ATT-cratie, l’homme et le système III : Un pouvoir personnel et solitaire

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Près de deux semaines après la publication du livre «ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan », c’est toujours le cafouillage et la panique au cœur du système qui a choisi non pas un silence méprisant comme certains courtisans le laissent croire, mais bien un silence culpabilisant voire coupable, tel un aveu de flagrance au cours d’un procès d’assises. Le régime du président ATT, dans une pirouette des plus politiciennes avec l’énergie du désespoir et incapable d’apporter la moindre contradiction à des faits clairs et précis avancés par «Le Sphinx », crie à la délation, à la manipulation politique et électoraliste et accuse donc sans discernement ses supposés adversaires politiques.

Face à «ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan », sont évocateurs, comme nous l’avons écrit dans ces mêmes colonnes, le silence, la fuite en avant et le désarroi du Clan ; sont indicatifs de son incompétence, sa compromission et de sa culpabilité, l’argument trop facile de l’injure et le choix de l’accusation sans fondement. Evocateurs et indicatifs des mœurs et du crédit d’un Clan, pris de panique, qui est en train de consumer le reste de son crédit à vouloir, par l’intimidation et la surenchère, se blanchir par des mauvaises proses commanditées pour les besoins de la cause. Qui peut donner sincèrement tort au Sphinx lorsqu’il évoque la personnalisation et la personnification du pouvoir, la patrimonialisation du système, l’autocratie rampante, le culte outrancier de la personnalité, le népotisme galopant et le régionalisme silencieux en cours depuis quatre ans ?  

Encerclé par une horde de courtisans à l’appétit glouton, de zélateurs sans cervelle et pris en tenaille par un groupuscule d’affairistes sans scrupule et corrompus impénitents, le président de tous les Maliens, comme nous l’avions écrit, il y a quelques semaines, apparaît aujourd’hui et dès l’entame, à travers « ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan », comme un Roi esseulé face à son contradicteur de Sphinx. Normal, parce que dans le Mali d’ATT, il n’y a pas et il n’y aura pas de fusible : tout procède du Chef, tout converge vers le Chef. C’est lui qui décide de tout, des grandes décisions impliquant la vie de la vie (normal) aux plus petites et insignifiantes décisions comme la nomination de sous-directeurs, de directeurs adjoints ou régionaux…Qui peut nommer qui aujourd’hui sans l’aval et la bénédiction d’ATT ? C’est cela que dénonce «Le Sphinx » ; cela, rien que cela ; mais tout aussi cela. Où est la contrevérité ?

ATT seul face à son destin 

Est-ce donc étonnant que «ATT-cratie : la promotion d’un homme et de son clan » soit l’affaire d’ATT seul et que les membres du Clan, dans leur singulière loyauté vis-à-vis du président, ne se sent pas concernés outre mesure ? En effet, qui a-t-on entendu depuis la publication du livre ? En tout cas, aucun d’eux n’a encore levé le petit doigt pour défendre le président ATT, défendre l’honneur et le crédit d’un régime, d’un homme et de sa famille qu’ils n’ont fait que duper et utiliser pour leurs ambitions personnelles.

Aussi, pour protéger leurs privilèges et rester dans les grâces du Prince, se contenteront-ils, tout au plus, de donner çà et là quelques échos qui sonnent à mille lieues la fausseté et la fourberie. Comme le dirait l’autre : «Au Clan, les délices du pouvoir ; au président ATT, la responsabilité du système qu’il a lui-même érigé et auquel il sera seul à faire face ».

Nul n’est et ne sera dupe quant à la moralité, à la compétence, au courage et à la loyauté du Clan. Pour notre part, nous n’avons cesse de le rappeler : le service du Mali vaut mieux que ça et le Mali mérite mieux que ça !

Les 7 péchés capitaux

Au-delà des affaires évoquées dans le livre qui fait, depuis près de deux mois, l’objet de toutes les passions, sur lesquelles le Clan est resté silencieux comme un criminel pris en flagrant délit, le réquisitoire du Sphinx est tout aussi sans complaisance sur la gouvernance, les principes et l’effectivité de l’exercice de la démocratie au Mali, depuis le 8 juin 2002, comme nous l’avions évoqué par le passé.

Le Sphinx, on le sait, a bâti son argumentaire autour de sept axes qui constituent à l’analyse les insuffisances et les échecs du système qu’il a schématisé sous le nom de «ATT-cratie ». Nous avons eu à les commenter dans ces mêmes colonnes sous le titre «les 7 péchés capitaux du régime » et notre opinion, à ce sujet, demeure encore immuable. ATT-cratie, comme le dépeint «Le Sphinx » dans son livre, n’est ni plus ni moins qu’un pouvoir personnel confisqué et incarné par un homme et son clan dans l’irrespect des règles démocratiques élémentaires.

