untm a obtenu le relèvement des allocations jusqu’à 3 500 F CFA pour les enfants normaux et 4 000 F CFA pour les enfants ayant des handicaps. A cela s’ajoute la réduction du taux de l’ITS de 8% qui vient d’être promulguée par le Président de la République. «Nous nous engageons fermement à rendre effective cette loi. Il est déjà prévu dans la loi de finances la rétroactivité de cette loi relative à la réduction du taux de l’ITS au 1er juillet 2015», rassure le Ministre.

En outre, elle dira que le gouvernement sera ouvert aux négociations dans le cadre d’un dialogue constructif.

Ibrahim M.GUEYE

 

UNTM

Ce qu’il faut retenir sur l’état d’exécution des revendications

L’Union nationale des travailleurs du Mali (Untm) a sacrifié à la tradition en faisant le point sur le bilan de ses actions à la veille du 1er mai. A la Bourse du travail, le vendredi 29 avril 2016, Yacouba Katilé, Secrétaire général de ladite centrale, est revenu sur l’état d’exécution du protocole d’accord survenu entre le Cnpm, le Gouvernement et l’Untm le 28 octobre 2014. Il regrette le fait que bien des points de revendication, sur les 17 qui ont fait l’objet de préavis de grève, restent en souffrance, même si les négociations se poursuivent avec le Gouvernement.

En dépit des acquis sociaux, il restait 17 points de revendications inscrits dans un chronogramme d’exécution négocié entre les parties, en présence des membres de la commission de conciliation.

Sur le premier point relatif au paiement des droits des travailleurs compressés des sociétés comme l’Huicoma, l’Hôtel Azalaï Tombouctou, la Comatex, la Smecma, l’Itema, le secrétaire général affirme que l’Etat refuse de croire qu’ils n’ont pas été pris en compte dans les transactions pour la liquidation des droits des compressés. Le paradoxe, selon lui, est que l’Etat leur exige d’apporter la preuve qu’ils n’ont pas été pris en compte. Sur ce point, il dira que l’Untm constate ‘’avec déception’’ des manœuvres du Gouvernement, tendant à priver de pauvres citoyens de leurs droits. Le second point relatif au relèvement significatif du taux de la valeur du point d’indice, selon Katilé, a été commué en augmentation de salaire de 5% dans le secteur privé. Malgré cette mesure, il dira que la Centrale se heurte à une réticence de certains patrons. S’agissant du 3ème point, Katilé dira qu’à ce jour, une loi a été votée, consacrant la diminution de l’ITS de 8%, mais que l’application n’est pas faite. Partant, il précise qu’il y aura  obligation de paiement de rappels depuis le 1er juillet 2015  après promulgation.  Le Secrétaire Général a été on ne peut plus clair sur le point relatif à la modernisation et la sécurisation de l’Administration générale à travers des moyens logistiques, techniques, humains et financiers sur l’ensemble du territoire national. Il dira que l’Untm n’est pas prête à envoyer à la boucherie des chefs de famille innocents, car les mesures adéquates ne sont pas prises. La relecture de la Convention des chauffeurs routiers était à l’ordre du jour. Sur ce point, il reconnait que le retard, dans une large mesure, incombe aux syndicalistes et que l’actuelle suspension est d’ailleurs observée à leur demande. En outre, Katilé regrette le fait que l’accord relatif  à la baisse des loyers des maisons à usage d’habitation n’est suivi d’aucun effet sur le terrain. S’agissant du point portant sur la baisse des tarifs d’eau et d’électricité, il dira qu’une rencontre devait avoir lieu le 10 avril 2015 pour la fixation de nouveaux taux, mais ce délai a été dépassé sans aucune réunion. En ce qui concerne la maîtrise des prix des produits de première nécessité, Katilé dira que le Gouvernement ne prévoit la faisabilité de cette revendication hautement sociale qu’en décembre 2016. Parlant de la relecture de tous les contrats miniers, Yacouba Katilé est convaincu que le flou qui a entouré le bilan de la privatisation est le même qui entoure les contrats miniers. «Les Maliens ne sont pas dupes. Cette revendication, si elle ne clarifie pas la situation, ne manquera pas de faire des vagues, car trop c’est trop», déplore Katilé. Le dernier point consacre  la participation des travailleurs aux conseils d’administration des entreprises privées et parapubliques. Sur ce point, il dira que les sociétés où l’Etat est majoritaire, la mesure semble être acquise. Mais, pour le secteur privé, Katilé affirme que le Gouvernement s’est engagé à créer une commission tripartite. «Notre vision est de sortir des conceptions dépassées de l’entreprise, propriété exclusive d’un détenteur de capital. Nous voulons lui donner un profil humanisé où les travailleurs sauront à quoi s’attendre pour leur vie, en bien comme en mal. En principe, l’idée de responsabilité en communion ne peut handicaper une entreprise». En conclusion, il dira que sur les 17 qui ont fait l’objet de préavis de grève, plusieurs points restent en souffrance, même si les négociations sont en cours avec le Gouvernement.

Ibrahim M.GUEYE

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