Battues, violées… Des bonnes de Bamako racontent leur calvaire

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    Dans le cadre de la commémoration de la journée internationale de la femme le 8 mars, l’Appui à la Promotion des Aides Familiales (APAF-Muso Danbé) a tenu à la Maison du partenariat une conférence-débats sur le thème «Mettre fin à l’impunité des violences faites aux femmes : le cas des filles migrantes». Un débat animé et soutenu par Me Kadidia Sangaré et Mme Dembélé Jacqueline Goïta, plus connue sous le nom de Mme Urbain, promotrice et directrice exécutive de APAF.rn

    L’Appui à la promotion des aides familiales (APAF-Muso Danbé) est une ONG à caractère essentiellement social.

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    Créée en 1991 en tant que volet féminin de l’Association malienne pour la promotion et l’insertion socioprofessionnelle des jeunes, communément connues sous l’appellation de «bonnes à tout faire», elle intervient dans  les domaines de l’insertion socioprofessionnelle, la formation, la santé, l’éducation la communication et l’alphabétisation des filles migrantes.

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    Me Kadidia Sangaré a surtout mis l’accent sur les différentes formes de violences qui sont soit physiques, verbales, sexuelles ou psychologiques. Ainsi, le code pénal réprime t-il toute forme de  violence exercée sur une aide familiale. Quelques cas de violence exercée soit par la patronne, soit par les vagabonds de la rue ont été signalés dans la salle par  les victimes présentes.

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    Une première, du nom de Fama Diawara, originaire de la région de Mopti, est venue à la capitale avec son enfant, une fille d’à peine deux ans sous les bras. Fama a eu du boulot chez une certaine Rokia Sacko qui lui faisait vendre de l’eau fraîche dans la rue. L’enfant restait à la maison avec la patronne. Un soir, Fama est venue trouver son enfant tout ensanglantée. Blessée aux joues, au front, et aux deux pieds. Quand la bonne a été conduite au commissariat par un voisin, une enquête a été ouverte à l’issue de laquelle la patronne a avoué que c’est elle qui a blessé la petite pour qu’elle reste tranquille parce qu’elle était turbulente.

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    Dangoundjé Guindo, elle, est une fille de 13 ans domiciliée à Kalaban Coro. Un jour sa grand-mère l’a envoyée cueillir des feuilles d’oignon qu’elle allait vendre le lendemain au marché. En cours de route, elle a été interceptée par une bande de dix jeunes, qui l’ont froidement battue et violée. Quand elle a repris connaissance, Dangoundjé Guindo s’est débrouillée pour arriver à la maison.

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    Son père, Moussa Guindo, réparateur de son état, après avoir amené son enfant à l’hôpital, a mené une enquête qui lui a permis de mettre la main sur deux des dix jeunes qui sont aujourd’hui en prison. «Grâce à APAF-Muso Danbé, ma fille a un avocat et l’affaire s’éclaircit auprès du tribunal», a martelé Moussa Guindo.

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    Le troisième cas est celui de Kondjo Diarra native de Banamba, résidant à Banconi. Un soir, elle entreprit de se rendre à Niamakoro chez sa tante pour que celle-ci l’accompagne chez son ancienne patronne qui lui devait de l’argent. Chemin faisant, malheur lui arriva de s’égarer dans les rues de Niamakoro. C’est alors qu’un maçon mal intentionné lui proposa de la conduire chez sa tante. En cours de route, il la battut avant de la violer sauvagement. C’est ainsi qu’elle s’est tournée vers APAF-Muso Danbé pour qu’elle prime en main son cas

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    Une monitrice de l’ONG, après une enquête, a appelé la police qui est venue cueillir le délinquant alors qu’il prenait tranquillement son petit déjeuner. C’est à la police que le délinquant disparaît dans la nature. Il court toujours. Une situation qui ne facilite  pas toujours le travail de Mme Urbain et de son équipe. «Il n’y a personne pour appuyer nos efforts. Résultat : nous sommes limités dans nos initiatives».

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     Nana Bagayogo est une aide ménagère qui a contracté une grossesse à Bamako. Elle voulait au début avorter, ses logeurs l’ont convaincue d’aller voir Mme Urbain pour éviter les risques de l’avortement.

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    APAF-Muso Danbé, l’a prise en charge jusqu’à l’accouchement. Aujourd’hui, elle a une mignonne petite fille de trois mois, mais estime, dans la salle, qu’elle ne veut toujours pas de son enfant. Une situation à la fois émouvante et irritante si l’on sait que beaucoup  de femmes  rêvent d’un enfant mais n’arrivent pas à en avoir.

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    Me Kadidia Sangaré a cependant souligné que les aides familiales ne sont pas seulement victimes, mais commettent aussi des erreurs, des bêtises qui les conduisent souvent dans des situations difficiles ou dramatiques. Bollé aujourd’hui est rempli de filles migrantes :«Si vous venez à Bamako, sachez que vous n’avez qu’un objectif :  travailler et avoir de l’argent, le reste peut souvent vous être fatal», a conseillé la conférencière, Me Kadidia, à l’adresse des filles qui quittent les milieux ruraux pour la capitale qui est envahie d’un peu de tout. APAF ne couvre pas non plus les filles mal intentionnées, estime la directrice exécutive, Mme Dembélé Jacqueline Goïta.

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     Pour attirer l’attention de tout un chacun sur la question, les étudiants de l’Institut National des Arts (INA)  ont montré à la salle un sketch dans lequel la bonne est violée par le patron  et elle est obligée d’accepter cette situation par peur d’être envoyée en prison par la patronne ou d’être même tuée par le patron lui-même qui la menace. Dans ce sketch, elle est la seule à tout faire, la première à se lever et la dernière à se coucher.

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    Fatoumata Mah Thiam Doumbia

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