Télécommunication : Comment on a «tué» la Sotelma au profit d’Ikatel et…plus tard d’Orange !

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Depuis la semaine dernière, la société de téléphonie mobile Ikatel a changé de denomination. Elle s’appelle donc Orange (tout court). Avec ce nouveau baptême on peut dire que c’est l’aboutissement d’un scandale politico financier, la fin d’une grande escroquerie et d’un complot ourdie contre le Peuple malien par ses propres responsables.

L’ancien président de la République Alpha Oumar Konaré, certains membres de ses gouvernements respectifs, des cadres d’institutions internationales, des hommes d’affaires maliens : Tous sont passés à la caisse Ikatel ou pardon…Orange. En effet, tous, que soit Alpha, ou Mme Ouleymatou ou encore Mme Bouaré aurait des choses à voir (de près ou de loin) avec la trahison dont a été victime, et dont le couronnement est la venue d’Orange, le Peuple malien et l’opérateur historique Sotelma. Tout a été fait, une première dans le monde, comme nous allons le démontrer dans le développement qui va suivre, pour mettre la société à genoux avant même que le secteur ne soit ouvert à la concurrence. C’est le contraire qui devait normalement se passer. On devait renforcer la Sotelma et la doter de moyen efficace pour affronter ses futurs adversaires. Qui, tout le monde pouvait l’imaginer, viennent toujours avec de gros moyens. Surtout qu’en ce qui concerne notre pays, nos dirigeants étaient prêts, à cause de leur cupidité, à leur faire tous les avantages, à les dérouler le tapis rouge. L’arrivée du patron Orange nous a donné un aperçu de ce dont sont capables nos responsables en face des pilleurs de notre économie sous le prétexte d’un investissement bidon. Il a été reçu par les plus hautes autorités comme un chef d’Etat. Pauvre de nous…Un simple patron d’entreprise qui fait courir dans tous les sens nos dirigeants.

Pour ce qui concerne la situation actuelle, la Banque Mondiale garde beaucoup d’influence : en effet, en vue de la privatisation de la Sotelma que le gouvernement veut réaliser, la Banque Mondiale a un droit de regard sur tout prêt à long terme pour des investissements structurels dans cette entreprise publique. Sa politique est de ne pas les autoriser, même si la situation de forte concurrence introduite par la présence d’Ikatel (désormais Orange) et la conséquente forte pression des employés de la Sotelma pour suivre dans les investissements structurels a fait en sorte que la BM lâche la prise et que des prêts soient autorisés en 2004. En outre, la Sotelma était en discussion avec SFI (du groupe BM) pour la prendre comme banque d’affaires pour suivre la privatisation. L’offre de SFI était très alléchante pour le gouvernement Malien, parce que dans ce cas :

Il n’aurait pas besoin de l’avis de non opposition de la BM à chaque étape.

Il aurait des facilités de paiement : 2 millions de dollars dont 750.000 de subventions de SFI, et des 1,250 millions restant le 85% payé par le repreneur et le 15% payé par la Sotelma ; donc la Sotelma ne paierait que 187.500 dollars, alors que dans le cas d’une autre banque d’affaires le prix aurait été autour de 1,5 millions entièrement pour la Sotelma.

Cela au prix d’une exclusivité contraignante sur 4 ans : la privatisation devrait se faire dans les 4 ans qui suivent la signature du contrat ; dans le cas contraire, ou si le processus n’aboutit pas une première fois et que la Sotelma choisit une autre banque d’affaires pour une deuxième tentative au cours de ces 4 années, ce sera à la Sotelma de payer à la BM le 100% de la partie non subventionnée (1,250 millions de dollars).

