Ali Guindo (Fondation Ali-Farka-Touré) : « Ali Farka Touré avait un pacte moral avec Jazz à Ouaga »

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De passage à Ouagadougou dans le cadre du festival Jazz à Ouaga, le président de la fondation Ali-Farka-Touré, Ali Guindo a accepté nous parler de sa structure, des projets pour pérenniser l’œuvre de l’illustre artiste-musicien disparu.
Sidwaya (S.) : Monsieur Ali Guindo, vous êtes le président de la fondation de l’illustre musicien malien disparu, Ali Farka Touré. Dans quel cadre êtes-vous au Burkina Faso surtout à Ouagadougou ?

Ali Guindo (A.G.) : Ali Farka Touré avant son décès avait une sorte de pacte moral avec le festival Jazz à Ouaga. En 2005, Jazz à Ouaga a été l’une des dernières scènes d’Ali Farka Touré. Il était très impressionné par l’organisation du festival. Nous avons créé une fondation à son nom en 2004 dont l’objectif principal est de créer un festival annuel dénommé « Ali-Farka-Touré » à Nianfunké.

Nous avons voulu organiser la première édition de son vivant, mais il est décédé bien avant. Néanmoins pour respecter sa volonté, l’administrateur délégué et le président d’honneur m’ont délégué pour venir assister à la XVe édition de Jazz à Ouaga afin de matérialiser les idées d’Ali Farka Touré. Cela à travers un partenariat entre les deux festivals à savoir Jazz à Ouaga et celui dédié à Ali Farka Touré à Nianfunké.

J’ai déjà formalisé quelque chose avec les responsables de Jazz à Ouaga. En mars dernier, nous avons organisé des journées en hommage à Ali Farka Touré pour annoncer le festival.

S. : Concernant cet hommage à Ali Farka Touré, il semblerait que l’événement qui s’annonçait mondial a pris un coup à cause des divergences financières entre les proches de l’artiste disparu. Quelle est votre version sur cette situation ?

A.G. : Pour l’hommage nous avons écrit à tous les amis d’Ali Farka Touré et qui étaient partants pour participer à l’événement. Parmi lesquels, Carlos Santana, Tracy Chapman, Ry Cooder. Tout le monde voulait s’impliquer et même le gouvernement malien. Alors nous avons reporté plusieurs fois l’événement. Sinon il n’y a pas de divergences entre nous.

S. : Revenons à la fondation Ali-Farka-Touré. Quelles sont les missions de cette fondation ?

A.G. : La mission fondamentale de la fondation Ali-Farka-Touré, c’est perpétuer les œuvres de l’artiste. Cela passe aussi par le festival dont j’ai parlé. Nous prévoyons la construction d’un centre de formation d’instruments traditionnels pour des jeunes artistes à Nianfunké et qui portera le nom d’Ali Farka Touré.

Parce qu’il était attaché aux instruments traditionnels par lesquels il a commencé avant de jouer à la guitare moderne. En plus de cela, nous envisageons la construction d’un musée d’instruments traditionnels. Un autre objectif de la fondation est de promouvoir les jeunes artistes au Mali, surtout ceux qui emboîtent le pas d’Ali Farka Touré.

S. : L’artiste était également très attaché au bien-être social des populations maliennes surtout paysannes. Est-ce que vous comptez continuer sur la même lancée que lui ?

A.G. : Ali Farka Touré Touré était un homme multidimensionnel et même sur sa carte de visite était écrit artiste-musicien paysan. Il m’a dit un jour que lorsqu’ il fait une semaine en dehors de Nianfunké, c’est comme s’il était en prison et s’il fait deux semaines en dehors du Mali, c’est comme s’il était en enfer. Par conséquent, nous ne pouvons pas négliger cet aspect qui lui a donné sa popularité en dehors de sa musique. A Bamako, tout le monde est reçu chez Ali Farka Touré quelle que soit la condition sociale.

S. : Comment sont financées les activités de la fondation vu la disparition de l’artiste ?

A.G. : Si on parle d’Ali Farka Touré, toutes les portes s’ouvrent à cause de sa notoriété. Cela s’est illustré lors de l’hommage à l’artiste où tous ses amis à travers le monde ont voulu s’impliquer. En deux mois, nous avons reçu l’argent escompté pour organiser la soirée-hommage qui a été une très grande réussite. Le nom d’Ali Farka Touré suffit pour ouvrir les portes à la fondation.

S. : La fondation compte combien de membres ?

A.G. : La fondation compte environ six personnes mais tout le monde peut être membre de la fondation. Nous avons aussi des amis de l’artiste à travers le monde qui se sont constitués en ligue de membres de la fondation. Nous ne sommes pas fermés.

S. : Vous qui étiez proche de l’artiste, dites-nous qui peut se désigner comme héritier-artistique d’Ali Farka Touré ?

A.G. : Il y a dix ans, Ali Farka Touré disait que son héritier est Alfel Bocoum. Alfel a commencé à jouer avec Ali Farka Touré depuis l’âge de onze ans. Au cours des tournées de l’artiste, il présentait Alfel car il pensait se retirer de la musique. Alfel joue comme Ali. Aujourd’hui Vieux Farka Touré, le fils biologique d’Ali Farka Touré est en train de faire feu de tout bois avec son album aux Etats-Unis. Nous avons aussi Samba Touré qui a beaucoup appris d’Ali Farka Touré. Notre objectif est de garder ensemble le noyau d’artistes proches d’Ali Farka Touré à savoir Alfel, Vieux pour continuer l’œuvre de l’artiste.

S. : Revenons encore à la fondation. Comment est venue l’idée de la fondation Ali-Farka-Touré ?

A.G. : C’est lorqu’un de ses amis m’a parlé de sa maladie. Ali était condamné. Ali Farka Touré était mon oncle maternel (le cousin de ma mère). C’est grâce à lui que je suis allé à l’école. En réfléchissant après la nouvelle de sa maladie, j’ai pensé à la fondation. Celui qui m’a parlé de sa maladie m’a envoyé vers un autre ami d’Ali Farka Touré, un opérateur économique du nom de Diadié Sankaré. C’est ce dernier qui a financé les premiers pas de la fondation à l’insu d’Ali Farka Touré. Aujourd’hui le gouvernement malien s’est impliqué dans le soutien de la fondation. J’ai appris que le président Amadou Toumani Touré (ATT) veut qu’on trouve un site pour matérialiser le lieu du festival. Pour cela, il serait prêt à mettre à la disposition de la fondation 50 millions F CFA.

S. : Parlons de sa maladie. Peu de ses proches étaient au courant de son mal. Cachait-il son état ?

A.G. : Ali n’a pas été à l’école. Il ne le cachait pas car lui-même, il ne le savait pas. Il n’était pas un homme sujet au bilan médical. En bon africain, il avait ses gris-gris. C’est tout récemment qu’on s’est rendu compte qu’il souffrait d’un cancer de la prostate, mais c’était trop tard. La maladie s’était généralisée, malgré l’intervention médicale qu’il avait subie. Ali Farka Touré, malgré son état, réconfortait ses proches.

S. : Que gardez-vous d’Ali Farka Touré ?

A.G. : C’est son sourire. Il n’était jamais triste. Il employait toujours des proverbes pour faire rire son entourage. L’autre point que je garde de lui est son séreux dans le travail.

S. : Monsieur Ali Guindo, quels sont les projets immédiats de la fondation ?

A.G. : Nous avons l’organisation en novembre 2008 du festival Ali-Farka-Touré à Nianfunké.

Alassane KERE

Sidwaya (Burkina Faso)

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