Insécurité au Mali : au moins « trois civils meurent chaque jour »

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La crise sécuritaire ne connait toujours pas de répit en république du Mali. Les chiffres fournis par les organisations humanitaires sont assez parlants. Au moins, « trois civils meurent chaque jour » pour raison d’insécurité.

Depuis le début de l’année 2020, le Mali enregistre une augmentation de l’insécurité, notamment des violences à l’écart des civiles dans les régions de Mopti, Ségou et Gao, souligne l’organisme humanitaire des Nations Unies au Mali (OCHA Mali). Au total, « 128 attaques de villages — dont les civils en sont les principales victimes — et 89 mouvements de population ont été recensés », précise Ocha Mali dans un communiqué de presse publié le 10 juillet 2020.

Des civils pris pour cible

Selon Johannes Van der Klaauw, coordonnateur humanitaire adjoint pour le Mali, « les civils continuent de payer le plus lourd tribut aux conflits dans le pays ». À ses dires, « les conséquences humanitaires des attaques de villages, des tueries, des enlèvements, de la destruction des champs et des greniers et du vol de bétail notamment dans la région de Mopti sont sans précédent ». À M.Johannes de préciser que dans une telle situation d’insécurité, il est difficile d’assister la population affectée.
« Les violences inter et intra-communautaires et les attaques armées contre les populations, les villages et les infrastructures publiques continuent de porter atteinte à la protection des civils et de causer de nombreuses pertes en vies humaines », précise OCHA Mali dans son communiqué qui indique qu’« au total, 443 civils ont été tués entre janvier et mai 2020 ».

En moyenne, « trois civils meurent chaque jour en raison de l’insécurité », déplore cette organisation humanitaire des Nations unies. Durant la même période en 2019, au total 558 civils ont été tués au Mali.

Des violations des droits de l’homme

Entre janvier et mars 2020, « 47 cas de meurtres et mutilations ont été documentés, dont 31 enfants tués et 16 enfants mutilés. Cela marque une forte augmentation par rapport au trimestre précédent (19 enfants tués et mutilés) », indique-t-on dans le communiqué.

Ocha Mali, attentif sur les violations des droits de l’homme ainsi que du droit international humanitaire, rappelle l’attaque du 1er juillet 2020, dans le cercle de Bankass, région de Mopti, au cours de laquelle 30 civils ont été tués. Entre le 3 et le 7 juillet 2020, dix autres villages du cercle de Koro, dans la même région, ont subi des attaques, indique-t-on.

Ocha indique que durant seulement le premier semestre de l’année 2020, 1 775 cas ont été enregistrés contre 1 882 cas pour toute l’année 2019. Quant aux violations des droits de l’enfant, le nombre de cas enregistré est de 322 pour le premier trimestre de 2020.

250 000 déplacés internes en avril 2020.

« Face à cette situation, les survivants de ces attaques ont fui en grand nombre vers des endroits estimés plus sûrs », explique-t-on dans le communiqué. En avril 2020, le nombre de personnes déplacées internes (PDI) est passé de 60 000 en avril 2018, à 250 000 en avril 2020, précise-t-on. Près de 50 % des déplacés vivent dans les régions de Mopti et de Ségou et « plus de la moitié (58 %) sont des enfants de moins de 18 ans », souligne OCHA.

« Les infrastructures publiques comme les écoles, les ponts, les bacs font de plus en plus fréquemment l’objet d’actes de sabotage, notamment par l’utilisation de substances explosives », rapporte-t-on Ocha Mali avant d’indiquer que le 1er juillet, le bac de Lellehoye, dans la commune de Bourra, cercle d’Ansongo, région de Gao, a été incendié par des hommes armés. Ce n’est pas tout, le 7 juillet, le pont 43, dans le cercle de Bandiagara, région de Mopti, a été détruit par un engin explosif improvisé. Ces destructions de ponts portent atteinte à la protection des populations.

Mettre fin à la violation

M. Buti Kale, représentant du HCR au Mali, invite les parties au conflit à mettre fin « à la violence » et d’assurer « la protection des civils notamment des réfugiés, des personnes déplacées internes et des civils de façon générale dans leurs zones d’opérations conformément au droit des réfugiés, au droit international des droits de l’homme et au droit international humanitaire ».

Pour assurer la sécurité et la dignité des civils, il est plus qu’urgent que tous les acteurs et décideurs s’impliquent fortement, selon Ocha Mali. Car, en plus de la crise sécuritaire, « le Mali reste également affecté par une insécurité alimentaire sévère qui a atteint son niveau le plus élevé depuis 2014 avec 1,3 million de personnes touchées pendant cette période de soudure ». À toutes ces situations s’ajoute la pandémie de Covid-19, « avec le plus grand nombre de cas enregistrés dans le district de Bamako suivi des régions de Tombouctou et de Mopti ». Enfin, « avec le début de la saison des pluies, les inondations restent une menace supplémentaire pour les ménages vulnérables vivant dans les zones à risque ».

F. Togola

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