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Alimentation / Crise alimentaire
Sécurité alimentaire au Mali : Les vrais enjeux de l'importation du riz
 L'Indépendant, 23/02/2009 Commentaires [ 1 ] E-mail Imprimer

Les conclusions de la réunion d'évaluation définitive de la campagne agricole 2008-2009 au cours de ce mois de février entre le Commissariat à la Sécurité Alimentaire et le Système d'Alerte Précoce (SAP) sont assez révélatrices : "la production céréalière de la campagne est nettement supérieure à celle de 2007-2008 et à celle de la moyenne des cinq dernières années". Malgré tout, le président de la République, Amadou Toumani Touré, a décidé l'importation du riz. Ce qui n'est pas une mauvaise chose en soi au regard de la situation du marché national rendue insupportable à cause du comportement peu orthodoxe des paysans et des opérateurs économiques.

Assurément, le débat en cours sur la question du prix du riz vient de connaître une évolution majeure, avec l'annonce de la décision du président de la République, Amadou Toumani Touré, de faire procéder à l'importation d'une certaine quantité de riz. En attendant de savoir avec exactitude, non seulement, la quantité de riz qui sera importée, mais aussi les conditions de cette importation, il ne fait pas de doute que le débat va certainement rebondir, et cela dans toutes les directions. Dans la perspective de ce déchaînement des avis sur une question qui soulève bien des passions, il semble important d'aborder le problème en le mettant en perspective, pour analyser les conditions dans lesquelles survient cette décision et en explorer les différentes implications.

Au-delà des commentaires jubilatoires qui ne manqueront pas sur ce que certains qualifient d' "une supposée cacophonie au sommet de l'Etat que la décision prise d'importer du riz illustrerait ", il est important de comprendre comment on en est arrivé à cette décision. Dans un contexte de hausse des prix des céréales en dépit d'une abondance annoncée des récoltes, en l'absence de signes encourageants quant à un probable baisse des prix, un certain malaise pouvait aisément prendre corps. Le malaise pouvait d'autant plus facilement tourner à l'inquiétude chez les chefs de famille, qu'il n'était pas évident que les prix n'allaient pas encore monter à l'approche de la période de soudure, quand s'estomperont véritablement les effets bénéfiques des récoltes pour laisser la place aux spéculateurs de toute sorte sur les marchés.

Dans ce contexte, et en dépit des assurances données sur les prix relativement bas chez-nous en comparaison de ceux pratiqués dans la presque totalité des pays de l'UEMOA, la réponse qui aurait pu rassurer les consommateurs devait venir des producteurs. C'est la raison qui avait fait espérer une issue heureuse à de nombreux téléspectateurs, à l'annonce de l'accord conclu entre les commerçants, les producteurs et l'OPAM au terme de négociations ayant duré plusieurs jours. Selon cet accord, les producteurs s'engageaient à céder le riz aux commerçants à 250 FCFA, pour une mise sur le marché à 300 FCFA maximum le kg ; tandis qu'à l'OPAM le riz serait cédé à 270 FCFA le kg.

Cette belle perspective, qui aurait eu comme effet de briser l'envolée des prix à la consommation, avait séduit bien de personnes, mais laissé de nombreuses autres personnes sceptiques. A dire vrai, l'accord comportait de nombreuses zones d'ombre et il apparaît aujourd'hui que l'environnement spéculateur d'une part, le manque de clairvoyance des principaux acteurs, et l'absence de réactivité remarquée de l'opérateur public qu'est l'OPAM, sont autant de facteurs explicatifs de l'apparent échec de cet accord. Alors qu'ils avaient donné le gage d'avoir dépassé leurs accusations réciproques, commerçants et producteurs n'ont pu se départir de leurs méfiances mutuelles, tandis que l'OPAM est demeuré étrangement absent, comme dans une sorte d'expectative, alors les autorités l'avaient doté des ressources financières nécessaires, à hauteur de plusieurs milliards de FCFA, pour des achats rapides de riz en profitant des prix bas, afin de constituer un stock conséquent d'intervention en période de soudure. Pendant ce temps, sa structure de tutelle, le Commissariat à la Sécurité Alimentaire menait une campagne discrète pour l'importation du riz !