A Info-Matin, nous sommes de ceux qui, dès l’entame, ont dénoncé la mise entre parenthèses de la démocratie représentative et la confiscation de la volonté du peuple au profit d’un homme et d’un Clan en gestation. Au lendemain des législatives de 2003, lorsque le président élu (conseillé par ses émiences grises du cenacle) a décrété qu’il n’y avait ni opposition ni majorité, nous avons été les premiers à dénoncer l’atteinte à la règle démocratique et la violation des engagements et promesses électoraux. En effet, nombreux sont encore les démocrates maliens qui se souviennent, comme hier, des déclarations du tout nouveau président élu au sortir de son bureau de vote : 

«(…) Je souhaite une démocratie apaisée, une démocratie participative. Je suis venu sans parti, mais j’ai l’intention de travailler avec tous les partis. Je pense que, jusque-là, je maintiens ce que j’ai dit : je n’ai pas l’intention de créer un parti et je respecterai la majorité parlementaire que les Maliens voudraient bien me donner. Une majorité avec laquelle je travaillerai sans complexe et dans le respect des textes (…)».

Les dés pipés

Où en sommes-nous aujourd’hui ? A l’évidence, comme le dit le Sphinx, les dés étaient pipés d’avance. Le président ATT a-t-il lancé des promesses en l’air comme n’importe quel politicien ? En tout cas, le parlement fera son entrée sans majorité reconnue, même relative, avec les conséquences politiques et institutionnelles qui s’y rattachent (Espoir 2002 n’ayant qu’une majorité relative) et sans opposition déclarée (les partisans d’ATT et l’Adéma refusant d’être fair-play). Est-ce surprenant dès lors d’entendre le nouveau locataire de Koulouba lancer fièrement et de manière martiale, comme pour donner un avertissement à quiconque voudrait d’une clarification du jeu politique : «Je suis venu aider cette classe politique … Pour ma part, je ne me vois pas face à une opposition ou un autre type de majorité » !

Et bien, puisque le Roi-ATT le veut, ce sera chose faite : tout le monde sera dans le bateau, pardon dans les rangs sans murmures ni reproches ! On appellera cela atypisme démocratique, mais jamais unanimisme démocratique ou démocratie à la malienne ! Moussa Traoré avait-t-il toujours tort ?

Primauté à la volonté du chef

Quatre années après l’alternance démocratique, il apparaît évident et manifeste que la volonté du Chef suprême, aimé et adulé, primera sur tous les autres principes et règles démocratiques, comme au bon vieux temps des partis uniques en Afrique. Les dieux de la démocratie universelle sont-ils tombés sur la tête au Mali et, avec eux, les principes et règles élémentaires de la bonne gouvernance et des traditions parlementaires ? Non. Il souffle simplement sur le Mali du Roi-ATT, depuis 2002, un vent nouveau, celui de l’atypisme politique rénovateur conjugué à la sauce alimentaire et au situationnisme le plus révoltant sous les tropiques depuis 60 ans.

Il fallait être d’abord d’une ingéniosité ou d’un toupet hors saison et d’un sans-gêne courtisan pour assumer face à la communauté des nations vivant sous la règle de droit une démocratie pluraliste sans majorité ni opposition dans laquelle tout le monde fait non seulement allégeance au Prince du jour mais se doit de chanter les louanges d’un Prince dont la seule volonté tient lieu de norme pour le «bon peuple » et la secte de démocrates affairistes et politiciens corrompus. Un tel système monolithique et univoque, comme nous l’avons écrit dans ces même colonnes, n’est pas qu’hérésie et perversion démocratique, c’est tout simplement une invention démocratique à la malienne. Notre pays mérite-t-il cela ?

Consensus ou compromission ?

Démocratie consensuelle et apaisée ? Faux compromis et conspiration d’un clan et ses complices contre la démocratie, le Peuple et ses intérêts. Dans le Mali de «tout le monde avec ATT », pour les besoins de la cause commune, chacun trouve son compte : politiciens véreux, cadres affairistes et magouilleurs, démocrates situationnistes, journalistes partisans et corrompus… nul ne nourrira le complexe dans le ridicule et face à l’hilarité, l’étrangéité de la situation démocratique ; au contraire ! Si le refus du Chef du gouvernement de répondre à l’invitation du parlement (Ag Hamani) ou à la convocation d’une session extraordinaire (Pinochet) n’émeut personne, qui s’offusquera de l’expulsion mafieuse de la première force politique de tous les organes de décision de l’Assemblée nationale ? Sur ce premier point, le Sphinx n’a fait en réalité qu’une battue sur nos terrains de chasse.

A suivre

Sambi TOURE

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