Crise Scolaire au Mali : L’hypocrisie qui sonne le glas de l’avenir

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Le gouvernement a pensé ensevelir les vieux démons de l’école avec l’Accord de partenariat pour une école apaisée et performante, signé en juillet 2005. Finalement, devant l’imbroglio actuel, on se rend compte que la plaie s’est cicatrisée sur le pus. Le problème de l’école est aussi une crise de confiance entre politiques et syndicats. D’une génération sacrifiée à l’autre, l’avenir du pays est en train d’être hypothéqué dans l’indifférence générale.

Le Mali, à l’exception de Moussa Traoré, a toujours été dirigé par les enseignants. Paradoxalement, depuis la chute de Modibo Kéita, l’enseignement est dans la tourmente dans ce pays parce que l’école n’a plus retrouvé son cadre naturel. Bafouée et dévalorisée par le régime militaire, elle a constitué un front déterminant de la contestation. On comprend alors qu’une grande partie de la classe politique soit constituée d’enseignants. Le rôle joué par les élèves et étudiants du Mali dans l’avènement de la démocratie au Mali en est une autre preuve.

Extraire la politique de l’école, a été une grande préoccupation du président Alpha Oumar Konaré. Ce défi demeure toujours. Mais, il faut reconnaître que l’instauration des critères d’attribution des bourses, exigée par la Banque mondiale et le FMI a contribué, à l’embrasement de la poudrière. Les meilleures conditions d’études et l’attribution des bourses à tous étaient parmi les principales revendications de l’AEEM. Et en faisant siéger l’AEEM au Comité de transition pour le salut public (CTSP), la transition démocratique n’a pas facilité la tâche au premier régime démocratiquement élu du pays. Cette présence a été l’une des premières grosses erreurs de la jeune démocratie malienne parce qu’elle a fait des élèves et étudiants des acteurs politiques malheureusement manipulables par les autres.

Des efforts vains

« En dépit des efforts fournis par le gouvernement et les partenaires techniques et financiers, l’école malienne connaît une situation de crise permanente. La qualité de la formation dispensée se détériore progressivement », peut-on lire dans l’accord signé en juillet 2005.

Parmi les problèmes diagnostiqués par le gouvernement suite à la série de concertations entreprises en février 2005 avec ses partenaires, le plus important a été négligé dans l’accord final signé quelques mois plus tard : l’intrusion de la politique dans l’espace scolaire et universitaire. Celle-ci engendre, en partie les autres problèmes mis en relief comme les dysfonctionnements des administrations scolaires et universitaires, l’inobservation des règles de discipline et de déontologie, les problèmes d’insécurité et de violence dans les établissements scolaires et universitaires…

C’est cette intrusion de la politique dans l’espace scolaire et universitaire qui a fait qu’Alpha a fait ses dix ans sans trouver une solution pérenne à la crise scolaire. Le défi du Collectif de l’opposition (Coppo) a toujours été de rendre le pays ingouvernable sous Alpha. Avec la complicité des politiciens/syndicalistes, ils ont saboté tous les efforts consentis pour apaiser le front scolaire. Et l’actuel ministre de l’Education nationale a joué un rôle pas du tout clair dans l’embrasement de l’école sous AOK, pourtant un enseignant comme eux.

Le fondateur du Miria a toujours tenu de beaux discours devant les élèves et étudiants, devant les enseignants et les parents d’élèves mettant en exergue la « mauvaise volonté » du gouvernement et l’incapacité du régime à remettre l’école dans son cadre naturel. Et finalement, on était parvenu à voir en lui un messie, un magicien dont la baguette magique allait tout changer dans le secteur de l’éducation.

Mais, l’embellie entre lui et ceux qui peuvent être qualifiés ses « complices » dans les syndicats n’aura finalement duré que le temps d’une convalescence. Et ce sont eux qui lui rendent la vie impossible de nos jours parce que des « promesses » n’ont pas été tenues. Les réalités du pouvoir en ont décidé autrement. « Quand vous êtes en face de deux camarades qui sont habitués à se cacher ensemble, si l’un disparaît, l’autre sait où le trouver », a dit un professeur lors de la dernière rencontre du Premier ministre avec le monde universitaire. Il aurait pu dire aussi que « Quand vous êtes en face de deux camarades qui sont habitués à déstabiliser ensemble, si l’un se révolte, l’autre sait pourquoi ».