 

Comparaison entre les Déclarations de Politique Sectorielle

Au vu de l’historique précédent, il est intéressant d’analyser l’évolution dans le temps du document de base d’orientation de la réforme du secteur. Les deux documents de DPS du 28 juillet 1998 et du 28 juin 2000 présentent dans les mêmes termes la volonté du gouvernement Malien de l’époque (sous la présidence de Alpha Oumar Konaré) de réformer le secteur des télécommunications, avec pour objectifs de :

Accroître l’offre de services téléphoniques et faciliter l’accès aux services de télécommunications au plus grand nombre d’usagers en particulier en zone rurale ; Offrir des services variés et de bonne qualité à des prix concurrentiels qui soient plus orientés vers les coûts réels ; Augmenter les investissements productifs privés, nationaux et internationaux dans le secteur des télécommunications ; Améliorer l’utilisation des ressources limitées (les fréquences) ; Construire un réseau national de télécommunications fiable et connecté aux autoroutes de l’information ; Promouvoir les télécommunications comme secteur économique essentiel à l’essor d’une économie compétitive, ouverte au monde et où le secteur des services représente une part importante du P.I.B. ; Assurer le développement des ressources humaines dans le secteur des télécommunications ; Promouvoir la création de nouveaux emplois ;

Promouvoir le développement des nouvelles technologies.

La stratégie affichée est aussi la même dans les deux versions, avec deux axes d’action identifiés : l’ouverture du secteur des télécommunications à la concurrence

 

L’ouverture  du capital  de la Sotelma

Quoique l’ordre d’enchaînement de ces deux axes soit discutable, compte tenu de l’ordre inverse suivi dans la grande majorité des cas et aussi dans la sous région, dans le texte les deux versions de la DPS confirment qu’un régime transitoire d’exclusivité serait assuré à la Sotelma, qui conserverait le monopole sur les infrastructures et services de base (réseau filaire, téléphonie entre points fixes, télex, télégraphe, Nœud Internet, accès aux services internationaux et interurbains) jusqu’à la fin de l’année 2000. Malheureusement, ce n’était pas suffisant et ce n’était que de la poudre aux yeux.

La différence essentielle se trouve dans la section concernant le plan d’action. La différence réside précisément en deux paragraphes : le premier, ajouté à la fin du plan d’action sur l’ouverture du secteur des télécommunications, affirme que

"Le Gouvernement est déterminé à établir la transparence et une concurrence loyale dans le secteur des télécommunications et à reprendre le processus d’ouverture par un appel d’offres international pour l’octroi, avant la fin de l’année 2000, d’une licence à un opérateur privé concurrent à l’opérateur historique dans tous les services de télécommunications y compris les services mobiles et internationaux."

Le deuxième, placé à la fin du plan d’action pour l’ouverture du capital de la Sotelma, affirme que : "Comme préalable à la transaction de privatisation de la Sotelma, le Gouvernement fera appel à des cabinets d’expertise internationale pour : procéder à l’assainissement financier de la Sotelma ; restaurer des procédures viables au niveau du contrôle interne ; et  conduire un audit des comptes des exercices 1998, 1999 et 2000. Le Gouvernement compte mener ces activités d’ici la fin de l’année 2000."

Ces deux paragraphes ajoutés à la DPS en juin 2000 effacent complètement le reste du texte de la DPS de juillet 1998 qui se préoccupait, comme nous l’écrivions, d’assurer à la Sotelma un régime de monopole transitoire pendant lequel on aurait pu espérer que l’ouverture de capital ait lieu (même si ceci peut seulement se déduire indirectement du texte, étant donné que jamais l’ordre d’ouverture du capital avant la fin du monopole n’est écrit). C’est de là qu’est parti toute le magouille et le complot dont il est question. C’était faut à décent.

Quels que soient les événements qui ont amené à la situation des télécommunications au Mali en juin 2000, il est certain qu’avec ces deux paragraphes de la nouvelle DPS le gouvernement du Mali a signé un acte d’ouverture du capital de la Sotelma en régime d’absence de monopole. Ceci dans le seul but de permettre à des concurrents, avec des complicités internes, de venir exploiter les populations et investir à l’extérieur. Comme c’est le cas actuellement avec tous les millions que les maliens mettent tous les jours dans le téléphone et qui sont investis en dehors du Mali. Un seul exemple : La veille, ce sont des milliers de nos compatriotes qui ont reçu un message de promotion les demandant d’envoyer des messages contre un bonus. Si vous faites le décompte, vous tomberez des nues. C’est aussi cela Ikatel. 

