Le chef d’Etat-major général adjoint a propos du Nord-Mali : Le colonel Lansina Boua Koné lève le voile

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La neutralité de l’armée en matière politique pourrait s’entendre, par sa position ou son statut juridique, qui lui incombe, à ne jamais s’immiscer dans une crise politique, sociale, voire économique qui pourrait éclater dans un Etat.

Colonel, pouvez-nous expliquer ce pourquoi la tenue, en ce moment précis, d’un séminaire sur l’«Education civique dans les casernes, renforcement du système démocratique ? Quels sont points communs entre forces armées et Société civile ? » Qu’est-ce à dire ?

Colonel Lansina Boua Koné : La période n’est pas choisie pour un but ponctuel, mais pour exécuter un programme sous-régional en vue de livrer des connaissances qu’un simple soldat, bien formé, a besoin pour l’épanouissement de sa personnalité de bon citoyen en temps réel pour son pays.
Depuis quelques années, la Fondation Konrad Adénauer organise des séminaires sur l’éducation civique dans les casernes pour les pays de l’Afrique Occidentale. Il y a deux ans, avec d’autres camarades officiers du Mali et de la sous-région, j’ai participé à moult séminaires organisés par la Fondation Konrad Adénauer, notamment au Bénin, en Allemagne, au Niger, au Burkina Faso, etc.

Le programme civique que propose depuis toujours ladite fondation suit logiquement une série de séminaires organisée dans la sous-région. Les autorités maliennes ont, dans ce dessin, autorisé cette formation. En plus, elles ont adopté son programme.

C’est donc le lieu de rappeler que nos autorités saisissent cette permanente opportunité, chaque fois qu’elle se présente, pour offrir un enseignement en matière d’éducation civique aux militaires pour qu’ils participent à la consolidation de la démocratie.

Nous savons que l’éducation civique est à la fois un processus d’apprentissage permanent et le résultat de ce processus. «Chaque soldat doit connaître et comprendre les motifs de sa formation et sa mise en œuvre, il doit être convaincu que sa mission est nécessaire au niveau politique du point de vue militaire et justifiée sur le plan moral.

Vous avez brossé au cours de votre exposé intitulé «La question de la neutralité et de l’arbitrage des forces armées en situation de crises politiques» que les forces armées resteront neutres en toutes circonstances. Vous êtes même allé plus loin pour dire sans ambages que l’armée malienne n’exécutera l’agenda politique d’aucun parti politique. Préciser cette idée ?

La neutralité pourrait s’entendre par l’Etat, la position ou le statut juridique qui lui incombe à ne jamais prendre partie dans une crise politique, sociale, voire économique qui pourrait éclater dans un Etat.

Si je parle de neutralité, il ne s’agit pas d’une passivité face aux devoirs du militaire, mais bien sûr, du respect de la Loi fondamentale de notre pays. La constitution reconnaît que les forces armées ne peuvent prendre part au débat politique du fait que la possession d’armes peut être exploitée pour fausser le jeu politique. Cette neutralité ne peut en aucun cas enlever la qualité de citoyen du militaire.

Le principe de neutralité et de subordination à l’autorité politique démocratiquement sacré est une garantie qui empêchera toute dérive. Des garde-fous sont fixés pour que l’armée puisse jouer son rôle, sans compromettre ses devoirs de citoyen.

Quelles sont les attentes des forces armées sur l’attitude de la Société civile à l’approche des prochaines de2007 ?

Les Forces armées n’ont pour attentes dans la perspective d’élections quelconque que le respect de la Loi fondamentale, du Code électoral et de toutes les dispositions légales pour la gestion desdites élections. Ainsi, elles pensent que la Société civile doit observer une neutralité positive pour l’intérêt du peuple.

Les militaires pensent, à tort ou à raison, que la Société civile est l’eau froide qui se mélange à l’eau chaude pour permette au peuple de se laver sans brûler ou sans prendre froid. Cela va s’en dire que le soldat reste disponible à toutes formes de coopération avec ses frères de la Société civile pour la réussite d’une mission en matière d’élection. Il ne faut jamais oublier que le soldat retourne à la maison. Même vieux, s’il ne tombe pas au champ de l’honneur !

Compte tenu de l’importance que vous accordez à l’éducation civique, disons civile, dans les casernes, vous avez accepté de répondre à l’appel de la Fondation Konrad Adenauer. Vous venez de Gao où vous assurez le commandement des troupes stationnées au Nord suite aux douloureux évènements du 23 mai. Pouvez-vous nous faire le point de la situation qui prévaut au Nord Mali ?

Au déclenchement des hostilités de Kidal survenues le 23 Mai, les autorités militaires ont déployé un renfort pour sécuriser la population. Le président de la République, chef suprême des armées a donné l’instruction de gérer la situation sans amalgame pour que les civils soient épargnés.
A la tête de ce renfort, nous avons pris toutes les dispositions pour rétablir l’ordre dans les villes et les axes vitaux de la région de Kidal.
Nous avons sommes satisfaits d’avoir gérer cette situation en épargnant hommes et femmes, jeunes et vieux. D’autant que le chef suprême des armées a donné l’instruction d’aller à la négociation qui a aboutit, heureusement, à la signature des Accords d’Alger.

Nous sommes en phase d’application de ces accords qui comprennent des étapes, notamment le cantonnement, la récupération des armes, la formation des insurgés ayant remis les armes et la constitution d’unités spéciales.
La phase d’application est en exécution à travers des structures dont le comité de suivi est basé à Kidal sous la direction du contrôleur général, Diagouraga.

Quel usage souhaiterez-vous que le militaire fasse des conclusions de ce séminaire ?

Nous avons été particulièrement satisfaits des débats du séminaire. Les auditeurs avaient une soif de savoir et une ardente volonté de participer aux débats sur des sujets jugés très utiles pour la bonne marche de la démocratie mais aussi améliorer le niveau de culture générale des militaires.
Ce séminaire a été une occasion favorable pour la Société civile et les militaires. Sans doute, les séminaristes ont compris que, plus le dialogue s’installe, plus la compréhension devient un acquis.

A notre humble avis, le militaire fera des conclusions de ce séminaire un instrument d’amélioration de sa faculté d’adaptation à la vie politique, d’une part et d’autre part, une chance de rapprochement.

Propos recueillis par Belco TAMBOURA

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