Qui tue par l’épée…

Le ministre de l’Education est aujourd’hui victime du retour de manivelle. Depuis plus de deux mois, le Syndicat national de l’enseignement supérieur est en grève illimitée. Ce qui ne surprend guère car les revendications du corps professoral ont traîné plus d’un an sur la table du ministre de l’Education nationale. Pis, il a refusé toute rencontre avec les syndicalistes. Ce refus de dialogue rend caduc l’article 5 de l’Accord de partenariat qui stipule que : « Le gouvernement s’engage à créer un cadre de concertation permanent entre lui et ses partenaires dans la gestion de l’école et à promouvoir une politique d’information, d’éducation et de communication autour des enjeux de l’école ».

Pourquoi ce refus de négocier de la part du ministre ? Certainement qu’il est convaincu que c’est sa tête que ses camarades d’hier veulent aujourd’hui. Les doléances (primes de logements, annulation des résultats des examens de l’ex-Faculté des sciences juridiques et économiques…) ne seraient alors que la partie visible de l’iceberg. Il est vrai aussi que, en privé, certains responsables syndicaux ne cachent pas leur volonté de lui faire payer cher ses promesses non tenues, voire « sa trahison ». Deux parties ne peuvent négocier si la confiance ne règne pas. Tout comme il est difficile que deux protagonistes fument le calumet de la paix tant que l’autre est convaincu que son vis-à-vis ne souhaite qu’endormir sa méfiance pour l’assommer définitivement.

Ces dernières années, l’hypocrisie, la cupidité, l’égoïsme et la méfiance l’ont emporté sur le bon sens, la franchise, la soif de vengeance… dans la résolution des problèmes de l’école malienne. Les accords ne sont acceptés par les uns et les autres que du bout des lèvres. Personne ne veut être indexée comme responsable de la crise. Alors, on signe pour la forme en étant conscient que la lutte ne sera jamais terminée que quand on aura la peau de l’autre. C’est ce qui peut expliquer la dramatique situation que nous vivons maintenant moins de deux ans après la signature de l’Accord de partenariat pour une école apaisée et performante. « Qui tue par l’épée, par l’épée périra ».

De l’antagonisme à l’animosité

Les rapports entre le ministère de l’Education et les syndicats du secteur ont dépassé le simple antagonisme pour se muer en une féroce animosité réciproque entre les deux parties. Des parties qui, comme le disait récemment un confrère, « ne semblent se préoccuper peu ou prou de l’avenir des milliers de scolaires, victimes d’un conflit entre des acteurs censés assurer la bonne marche de notre système éducatif ».

A la nomination du philosophe, on a essayé de tempérer l’enthousiasme des enseignants et des étudiants, en leur rappelant en vain qu’un excellent professeur ne fait pas forcément un bon ministre. Aujourd’hui, quelle que soit la sympathie que l’on peut avoir pour le professeur, l’objectivité doit pousser à reconnaître qu’il n’a pas su combler les attentes suscitées par sa nomination au poste de ministre de l’Education : il a échoué ! Il a échoué à redonner à l’enseignement ses vraies valeurs. Il a échoué à faire embarquer ses camarades dans le bateau de la quiétude, de la transparence et surtout de la performance scolaire et académique. Et le fait que le Premier ministre se soit personnellement saisi du dossier de cette crise est un cinglant désaveu qui, sous d’autres cieux, est un motif réel de démission.

En plus du supérieur, dont le mot d”ordre n’est pas encore officiellement levé, les contractuels et les lycéens sont entrés dans la danse. Nous allons boucler le second trimestre de l’année alors que les facultés n’ont pas encore à leur actif une seconde de cours. Un retard difficile à combler surtout qu’on est en année électorale. Ce malaise étale au grand jour la profonde crise de confiance qui s’est installée entre le département et les autres acteurs de l’espace scolaire et universitaire.

La crise de l’école est donc loin de son épilogue parce que les acteurs ne sont plus capables de se dire les vérités en face et de se faire confiance. Les syndicats s’entêtent dans des revendications à la limite mesquines, le ministre s’enferme dans un silence de cimetière (celui bien entendu de l’école malienne), la société civile joue au médecin après la mort. Le patriotisme se conjugue au passé et la volonté politique sonne alors comme un discours creux, l’oraison funèbre de l’avenir de cette nation.

Moussa Bolly

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