Le président de la CCIM, Jeamille Bittar, a tenté hier de calmer la colère des importateurs de thé contre le ministre du commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo : «Il n’y aura pas de monopole en faveur du Groupe Achcar»

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L’Association des intervenants de la filière thé au Mali, dirigée par Mme Ben Baba Djamila Ferdan, a organisé, hier après-midi à la CCIM, une conférence de presse autour de la tentative du gouvernement d’octroyer le monopole de l’importation de ce produit très prisé au Groupe Achcar. La rencontre a été l’occasion pour le président de la CCIM de faire remarquer qu’il n’y a aucune décision signée allant dans ce sens, que l’acte ne relève pas du ministre du commerce et que tout importateur peut lever des intentions d’importation du thé auprès de la Direction nationale du commerce et de la concurrence dont le patron, Mahamane Assoumane Touré, précise que le thé ne fait pas partie des 65 produits locaux susceptibles de faire l’objet de protection.

Le dossier autour de la tentative d’octroyer le monopole au groupe Achcar sur l’importation du thé est-il clos ? En tout cas, au vu des assurances fournies par le président de la CCIM, Jeamille Bittar, il n’y a pas de problème.

Et pourtant, selon les explications des responsables de l’Association des intervenants de la filière thé au Mali, tout est parti, en avril de cette année, quand la Direction Nationale du Commerce et de la Concurrence a notifié, oralement, que toutes les levées d’intentions d’importation du thé ont été suspendues, sur instruction du ministre de l’Industrie, des investissements et du Commerce. Cette interdiction a paralysé les activités dans la filière Thé vert  pendant 48 heures. Elle a été levée après l’intervention du président la CCIM. Mais, après, le Bureau du modérateur, présidé par Moussa Diakité, chargé de faire l’interface entre l’Etat et le secteur privé, a convoqué une réunion autour de la question et a notifié aux importateurs, qui n’étaient pas d’ailleurs invités à ladite réunion, que désormais, un protocole sera signé, selon lequel, tout intervenant, pour importer un kilo de thé, doit acheter 500 grammes de production locale avec Achcar.

Cependant, le constat est que celui-ci n’est pas producteur de thé et n’apporte pas une valeur ajoutée conséquente comme prévue par la loi. Il ne fait que la mise en sachet du Thé Baro, comme d’autres d’ailleurs, à l’image de Nima SARL pour le Thé Sahel. Quant à l’idée de protéger  la production locale, qui ne fait que 100 tonnes au niveau de FARAKO, le repreneur de cette unité, Farcis Koné, s’est même associé au combat des importateurs pour dire que la décision n’est pas pour le protéger. Au contraire, son porte parole a expliqué que, depuis un certain temps, M. Koné court derrière une prolongation de son bail qui est de 10 ans ou un achat intégral de l’usine de thé.

En effet, cette unité a besoin d’un investissement de 2 milliards pour démarrer effectivement. Et les banques refusent de le financer, au motif que les 10 ans de bail sont insuffisants pour amortir le financement. "La mise en sachet n’est pas une industrie comme telle. On veut amener les autres à travailler pour Achar, afin qu’il s’enrichisse sur le dos des maliens" a lancé Boubacar Tandia, membre de l’Association des intervenants de la filière thé.

Pour Hama Aba Cissé, vice-président de la CCIM, "le modérateur a pris une décision politique. Il s’est transformé en avocat du Groupe Achcar et roule visiblement pour le ministre. Quand on accepte cela, d’autres produits seront soumis au monopole. Nous sollicitons donc la CCIM pour arrêter cette magouille".

Le président de la CCIM, Jeamille Bittar, n’est pas allé avec le dos de la cuillère. Selon lui, "aucune autorité ne pourrait s’aventurer à interdire l’importation du thé. Cette question n’est pas à négocier, car nous ne sommes pas dans un régime communiste, mais libéral. La démarche est injuste. Le thé n’est pas comme le sucre. Le modérateur ne peut pas se substituer au ministre. Nous, à la CCIM, on n’est pas d’accord. Il n’y aura ni monopole de droit, ni monopole de fait. Je sais que ce n’est pas ce que voulait le ministre. Je ne sais pas qui est derrière cette affaire, mais nous allons tout mettre en œuvre pour le démasquer. Nous sommes prêts à aller jusqu’à l’extrémisme, s’il le faut, pour éviter le monopole. Soyez sereins, calmes et vigilents".

Bittar d’ajouter que les importateurs peuvent aller même aujourd’hui lever des intentions d’importations à la DNCC. Le Directeur de ce service, Mahamane Assoumane Touré, d’indiquer qu’il n’a jamais été au courant que des importateurs ont été bloqués, avant de nous révéler que le thé ne fait pas partie des 65 produits locaux susceptibles d’être protégés par son service. "Nous n’avons pas saisi le modérateur, on ne sait pas pourquoi il a agi ainsi" a-t-il ajouté. En tout cas, ce qui est évident dans cette affaire, l’instruction a été donnée quelque part, certainement par le ministre pour bloquer les intentions. Face à la pression, il a dû se rétracter. Mais pour combien de temps encore? Une rencontre prévue aujourd’hui entre le président de la CCIM et le modérateur permettra, certainement, de lever le voile sur certains aspects.

Faut -il souligner que, selon les chiffres annoncés par Bittar, le Mali consomme annuellement 100 000 tonnes de thé, soit un chiffre d’affaires de 40 milliards de FCFA.

Actuellement, une soixantaine de sociétés importent ce produit pour des recettes douanières annuelles estimées à 13 milliards de FCFA et près de 6 000 emplois créés. 

Youssouf CAMARA

 

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