Au lieu de décaler la fin du monopole de la Sotelma sur les services de base au de là de la fin de l’année 2000 (choix qui n’aurait pas empêché d’ouvrir le secteur des mobiles avec la vente d’une licence à un opérateur cellulaire) le gouvernement a préféré annoncer l’objectif qui paraît invraisemblable qu’en six mois l’assainissement financier, les procédures de contrôle interne et les résultats des audits sur les comptes 1998,1999 et 2000 auraient été prêts.

Pour mémoire, contrairement à la situation du Mali, dans les autres pays de la sous région (des pays qui se respectent et dont les dirigeants se respectent) la privatisation de l’opérateur historique s’est faite en gardant le régime de monopole au moins sur les services de bases.

 

Le futur de la Sotelma

L’approche retenue dans la DPS de juin 2000 est donc pour le moins ambitieuse car elle définit dans les faits le principe d’une concurrence sur l’ensemble des segments de marché avant la privatisation de l’opérateur historique, ce qui n’avait pas été fait à une telle échelle en Afrique à cette date à l’exception de l’Ouganda.

A l’inverse nombre de pays incluant la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont eu une démarche plus restrictive avec le maintien d’une longue période d’exclusivité sur le réseau fixe et l’accès à l’international.

Finalement on peut constater que l’échéancier initial prévu pour mener à bien l’ensemble de cette reforme n’a pu être respecté pour diverses raisons, notamment : Une sous estimation de la durée réelle de réalisation des différentes phases, en particulier les actions de mise a niveau de la Sotelma (financier, procédurale, audit) ; L’affaire Malitel, créé par décret et qui a soulevé la réaction de la Banque Mondiale, du syndicat et de la société civile, en enclenchant un différend qui a duré plus d’un an.

Ces retards ont eu un impact économique non négligeable et s’avèrent encore plus dommageables puisqu’ils perdurent sans que la Sotelma soit mise sur le marché, alors que le deuxième opérateur a démarré ses activités depuis 2003. En effet, eu égard aux difficultés techniques auxquelles la Sotelma est confrontée (faible taux d’efficacité des appels, saturation de capacité sur le segment de marché du mobile qui est le plus porteur, offre commerciale limitée), aux contraintes spécifiques induites par son statut de société nationale en matière de gestion (procédures d’achat très longues) et à la concentration de son marché le plus profitable sur la ville de Bamako, le deuxième opérateur est aujourd’hui en mesure de fragiliser durablement ou même de " tuer " la Sotelma. Ce qu’il fait bien d’ailleurs. Surtout quand on sait qu’au niveau de Malitel rien n’est fait pratiquement pour contrer sa progression. Une telle situation ne fait que rendre plus complexe la privatisation dans la mesure où l’attractivité de la Sotelma pour des opérateurs repreneurs est réduite.

D’ailleurs, cela n’est un secret pour personne désormais, on sait que c’est le président Alpha Oumar Konaré qui a appuyé la création de Malitel par décret sans appel d’offres et ensuite contraint la Ministre de la Communication Mme Bouaré Fily Sissoko à ne pas écarter le groupe France Télécom de l’appel d’offres pour le deuxième opérateur jusqu’à le lui faire gagner. Sa motivation aurait été purement personnelle, en ayant son frère et d’autres prête-noms dans la société Sogetel, détentrice d’une partie du capital de Malitel d’abord et d’Ikatel ensuite et d’Orange maintenant.

On sait que dans la Sotelma toute mesure d’amélioration a toujours été très longue depuis l’arrivée d’Ikatel sur le marché, en empirant sa situation, à cause du fait qu’une partie de décideurs de la Sotelma aurait des intérêts économiques dans le concurrent Ikatel.

Certains disent que cette partie de décideurs de la Sotelma, appuyés par d’autres pouvoirs politiques et économiques Maliens et étrangers, on tout fait pour que la privatisation de la Sotelma se fasse après la libéralisation du marché, dans le but d’affaiblir l’opérateur historique et pouvoir le racheter pour une bouchée de pain.

 A suivre…

Makan KONE

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