Importer, oui, mais à quelles conditions ?
Là se trouve le noeud du débat dans lequel on a tenté ces derniers temps d'embarquer tout le monde. En agitant en épouvantail la prévisibilité d'une situation «intenable» , voire «dramatique» des ménages en période de soudure si rien n'est fait pour approvisionner le pays en riz importé, les tenants de cette doctrine ont voulu effrayer l'opinion et faire croire à des émeutes du riz dans un pays qui est crédité d'une bonne campagne 2008-2009. Dans l'appréciation de la situation des prix au plan national, l'on fait rarement cas du contexte général à la hausse des prix de toutes les céréales, et cela dans toute la sous-région.

En faisant l'économie des comparaisons de prix, ce qui demeure constant et que les conclusions de la réunion d'évaluation définitive de la campagne agricole 2008-2009 au cours de ce mois de février entre le Commissariat à la Sécurité Alimentaire et le Système d'Alerte Précoce (SAP) attestent, c'est que la production céréalière de la campagne est nettement supérieure à celle de 2007-2008 et à celle de la moyenne des cinq dernières années.

S'agissant, cependant des facteurs explicatifs du niveau élevé des prix des céréales (mil, sorgho, maïs et riz), les principaux constats faits sont : la cherté de la vie qui pousse les producteurs à aligner les prix des céréales sur ceux des biens de première nécessité ; le niveau déjà élevé des prix de ces céréales en début de la campagne de commercialisation au sortir de la période de soudure ; l'augmentation réelle des coûts de production, intrants et main d'oeuvre (par exemple, il faut maintenant 35.000 FCFA pour récolter un ha de riz à Mopti et Ségou, contre 20.000 FCFA auparavant) ; la disponibilité de ressources au niveau des producteurs qui ont pu couvrir leurs besoins financiers par la vente des cultures secondaires comme l'arachide, le sésame ou le niébé.

Mais surtout, les principaux facteurs explicatifs du comportement des producteurs résident dans les changements profonds que ce milieu a connu au cours des dernières années : une meilleure organisation du monde rurale et une réelle amélioration des capacités de négociation, soutenue par l'arrivée de la téléphonie mobile et des autres moyens de communication (Internet) qui ont révolutionné le milieu. En ne prenant pas en compte ces différents facteurs explicatifs, et en poussant à l'importation alors que la totalité des récoltes ne sont pas transformées, on a crée une situation de confusion au seul dessein de rendre incontournable l'importation. Si des faits semblent plaider pour une telle solution, en tenant compte de la rareté du riz sur le marché et cela malgré une récolte abondante (ce qui est pour le moins paradoxal) on semble porter un coup à la philosophie et la vision qui soutenaient l'Initiative Riz dans laquelle le Gouvernement s'est investi au cours de cette campagne.

Là résident les vrais enjeux du débat pour ou contre l'importation. La décision prise par le président de la République, Amadou Toumani Touré, loin d'être en contradiction avec les objectifs visés par l'Initiative Riz, doit être décryptée à la lumière des différents comportements décrits plus haut. Dans ce cadre, elle constitue bien une meilleure réponse, de loin préférable à l'attentisme face à une situation dont l'issue n'est pas évidente. En effet, il apparaît, de plus en plus, que les prix vont s'installer dans une tendance haussière pour une longue période.

Face à cette situation, et en tenant compte du comportement spéculateur des opérateurs économiques que nous avons toujours dénoncé, il y a fort à parier qu'ils chercheront à tirer les meilleurs profits de cette situation. Cela s'explique, nous l’avons déjà écrit, par les achats faits en zones de production depuis deux mois, achats qui ne sont pas livrés sur les marchés pour la consommation mais plutôt stockés en périphérie des villes. On devine à quelle fin. (Voir notre enquête dans L'Indépendant n°2142 du mercredi 11 février 2008)

En décidant d'autoriser l'importation - qui, du reste, n'est pas interdite - l'Etat envoie, en réalité, un signal fort aux deux irréductibles protagonistes que sont les commerçants et les producteurs. Si les premiers peuvent apparaître, au prime abord, comme ayant remporté une victoire en amenant l'Eta à prendre cette décision, rien ne dit que cette fois les opérations d'importation se feront comme par le passé, c'est-à-dire en accordant largement des exonérations à la poignée d'opérateurs spécialisés qui en tireront des bénéfices plus que substantiels comme nous avons démontré dans L’Indépendant n°2149 du vendredi 20 février 2009. On attend donc avec intérêt que les autorités précisent les conditions d'importation.

