LE MANIFESTE ET “LE SPHYNX” : Une alternative aux partis politiques

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           On se rappelle que depuis le lancement du manifeste de l’ADJ, les observateurs avertis de la scène politique nationale avaient soupçonné l’émergence d’une situation nouvelle qui caractérise, en fait plus objectivement le malaise de certains acteurs et partis politiques. Il est vrai que, parmi ses initiateurs et signataires, il y en a qui ont tenté de faire croire qu’il n’est pas un phénomène nouveau, dans la mesure où, des membres de l’ADEMA, alors parti au pouvoir, avaient initié à peu près la même chose contre le Président Alpha. Par la suite, on a assisté à la publication d’un pamphlet intitulé le sphynx. Il s’agit, pour certains, y compris le pouvoir ATT, d’une énigme qu’il faut déchiffrer.

            Il semble que cela soit une perte de temps et ne soit pas de nature à aider à mieux comprendre la situation politique actuelle, les rapports de forces sur l’échiquier politique nationale. Au stade actuel, on comprend que le manifeste et le sphynx sont utilisés par des acteurs politiques qui estiment que les partis politiques ne sont plus des cadres viables.

FAIRE DE SES DESIRS DES REALITES

            De ce point de vue, on peut en déduire que le manifeste et le sphynx sont d’abord des outils de désaveu des partis par des acteurs politiques eux-mêmes, avant d’être des armes de guerre contre le pouvoir ATT qu’ils tentent de déstabiliser. Déjà, quelque temps après le lancement de ces deux documents, ceux-là mêmes qui s’occupent de leur promotion tâtonnent et se contredisent au fur et à mesure qu’ils évoluent dans leur information et leur sensibilisation de l’opinion publique nationale, leurs argumentations.

            En effet, par rapport à plusieurs aspects, on est en train de remettre çà. Le comble dans la situation politique au Mali est que certains continuent à croire qu’ils peuvent user des mêmes armes de combats chaque fois qu’ils sont mécontents. Se croyant le centre du monde, ils pensent qu’ils peuvent toujours avoir le dernier mot. Quelle audace! Quelle prétention! Nous sommes à un stade de l’évolution de la situation politique au Mali où il faut que des nostalgiques du mouvement démocratiques sachent qu’ils ne peuvent se distinguer des autres Maliens qu’à travers des actes concrets qu’ils poseront et qui contribueront de façon efficiente à l’approfondissement de notre processus démocratique.  

LA PRESSION ET LE CHANTAGE

            L’objectif visé était de l’amener à accepter l’accomplissement de leur volonté: celle de faire partir de la Primature les Premiers ministres en qui ils ne se reconnaissaient pas. On se rappelle qu’il était fréquent d’entendre à l’époque que l’ancien Président de la République agissait de manière à donner l’impression qu’il était indépendant du parti et on l’accusait de ne pas tenir compte de certaines décisions du parti.

            Objectivement, s’il devait tenir compte de tous les mots d’ordre du parti, il cesserait d’être le Président de tous les Maliens. Or, telle n’était pas la perception par Alpha du rôle d’un Président de la République. Il faut donc comprendre que s’il peut exister des rapprochements entre cette fronde et le manifeste pour la démocratie de l’ADJ, les objectifs sont bien différents. Dans tous les cas, il s’agit des frondes qui expriment toutes la manifestation de mécontentements.

LE MALAISE DES PARTIS ETALLE AU GRAND JOUR

            Le manifeste pour la démocratie de l’ADJ se caractérise lui, par contre, par le fait qu’il est l’oeuvre d’acteurs politiques de divers horizons. A ce sujet, nous avons eu raison, dès le début, d’affirmer que les initiateurs du manifeste ont des velléités inavouées; dont celle de mettre les cadres des partis en conflit avec la direction de leurs partis. D’ores et déjà, tous ceux et toutes celles qui ont initié ou signé le manifeste sont d’accord que leurs partis politiques ne leur permettent plus d’atteindre leurs objectifs politiques. C’est cela qui représente surtout un danger pour la démocratie au Mali.

            En effet, si près d’un quart de siècle après l’ouverture démocratique, des membres du mouvement démocratique, dont le plus grand nombre appartient à des partis politiques les mieux implantés de l’échiquier politique national, jugent indispensable de ramener le combat politique dans le cadre d’une association politique de rassemblement, alors, cela est un aveu d’échec pour plusieurs partis qui n’ont pu rassembler. Cet état de fait s’explique ni plus ni moins par la faiblesse de l’ancrage de la culture démocratique, de la cohésion, mais aussi de l’idéologie même qui sous-tend tout parti politique. Heureusement que certains partis politiques ont eu le réflexe positif de ne pas adhérer à cette démarche qui ne contribuera qu’à les dévaloriser tant au plan national qu’international.

LA NECESSITE DE RECONSIDERER LA STRATEGIE

            Dans ces conditions, n’y a-t-il pas plutôt lieu que les acteurs politiques reconsidèrent leur position? En tout cas, au-delà de l’effet d’acharnement que le manifeste et le sphynx peuvent avoir, ils traduisent le profond malaise de certains partis politiques. Au lieu de ravailler à mobiliser les militants, des intellectuels des partis politiques s’adonnent à du saupoudrage politique. Toute chose que seuls les intellectuels comprennent et peuvent prendre au sérieux.

            Quant aux électeurs, résidant majoritairement dans le Mali profond, ils n’ont cure de ces élucubrations politiques qui sont l’oeuvre d’acteurs politiques assoiffés de pouvoir et se sentant lésés dans le cadre de la gestion des affaires publiques par le pouvoir ATT. Ainsi, il faudra s’attendre à ce que le réveil soit brutal aux prochaines élections générales pour nombre d’acteurs politiques, en particulier ceux qui croient profondement que leur salut se trouve dans l’exploitation de ces deux documents, comptant désespérement sur l’effet d’entraînement au sein de la population générale qui risque de ne pas se produire à hauteur de souhait.           

Moussa SOW

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