En attendant, la question est de savoir comment convaincre de la nécessité de subventionner l'importation du riz, après avoir subventionné la production dans le cadre de l'Initiative Riz ? La perspective de l'importation du riz est une menace autrement plus sérieuse pour les producteurs. En effet, en ayant choisi de demeurer sourds aux appels du Gouvernement pour une mise à disposition de leur production à un prix certes rémunérateur mais raisonnable, ils ont délibérément choisi de faire échouer le pari du "gagnant-gagnant" que le Premier ministre, Modibo Sidibibé, leur proposait. Cette attitude déconcertante de la part de gens qui avaient applaudi à la mise en oeuvre de l'Initiative Riz, révèle bien des dysfonctionnements dans le milieu rural. Heureux d'avoir pu produire dans des conditions jamais égalées, ils ne sont pas prêts à partager les fruits de leurs efforts avec leur concitoyens. C'est un déficit de clairvoyance, et un manquement à l'engagement moral qu'on avait pensé qu'ils avaient contracté. C'est surtout l'illustration du profond malentendu qui existe entre eux et le gouvernement ; ce dernier ayant trop rapidement misé sur un comportement vertueux de leur part.

«L'importation du riz ne signifie pas l'échec de l'Initiative Riz»
L'importation du riz signifie-t-elle pour autant la fin de l'Initiative Riz ? "Assurément non et ce serait plutôt de courte vue que de conclure si rapidement à cela. Pour au moins la raison principale de la volonté affirmée de notre pays de se hisser au rang de puissance agricole" Tel est l’avis d’un des acteurs. De ce point de vue, pour ce qui est de la production céréalière et de l'atteinte de l'objectif des 10 millions de tonnes de céréales d’ici à 2012, fixé par le Projet de développement économique et social (PDES) du président ATT, notre interlocuteur estime qu’ «il ne voit pas d'autre stratégie que celle mise en œuvre à travers l'Initiative Riz».

Aussi, il apparaît clairement que dans le débat qui va s'intensifier ces jours-ci, il soit nécessaire d'insister sur le distinguo à faire : l'objectif de production de l'Initiative Riz est avéré et les différentes appréciations des résultats de la campagne attestent de ces acquis. Toutefois, la commercialisation a montré les limites du schéma opérationnel qui avait été envisagé dès le départ.

Pour n'avoir pas prévu que le marché pouvait évoluer comme cela a été constaté, les objectifs de la commercialisation n'ont pu être atteints. Il n'en faut pas plus à certains pour crier à l'échec, sans prendre en compte que le relatif bas prix du riz chez nous est sans conteste la traduction de l'existence de la production. Au demeurant, il est constant que depuis plus de trois mois, en dépit de tout le bruit fait pour réclamer l'importation du riz, aucun opérateur économique n'a pris de mesures sérieuses pour ce faire, alors que l'importation est libre.
Aujourd'hui plus que par le passé, au regard des perspectives réelles que l'Initiative Riz a laissé entrevoir, le sort de notre agriculture est en jeu. Une mauvaise appréciation des véritables enjeux pourra conduire à la mort programmée de notre agriculture, c'est-à-dire d'une production nationale contrôlée par nous, au profit d'intérêts étrangers quelques importants que puissent être les dividendes pour certains milieux. Il est important de comprendre que l'importation, surtout l'importation subventionnée de produits agricoles, signifie l'investissement dans une économie étrangère, et la destruction du tissu agricole national. Là est le débat de fond, au-delà de toute autre considération.
Alassane DIARRA

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Posté par Kachoongmuu  170,  le 23 Feb 2009 22:35:36 GMT
 
Les autres subventionnent leurs agriculteurs plus que nous. Il faut subventionner la
production de toutes les cereales et pas le riz seulement. Il y a le mais qui favorise
l'aviculture, le mil, le sorgho, le niebe, le sesame, le tournesol, etc. Il faut diversifier
l'initiative. Je ne suis pas convaincu que le producteurs aient retenu les productions.
S'ils le font, une deuxieme annee de surproduction les ferraient vendre bcp plus bas. Je
considere que le riz est garde au niveau des commercants. Croyez-moi: tous les gouvernements
depuis Modibo Keita jusqu'a ATT on ete trompes par les commercants. En outre, si le riz est
moins cher au Mali que dans les environs, je ne vois pas pourquoi exhonerer les
importations. Meme avec les exho les prix resteront eleves. La subvention de l'agriculture
est une question de vie ou de mort. Que nos ingenieurs agricoles essaient de maitriser aussi
les OGM car c'est dangereux de dependre de l'exterieur pour ses semances.
 
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